Plus Belle la Vie va “injecter les conséquences du confinement sur la société française ” [INTERVIEW] – News Séries à la TV


Entretien avec Géraldine Gendre, productrice du groupe Telfrance, alors que la diffusion des épisodes inédits de la quotidienne reprend le 29 juin sur France 3 après une longue interruption liée à la crise sanitaire.

Capture d’écran/@jolatzko

Vous avez pris la relève à la fonction de productrice de Plus Belle la vie le 4 novembre dernier suite au départ de votre prédécesseur, Sébastien Charbit. Trois mois plus tard, vous et vos équipes avez du faire face à une crise sanitaire sans précédent qui a entraîné la suspension des tournages et l’arrêt de la diffusion de la quotidienne, une première depuis sa création. Plutôt mouvementé comme prise de poste !

Géraldine Gendre, produtrice de Plus Belle la vie : Cette expérience était inédite. On a du tous faire face à une situation où, même avec quinze ans d’expérience, personne ne savait comment procéder car ces arrêts de plateaux et de diffusion n’étaient jamais arrivés ! On a du faire preuve de bon sens, peu importe l’expérience que j’avais acquise en quelques mois sur Plus Belle la vie. Ça a demandé beaucoup de sang-froid, de prendre les bonnes décisions au bon moment, de ne pas agir dans la précipitation pour savoir dans quelles conditions reprendre : la distanciation physique, ce que ça suppose auprès des équipes de tournages, des comédiens, et de faire preuve d’organisation et de communication, car on était tous chez nous, entre Paris et Marseille, ce qui a demandé beaucoup de travail à distance avec l’ensemble des équipes concernées par la crise.

L’arrêt de la diffusion, même si Plus Belle la vie avait encore de nombreux épisodes inédits en stock, a-t-il suscité la crainte de laisser un vide dans la programmation, au vu de la décision de France 3 de rediffuser une intrigue datant de 2015 centrée sur Estelle et Djawad ?

Il faudrait poser la question à France Télévisions ! De notre côté, nous sommes d’abord partis du principe de continuer la diffusion des inédits tant qu’on en avait à proposer aux téléspectateurs, surtout dans cette période confinée afin de préserver le plaisir du public de découvrir des inédits, ce qui nous a permis de tenir à l’antenne jusqu’au 1er mai. Ensuite, la rediffusion s’est faite en concertation avec la chaîne, afin de savoir comment agrémenter le public dans cette période de confinement; sachant qu’on a toujours un bassin de fans très conséquent, pourquoi s’en priver ?

Avant de rejoindre Telfrance, vous étiez directrice générale adjointe de M6 Films, puis directrice de production et de distribution chez Studiocanal. Forte de ce parcours plus axé sur le cinéma, comment avez-vous envisagé la transition vers Plus Belle la vie, une des marques fortes de France TV ?

En effet j’étais plus axée cinéma au cours de ma carrière, mais toujours au sein de groupes audiovisuels, de diffuseurs, que ce soit chez M6 ou chez Studiocanal, une filiale de l’antenne Canal+ qui développe les marques de Canal en vidéo, VOD et ventes TV, donc il y a des dénominateurs communs. J’aime l’idée de marque justement car, ayant un ADN de cinéma populaire, l’enjeu c’est de créer des marques, et c’est rare de réussir à le faire au cinéma. J’ai eu la chance de détecter les OSS 117, et c’est quelque chose qui me correspond bien, au même titre que Plus Belle la vie. Mais depuis quatre ou cinq ans, les frontières entre cinéma et télévision sont tombées; il y a une vraie porosité des talents, que ce soit les auteurs, les réalisateurs ou les comédiens qui passent de l’un à l’autre, et les problématiques de financement et de fabrication qui deviennent progressivement les mêmes. Le but du jeu était aussi de voir ce que je pouvais apporter à une marque très installée comme Plus Belle la vie après toutes ces années passées sur le cinéma.

Capture d’écran/FTV

Les tournages ont désormais repris depuis un mois, avec de nouvelles consignes sanitaires à respecter pour les équipes. Ont-elles pu être mises en place rapidement, et quelles conséquences ont-elles eu sur la production ?

