Un ex-gendarme retrouvé mort soupçonné d’être «le grêlé», tueur en série parisien


Le suspect, qui a mis fin à ses jours dans le Gard, a laissé une lettre chargée de remords mais sans aveux. Prudents, les enquêteurs attendent les résultats de comparaisons génétiques.

Une des plus épaisses énigmes criminelles de ces cinquante dernières années est peut-être sur le point d’être enfin élucidée. Elle met en scène un fantomatique tueur en série qui a hanté des générations de policiers. Surnommé le « grêlé » en raison des stigmates caractéristiques qui marquaient son visage au moment des faits, il est impliqué dans au moins trois meurtres, dont celui d’une fillette de 11 ans en 1986 dans le XIXe arrondissement à Paris, deux viols et une quinzaine d’autres affaires sexuelles jusqu’en 1994.

Selon une source informée, les investigations, menées sans relâche par la Brigade criminelle de Paris depuis plus de trente ans, ont permis d’orienter les soupçons sur un ancien gendarme. Fidèles à leur méthode dite du «rouleau compresseur», les enquêteurs ont lancé une campagne de prélèvements sur plusieurs centaines d’anciens militaires ayant servi au sein de la maréchaussée. Or l’un d’eux, né en 1962 et qui avait quitté la gendarmerie en 1988, a été retrouvé mort mercredi dans un appartement de location au Grau-du-Roi. Il s’est suicidé dans un appartement de location qu’il occupait et dans lequel les policiers ont retrouvé une lettre chargée de remords, sans que jamais, selon nos informations, son auteur n’avoue explicitement être le «grêlé». Il y évoquerait «des pulsions passées» mais qu’il s’était «pris en main» et n’aurait «rien fait depuis 1997», tout en avouant les meurtres «sans donner les noms de victimes ni les circonstances». Plusieurs sources jointes par Le Figaro confient que le suspect aurait senti le filet se resserrer sur lui. Faisant l’objet d’une convocation, ce dernier aurait quitté son domicile conjugal.

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Collégienne violée, étranglée et poignardée

Mais jeudi, en début de soirée, la prudence restait de rigueur sur l’implication formelle de l’ex-gendarme. Seule une analyse post-mortem de son cadavre, avec en particulier le prélèvement d’un échantillon génétique, permettra de confirmer avec certitude s’il s’agit ou non du grêlé. Les résultats comparaisons avec l’ADN du tueur en série laissé sur plusieurs scènes de crimes sont attendus dans la nuit de jeudi à vendredi.

L’affaire s’est nouée quand les limiers de la police judiciaire de Paris étaient encore au «36» quai des Orfèvres. L’insaisissable tueur est avant tout attaché au nom de la première des victimes : Cécile Bloch, violée, étranglée et poignardée dans le cœur au troisième sous-sol d’un immeuble du XIXe arrondissement. C’était le lundi 5 mai 1986, elle avait onze ans et se rendait au collège.
Au moins trois rapprochements ADN avaient été effectués : le 7 avril 1986, un mois avant le meurtre de Cécile, Sarah, 8 ans, est laissée pour morte après avoir été violée dans les sous-sols d’un immeuble parisien. Le 26 octobre 1987, Marianne, 14 ans, est agressée à son tour dans son immeuble du XIVe. Par miracle, elle s’en sort.

Deux cadavres retrouvés nus, bâillonnés

Six mois auparavant, le 29 avril 1987, le même tueur est impliqué dans le double assassinat d’une fille au pair allemande de vingt ans et d’un mécanicien d’Air France de 38 ans dans un appartement du Marais, à Paris : étranglés avec une cordelette, les deux cadavres seront retrouvés nus, bâillonnés. Ils présentaient des brûlures de cigarette. La jeune fille avait les bras en croix, comme dans une parodie de crucifixion. Ce n’est qu’en 2001, grâce aux progrès de la police scientifique, que les affaires ont été reliées les unes aux autres: une seule et même signature génétique apparaissait dans les scellés.

Le «grêlé» est l’un des «cold cases» sur lequel travaille l’unité d’analyse criminelle et des affaires classées (UAC2) de la «crim’» parisienne. Un commandant de la brigade criminelle a consacré la majeure partie de sa carrière à mener la traque du psychopathe. Jusqu’ici les policiers disposaient d’un simple portrait-robot établi à la fin des années 80 et qui lui donnait 20-25 ans. Mince et mesurant 1,85 mètre environ, les cheveux châtain foncé, coiffés sur le côté, une mèche sur l’œil gauche, son visage grêlé a mené à de nombreuses pistes sans issues. Sous réserve des comparaisons génétiques, les policiers pourraient enfin clore cette enquête marathon.

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