Ready Player One : Steven Spielberg, ce fou de jeux vidéo – Actus Ciné


Hommage à tout un pan de la Pop Culture, que Steven Spielberg a plus que largement contribué à nourrir avec ses oeuvres, Ready Player One est gorgé de références à des jeux vidéo cultes, avec cependant le souhait du cinéaste d’en ajouter de nouvelles. La démarche est évidemment tout sauf anodine, car le fait est bien connu : Spielberg est un inconditionnel des jeux vidéo, depuis qu’il fut touché par le virus en 1974, alors qu’il était en plein tournage des Dents de la mer.

L’intéressé ne se lasse d’ailleurs jamais de raconter cette désormais fameuse anecdote, comme il vient encore de le faire lors de la promotion de son nouveau film. Pour lui, le jeu Pong représente “le Woodstock des jeux vidéo, pour l’innovation qu’il a apporté au reste du monde”. Rien de moins. “Je tournais Les Dents de la mer et j’habitais à cette époque sur l’île de Martha Vineyard. Un jour quelqu’un a branché une borne d’arcade d’un jeu appelé “Pong” dans la fête foraine locale. Je me revois avec Richard Dreyfus, jouant ensemble, scotché sur le jeu. Après chaque jour de tournage, nous retournions jouer. C’est comme ça que j’ai plongé dans le monde des jeux vidéo”.

“Avec un jeu vidéo, je peux jouer au jeu Tempest, et en 10 min je peux avoir l’impression d’avoir accompli quelque chose aujourd’hui, alors qu’en réalité ce n’est pas le cas ! Tout ce que fait la machine, c’est avant tout un massage de mon ego !” déclarait Spielberg dans une interview filmée en 1982, à découvrir ci-dessous…

Un intérêt qui n’a jamais faibli, lui qui ne manquerait pour rien au monde chaque année la grande messe vidéoludique de l’E3, à Los Angeles, pour y faire une tournée des stands des éditeurs de jeux et essayer les dernières nouveautés. Et, loin de traverser les allées du (très grand) salon au pas de charge, il prend au contraire son temps. Plusieurs heures même.

Car c’est un véritable touche-à-tout, rien ne lui résiste ni ne lui échappe : il est autant capable d’essorer un jeu comme Battlefield 4 édité chez Electronic Arts ou un titre de la franchise Call of Duty, que de prendre du plaisir à jouer à un Party Game ou à un MMORPG comme World of Warcraft. “J’ai sept enfants, nous jouons tous aux jeux vidéo, même si c’est dans des endroits différents. Nous jouons tous aux Sims, mais je joue à des jeux d’Heroic Fantasy comme World of Warcraft uniquement avec mes enfants plus âgés” expliquait le cinéaste en 2009 dans une interview donnée au Daily Mail; “chez moi, on est plutôt politiquement correct, donc je ne joue pas aux FPS avec mes enfants. Les jeux sont trop violents. Mais il m’arrive de m’éclipser pour y jouer; je viens justement de terminer Call of Duty – World At War par exemple”. E.T., le faux départ L’enthousiasme de Spielberg pour les jeux vidéo a pourtant sonné comme un faux départ, avec la désormais légendaire affaire autour du jeu vidéo E.T., qui résonne encore aujourd’hui comme l’un des plus gros fiasco de la jeune histoire des jeux vidéo.

En 1982, Atari débourse la somme, colossale pour l’époque, de 25 millions de dollars pour acquérir les droits du film en vue d’en faire un jeu. Spielberg exige que la sortie du jeu se fasse pour la période de Noël, laissant aux développeurs seulement cinq semaines de délai. Par ailleurs, le cinéaste demande à ce que le jeu soit comme Pac Man, alors que les développeurs penchent plutôt pour un jeu d’aventure. Anticipant un potentiel de vente énorme fondé sur la popularité du film, Atari fait fabriquer plus de 5 millions de cartouches. Si le jeu s’écoule bien au début (1,5 millions d’exemplaires), entre 2,5 et 3,5 millions d’exemplaires ne trouvent pas preneur. Devant la mévente, certains détaillants baissent successivement le prix du jeu, qui passe de 50 $ à…1 $, tandis que les stocks d’invendus sont renvoyés à l’éditeur. Si Atari gagna 25 millions de dollars, les pertes sèches s’élevèrent à 100 millions. L’Histoire retiendra surtout que les cartouches non vendues furent finalement expédiées sur un terrain vague du Nouveau Mexique pour y être enfouies…

En 2015, le documantaire Atari : Game Over revenait justement sur cette histoire complètement folle, avec une exhumation des fameuses cartouches..

