Salut à toi, Zanele Muholi


Zanele Muholi, Bester I, Mayotte

Zanele Muholi, Bester I, Mayotte, 2015

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© Zanele Muholi, courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town/Johannesburg, and Yancey Richardson Gallery, New York

L’image a tout d’un portrait royal. Le regard braqué vers l’objectif, fier, intense, voilà la grande Zanele Muholi, auréolée de grâce et de pinces à linge en bois. Intitulé Bester I, cet autoportrait à l’aura magnétique rend hommage à la mère de la photographe sud-africaine, Bester Muholi. Une survivante de l’apartheid qui a passé sa vie au service d’une famille d’Afrikaners, à s’occuper de leurs enfants (délaissant les siens) et de leur maison ; et ce jusqu’à ce que son dos se courbe et que ses mains s’abîment. A priori, le port de tête altier de Zanele Muholi ne dit rien des souffrances du passé. Par un habile décalage, voilà les outils de travail de sa mère transformés en une élégante parure. Ici, une couronne d’épingles, sur une autre photographie, une coiffe d’éponges en laine de fer, sur une autre encore, un collier fabriqué à partir de tuyaux de vidange d’un lave-vaisselle… Autant de symboles de l’asservissement de ses aïeuls qui, ainsi décontextualisés, transforment l’image en icône. Bester était esclave, la voilà reine.

En attendant l’importante exposition qui sera consacrée au travail de Zanele Muholi, à la Maison Européenne de la Photographie, celui-ci fait l’objet d’une monographie (la première en France) à paraître aux éditions Delpire le 15 avril. Intitulé Somnyama Ngonyama (en zoulou, langue maternelle de l’artiste, cela signifie « Salut à toi, lionne noire »), l’ouvrage rassemble 96 autoportraits noir et blanc de celle qui, engagée de longue date contre l’homophobie et le racisme, se qualifie comme une « activiste de l’image ». Militante avant d’être photographe, Zanele Muholi porte la voix des communautés LGBTQIA, particulièrement fragiles en Afrique du Sud, car victimes d’atroces violences quotidiennes. Au fil des pages, un dialogue sensible – et donc aussi profondément engagé – s’instaure entre les images de l’artiste et des textes inédits venus enrichir cette édition. Parmi eux, un bouleversant poème de Mapula Lehong rend hommage à une « Guerrière méconnue » et résonne comme un hymne puissant : « Elle a trouvé la force de rugir / Écoutez la force de son rugissement capable de briser des chaînes. »

Zanele Muholi, Ntozakhe II, Parktown, Johannesburg, 2016

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© Zanele Muholi, courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town/Johannesburg, and Yancey Richardson Gallery, New York

Zanele Muholi, Bester V, Mayotte, 2015

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© Zanele Muholi, courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town/Johannesburg, and Yancey Richardson Gallery, New York

Zanele Muholi, Bhekezakhe, Parktown, Johannesburg, 2016

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© Zanele Muholi, courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town/Johannesburg, and Yancey Richardson Gallery, New York

Zanele Muholi, Senzekile II, Cincinnati, 2016

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© Zanele Muholi, courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town/Johannesburg, and Yancey Richardson Gallery, New York

Zanele Muholi, Kodwa I, Amsterdam, 2017

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© Zanele Muholi, courtesy of Stevenson Gallery, Cape Town/Johannesburg, and Yancey Richardson Gallery, New York

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Zanele Muholi. Somnyama Ngonyama, Salut à toi, Lionne noire !

Par Zanele Muholi

Éd. Delpire & co • 212 p. • 72 €

À paraître le 15 avril



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