Tensions entre la Russie et les États-Unis : Gorbatchev dénonce l’«arrogance» américaine


À la veille du trentième anniversaire de sa démission, l’ancien dirigeant soviétique s’en est pris au «triomphalisme» de Washington.

La crise russo-occidentale actuelle trouve son origine dans l’«arrogance» américaine après la chute de l’URSS, a jugé vendredi 24 décembre son dernier dirigeant, Mikhaïl Gorbatchev, à la veille du trentième anniversaire de sa démission, fin formelle de l’Union soviétique.

«Ça leur est monté à la tête, l’arrogance, l’autosatisfaction, ils se sont proclamés vainqueurs dans la Guerre froide alors qu’on avait ensemble sauvé le monde de la confrontation», a-t-il fustigé. «Comment peut-on espérer des relations d’équité avec les États-Unis, avec l’Occident dans cette situation?», a jugé Mikhaïl Gorbatchev, 90 ans, à l’agence de presse RIA Novosti, dénonçant «le triomphalisme» de Washington. Selon lui, le camp occidental voulait «bâtir un nouvel empire, c’est là qu’est née l’idée de l’élargissement de l’Otan».

L’élargissement de l’Alliance atlantique à des pays de l’ex-bloc de l’Est dès les années 1990 est selon Vladimir Poutine la cause profonde de la crise russo-occidentale, car pour le Kremlin l’Otan est la principale menace à sa sécurité stratégique. Le président russe a réclamé ce mois-ci aux États-Unis et à ses alliés de signer des traités interdisant notamment tout élargissement futur de l’Alliance ainsi que toute coopération militaire dans ce que la Russie considère comme sa zone d’influence.

Gorbatchev salue les pourparlers

Washington, qui juge nombre de ces revendications comme inacceptables, a néanmoins accepté des pourparlers en janvier pour permettre une désescalade, les Occidentaux craignant que Moscou lance une invasion de l’Ukraine, ex-république soviétique qui ambitionne de rejoindre l’Otan. Cette semaine, Vladimir Poutine a jugé «positives» les premières réactions américaines aux exigences russes, mais il a aussi dit préparer des mesures «militaires et techniques» pour répondre à la menace occidentale.

Mikhaïl Gorbatchev a salué les pourparlers prévus en janvier. «Je les soutiens et j’espère qu’il y aura un résultat, qui permettra à tous les pays européens de se sentir en sécurité», a-t-il souligné. Washington et l’Union européenne accusent Moscou d’avoir massé des troupes aux frontières de l’Ukraine et le menacent de sanctions économiques sans précédent en cas d’agression.

Mikhaïl Gorbatchev a démissionné de son poste du président de l’URSS le 25 décembre 1991, marquant la fin formelle de l’empire communiste. Quelques jours plus tôt, les dirigeants du Bélarus, de la Russie et de l’Ukraine avaient unilatéralement annoncé la fin de l’Union soviétique. Vladimir Poutine a qualifié la chute de l’URSS de «la plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle». Pour de nombreux Russes, la disparition de l’URSS et la crise économique et sociale qui a ravagé la société restent un traumatisme. Et Vladimir Poutine est vu comme le dirigeant qui a rétabli l’honneur et la puissance du pays sur la scène internationale.

«Un sentiment de tristesse est lié à cette date. Je n’ai pas connu cette période, car je suis née dans les années 1990 mais mes parents m’ont raconté, c’était chouette. L’éducation gratuite, beaucoup de choses étaient gratuites», dit à l’AFP Svetlana Outkina, une secrétaire moscovite âgée de 30 ans. Valentina Chmeleva, 84 ans, une institutrice à la retraite, n’a pas de mots assez durs pour M. Gorbatchev et Boris Eltsine, le président russe qui a précipité la chute de l’URSS. «C’étaient des traîtres qui sont venus au pouvoir, Gorbatchev a détruit l’Union et l’ivrogne Eltsine l’y a aidé», lâche-t-elle.

L’URSS s’est écroulée, minée par ses contradictions internes, une crise économique et alimentaire, l’absence de moyens, les aspirations indépendantistes de ses républiques et du fait de la course aux armements avec les États-Unis qui a vidé ses caisses.

À VOIR AUSSI – Tensions en Ukraine: la Russie «prête à entamer des pourparlers avec les États-Unis» le plus vite possible



Source link