Spielberg chez LucasArts, la maison (vidéoludique) de son ami George Lucas

Jeu d’aventure Point’n Click sorti en 1989 sous la houlette de LucasArts, le département jeux vidéo de l’empire de son ami George Lucas, Indiana Jones and the Last Crusade est une formidable adaptation des aventures cinématographiques d’Indy. Spielberg, lui, est aux anges, mais se casse régulièrement les dents devant les énigmes parfois bien corsées du titre. Qu’à cela ne tienne, il n’hésite pas à appeler jour et nuit, n’importe quand, son créateur, Ron Gilbert, histoire que celui-ci lui donne quelques tuyaux pour passer les énigmes et avancer dans le jeu ! L’intéressé saura s’en souvenir lorsqu’il sortira son jeu suivant, le cultissime Secret of Monkey Island, en 1990 : il débranchait régulièrement son téléphone pour pouvoir dormir en paix sans avoir la crainte d’être réveillé par un Spielberg en mal de solutions dans le jeu…

Non content d’aimer passionnément les jeux vidéo, le cinéaste est même à l’origine de la création de certains d’entre eux. Il est par exemple derrière la création d’un jeu développé au sein de LucasArts : The Dig. Jeu d’aventure Point’n Click en 2D, The Dig est sorti en novembre 1995. Le concept original de The Dig est imaginé par Spielberg. Il souhaite à l’époque en faire un épisode de la série Histoires fantastiques dont le scénario serait basé sur celui des films Planète interdite et Le Trésor de la Sierra Madre. Comme dans Planète interdite, deux équipes d’archéologues y explorent les ruines d’une ancienne civilisation sur une planète extraterrestre. Sous l’influence de ce qu’ils découvrent, la méfiance s’installe entre les deux équipes qui en viennent à s’affronter comme dans Le Trésor de la Sierra Madre.

Le budget et les technologies nécessaires pour le réaliser ne sont cependant pas disponibles à l’époque et le projet est abandonné. Son concept est cependant proposé à George Lucas qui décide en 1989 d’en tirer un jeu d’aventure. Lors d’une réunion au Skywalker Ranch en octobre 1989, Steven Spielberg présente ses idées à l’équipe créative de Lucasfilm Games. Le développement du jeu sera houleux, avec de nombreux changements, si bien qu’il ne sortira qu’en 1995 et sera un succès commercial, avec 300.000 jeux vendus. Petite anecdote bonus : les cinématiques de The Dig seront réalisées par ILM.

Ci-dessous, la séquence d’introduction du jeu…

Au milieu des années 1990, Spielberg s’associe aussi dans une autre aventure vidéoludique, baptisée Sega GameWorks; une sorte de Planète Hollywood où les jeux vidéo remplacaient les films; Joint-Venture entre SEGA, Universal Studios et DreamWorks SKG. “Je suis un addict aux jeux vidéo, je l’ai toujours été, c’est la raison de mon engagement dans ce projet” lâchait le cinéaste au moment du lancement de l’entreprise. Avant de retirer ses billes de l’affaire dès 2001, comme un signe avant-coureur de la banqueroute qui frappera l’entreprise en 2004, puis sa liquidation l’année suivante…

Spielberg, à la manoeuvre pour révolutionner le FPS

On doit également à Spielberg l’idée d’un jeu qui va durablement marquer l’histoire des jeu FPS : Medal of Honor, sorti en 1999 sur Playstation. Le cinéaste eut l’idée du jeu alors qu’il était en plein tournage de ce qui allait être considéré comme un chef-d’oeuvre de film de guerre : Il faut sauver le soldat Ryan. En 2000, DreamWorks Interactive, filiale de Dreamworks créé en 1994 par Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen, fut rachetée par le géant Electronic Arts, qui popularisera encore plus la franchise des Medal of Honor avec Medal of Honor : Allied Assault sorti sur PC en 2002, et sa désormais célèbre séquence du débarquement allié tout droit inspirée de celle du film de Spielberg.

Casse-tête (pas tout à fait) chinois

En 2009, dans le cadre d’un partenariat avec l’éditeur Electronic Arts annoncé en 2005, Spielberg sera derrière l’idée d’un excellent casse-tête développé pour la console Wii de Nintendo, Boom Blox. “J’ai toujours su qu’un jour je développerai un jeu vidéo, depuis l’époque où j’ai commencé à jouer à Pong” déclarait le cinéaste au Daily Mail en mai 2009, alors qu’il faisait la promotion de Boom Blox Smash Party, suite du jeu Boom Blox, toujours développé sur la console Wii. Et d’ajouter, facétieux : “même aujourd’hui, je bat toutes les personnes contre lesquelles je joue, même des personnes qui ont la moitié de mon âge ! Et c’est un peu embêtant quand vous vous mettez à battre des personnes qui ont la moitié de votre âge !”