On a continué à travailler au moment où l’arrêt du tournage a été décidé, et pour tout vous dire on l’a su le weekend qui précédait le confinement, les 14 et 15 mars. Quand on a su le samedi que les bars et les restaurants fermaient, on s’est dit qu’on allait avoir un souci puisqu’on tourne beaucoup en extérieur ! On sentait comme tout le monde que le confinement se rapprochait. Donc le dimanche matin, on a organisé une cellule de crise pour savoir quelles actions mener, et tourner un maximum de séquences dans les jours qui venaient pour boucler le plus d’épisodes possibles. Ensuite, il fallait aménager tout le système de postproduction à distance, mettre en place le télétravail sur des métiers qui n’y sont pas habitués, et enfin réfléchir à comment se remettre en ordre de marche. Comme tout le monde, on se disait que ça allait durer un mois, et puis non ! On avait échafaudé des plans de reprise qui sont tombés les uns après les autres. Le vrai marqueur, ça a été l’allocution du Président le 13 avril. On a eu la date de déconfinement du 11 mai, mais sans savoir ce qui allait avec. On s’est donc mis en ordre de marche, sans savoir comment les choses allaient se dérouler et comprenant que nous allions devoir mettre en place toutes ces mesures sanitaires.

On sentait comme tout le monde que le confinement se rapprochait. Donc le dimanche [15 mars], on a organisé une cellule de crise pour savoir quelles actions mener, et tourner un maximum de séquences dans les jours qui venaient pour boucler le plus d’épisodes possibles.

Effectivement, ce n’est pas tombé du ciel, on ne nous a pas dit que nous pourrions reprendre le chemin des plateaux à telle ou telle condition : on a du tout créer de toutes pièces, tout inventer. On a été chercher des exemples à l’étranger, en Allemagne notamment où les plateaux de tournage ont repris plus tôt, on s’est concertés avec d’autres producteurs, notamment ceux des autres feuilletons comme Demain nous appartient chez Newen, mais aussi les producteurs de fictions et de cinéma puisqu’on allait tous être sous le même cahier des charges qui a été présenté au Ministère du travail. Une réglementation s’est ensuite imposée d’elle-même : sens de circulation, gel hydroalcoolique, mesures barrières, gestion des transports, puis qu’évidemment on ne transporte plus les comédiens dans une voiture de la même manière, gestion des figurants, nombre de personnages sur le plateau, car selon les décors il fallait que la distanciation sociale soit respectée… On a dû tout réorganiser, créer une nouvelle équipe, similaire à ce que nous appelons l’équipe C qui est une équipe plus légère et assez récente pour les séquences en extérieur. Nous avons donc créé une équipe D, qui est une sorte d’équivalent mais en studio, et qui permet de doubler les équipes tout en restant de petite taille.

Justement, quel est l’état d’esprit actuel des équipes de la quotidienne, alors que les tournages reprennent ?

Tout le milieu artistique était assez angoissé sur l’avenir de la profession. A partir du moment où une date de reprise a été annoncée, tout le monde était au taquet. Oui, c’est possible de retravailler ! Même si les conditions ne sont pas idéales, on y arrive. Et je pense que c’était un signal fort pour tout le secteur de voir que les feuilletons quotidiens pouvaient reprendre, ça a donné beaucoup d’énergie à d’autres producteurs. On trouve des solutions; ce qui est angoissant, c’est l’inconnu. Une fois qu’on y est, on se rend compte qu’on peut déplacer des montagnes et on trouve des solutions. Et c’est de notre responsabilité de faire en sorte que ce virus ne revienne pas, donc les tournages sont très cadrés. C’est peut-être un peu moins fun qu’avant, il n’y a plus de tables régie, de discussions autour de la machine à café… C’est plus studieux disons ! (rires)

A quel point les scénaristes et directeurs d’écriture, qui ont continué à écrire pendant le confinement, ont pu anticiper ces contraintes ? 