Le cinéaste semblait être étonné du succès de son Boom Blox, dont il a créé le concept. “Ca s’est répandu comme un virus, Boom Blox a touché une vraie corde. Je ne m’attendais pas à un tel accueil au sein de la communauté de joueurs, réputée difficile, mais ils ont aimé ! On a même remporté un Bafta [NDR : du meilleur “Casual Game”, en 2009] et de nombreux prix à travers les Etats-Unis !” s’enthousiasmait le cinéaste.

Créer un jeu et créer un film, même combat ? “La seule chose qui soit similaire entre la création d’un jeu et celle d’un film, c’est l’idée” commentait Spielberg. Et d’évoquer à sa manière -un peu simpliste pour le coup- la porosité des deux industries dans l’usage des techniques, extrêmement proches. “Faire un film, c’est rester dans des motels, manger de la mauvaise nourriture, et se tenir debout dans le froid. L’univers des jeux vidéo est en fait similaire à mon expérience passée sur la création de Jurassic Park. Lorsque nous étions en post-production, tous les génies qui sont arrivé à animer les dinosaures ont travaillé ensemble dans les mêmes espaces que ceux qui ont fait Boom Blox. Créer cette réalité digitale pour un dinosaure et cette réalité digitale pour une tour de briques n’est pas si différent”.

Ubisoft
Spielberg, jouant au jeu “Rainbow Six : Siege” sur le stand d’Ubisoft durant l’E3 2015

Spielberg avouait d’ailleurs à cette époque-là peu apprécier les Cut Scenes que l’on retrouvent dans bon nombres de jeux, trouvant que l’industrie vidéoludique en faisait un mauvais usage. La raison ? Les impressions et les émotions véhiculées dans ces séquences n’étaient pas maintenues lorsque le joueur reprenaient le contrôle de l’action, particulièrement dans les FPS. “Vous savez, ce qui ne fonctionne pas selon moi dans ces jeux, ce sont ces petits films où ils essaient de vous raconter une histoire entre les différents niveaux. C’est là que l’on voit l’absence de lien entre la narration, le storytelling, et le jeu. Ils se donnent beaucoup de mal à créer ces séquences en Motion Capture où ils vous expliquent le comment du pourquoi des personnages. Et, à la seconde où le jeu vous redonne le contrôle, vous avez déjà oublié tout l’impact que cet interstice narratif tentait de créer sur vous. Vous revenez juste à une séquence de tir”. S’il existe des exceptions dans les FPS, comme l’extraordinaire FPS narratif Bioshock, on imagine sans peine que les remarques de Spielberg visent avant tout des productions de type Call of Duty. Pas sûr que les studios en charge des développements des jeux de ce type aient beaucoup écouté Steven ces dernières années… Quoi qu’il en soit, il serait intéressant de recueillir à nouveau l’avis du cinéaste sur ce sujet, dix ans après.

LMNO, le projet ambitieux

Après Boom Blox et sa suite, le projet suivant était extrêmement ambitieux. Estampillé comme une production AAA, il avait pour nom de code LMNO. Un jeu d’action – aventure qui mettait en scène une créature extra-terrestre femme du nom d’Eve, qui tentait de s’échapper d’une zone ressemblant à la fameuse Area 51 avec la complicité d’un certain Lincoln. Aventure jouable en solitaire, le joueur contrôlait un personnage du tandem tandis que le jeu se chargeait de l’autre.

Croisement entre Rencontre du 3e type et E.T. ,développé en partie par les solides artisans du studio Arkhane à Lyon, les mêmes qui créeront plus tard l’extraordinaire jeu Dishonored, LMNO devait être, selon Spielberg, un voyage émotionnel propre à tirer quelques larmes aux joueurs. Malheureusement, le jeu fut annulé par Electronic Arts en 2010.

Ci-dessous, une rare vidéo du prototype développé, destiné à montrer le style visuel global du titre…

Il y a quelques années, Guillermo del Toro, autre gamer notoire, disait être persuadé de voir un jour l’équivalent d’un Citizen Kane du jeu vidéo émerger. Spielberg, lui, a régulièrement mis sa passion des jeux vidéo à son service, parfois avec succès, mais aussi en essuyant quelques échecs. Avec la puissance technologique du medium et ses possibilités narratives, couplé à l’arrivée de la réalité virtuelle à laquelle le cinéaste est enthousiaste, qui sait s’il ne reviendra pas prochainement y infuser à nouveau un peu de son fantastique imaginaire ?

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