Nous avions quand même beaucoup de séquences tournées, et on était déjà bien avancés. Quand on prend la décision de rapatrier un maximum de séquences sur les derniers jours de tournage, ça veut dire que d’autres épisodes avaient déjà été entamés – d’ailleurs dans les premiers épisodes des inédits qui vont reprendre le 29 juin, il y a des scènes de baiser, il y a des scènes de baston, car ce sont des séquences qui ont été tournées au préalable. Nous sommes partis du principe qu’on avait déjà des choses en stock, et que si on devait tout réécrire pour être en phase avec ce que vivent les français au moment de la reprise de la diffusion, il aurait fallu qu’on réécrive tout début avril. Autant vous dire qu’on est pas devins, et que si on avait pu imaginer le monde dans lequel on vit aujourd’hui on ne l’aurait peut être pas décrit de cette manière-là. On serait peut-être tombés complètement à côté de la plaque. Mais si on avait du attendre d’avoir plus de recul pour reprendre l’écriture, nous n’aurions pas repris aussi vite les tournages. Plus Belle la vie, c’est entre 700 et 800 contrats d’intermittents tous les mois, sans compter les permanents et les comédiens, on a une vraie responsabilité économique et sociale. Notre décision a donc été de reprendre le plus rapidement possible le chemin des plateaux, quitte à ne pas tout chambouler dans les scénarios déjà écrits. Evidemment, on a du les réadapter, car autant des séquences avec 3 à 4 personnages, c’est assez fluide, autant 7 personnages à un mètre de distance c’est un peu étrange. Donc on a du retravailler nos histoires et nos séquences.

Nous sommes partis du principe qu’on avait déjà des choses en stock, et que si on devait tout réécrire pour être en phase avec ce que vivent les français au moment de la reprise de la diffusion, il aurait fallu qu’on réécrive tout début avril. Autant vous dire qu’on est pas devins, et que si on avait pu imaginer le monde dans lequel on vit aujourd’hui on ne l’aurait peut être pas décrit de cette manière-là. On serait peut-être tombés complètement à côté de la plaque.

En février, il y a eu une coïncidence troublante entre la réalité et la fiction, avec l’intrigue de la mise en quarantaine de l’hôpital Marseille-Est... Donc quelque part, Plus Belle la vie a indirectement traité de la crise sanitaire !

Evidemment, nous n’avons pas eu l’ambition de traiter le sujet à ce moment-là, puisque nous étions plutôt dans une sorte de scénario-catastrophe avec une forte intrigue policière. Et heureusement, c’était avant, car nous aurions eu beaucoup plus de difficultés à programmer cette histoire-là au moment de la reprise. On va le traiter dans tous les cas, c’est incorporé, les auteurs ont plein d’idées, ont commencé à injecter les conséquences de ce confinement et des impacts socio-économiques que ça va avoir sur la société française, sur les méthodes de travail, et toutes les autres répercussions possibles. Nous n’excluons pas, un jour, de revenir sur le confinement, mais pour l’instant c’est trop tôt. On veut le faire, mais on veut le faire bien. Je pense qu’aujourd’hui personne n’a la mesure de ce qu’on a vécu, qui est complètement hors nomes. Et dans l’histoire du cinéma ou de la télévision en général, on est jamais revenu aussi rapidement sur un événement. On risque d’être maladroits, de ne pas être en phase avec notre public, et c’est tout ce qu’on veut éviter. On se doit de le respecter.

Nous n’excluons pas, un jour, de revenir sur le confinement, mais pour l’instant c’est trop tôt. On veut le faire, mais on veut le faire bien.

Justement, peut-on s’attendre à des intrigues plus légères pour cet été, avec le retour de Barbara notamment ?

Tout à fait ! Beaucoup de feel good, d’arches très humaines, drôles, sensibles et généreuses, dont nous sommes très contents, et pas que. Je ne peux pas vous en dire plus, mais oui c’est l’idée. Ce qu’on avait prévu à l’origine a été reporté avec le récent “trou” de diffusion, donc nous remettons forcément à plat notre programmation d’histoires car on ne prévoit pas les mêmes intrigues selon que l’on soit à Noël, en plein été, à la Toussaint… On est en train de tout tricoter à nouveau.

Propos recueillis le 23 juin 2020

 



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