Main-d’œuvre – Les exploitants agricoles s’associent et sous-traitent de plus en plus !


La main-d’œuvre agricole est en pleine mutation. Auparavant familiale, elle se diversifie vers des modèles et organisations multiples s’appuyant plus ou moins sur le salariat, l’association et la sous-traitance. Entre 2010 et 2016, le nombre d’exploitations en société a grimpé de 80 %, selon le Centre d’études et de prospective du ministère de l’agriculture, et celles qui sous-traitent des chantiers de 50 %.

Chiffres clés et évolutions

Précisons, d’abord, ce qu’on entend par main-d’œuvre agricole. Il s’agit des travailleurs familiaux (exploitant, co-exploitant, conjoint collaborateur, aide familial), des salariés (permanents et temporaires), des apprentis et stagiaires, des employés d’ETA et de Cuma.

Parmi les principales tendances, ces dernières années :

→ Le nombre d’actifs agricoles diminue mais à un rythme plus lent : de – 2,4 %/an entre 2000 et 2010 à – 1 %/an entre 2010 et 2016. L’agriculture a perdu 240 000 travailleurs en 16 ans, dont un peu plus de 100 000 chefs d’exploitation.

→ La main-d’œuvre des exploitations demeure majoritairement familiale : 2/3 des UTA contre 18 % de salariés permanents et 16 % de temporaires. À noter : le nombre d’aides familiaux a été divisé par 4.

→ Le salariat progresse : même s’il recule en termes d’effectifs, ramené au nombre d’exploitants (qui lui aussi baisse), il s’accroît de 2,2 % en UTA entre 2010 et 2016 alors que les UTA familiaux ont baissé de 9,7 %. Ainsi, le ratio « salariés permanents/exploitants » a chuté de 0,6 en 1866 à 0,1 en 1988 pour remonter à près de 0,3 en 2016. « La progression du salariat provient essentiellement de celle des salariés non permanents », indique Mickaël Hugonnet, chargé de mission au Centre d’études et de prospective du ministère de l’agriculture.

Mais il y a des écarts selon l’orientation technico-économique des exploitations (Otex) : les élevages bovins emploient peu de salariés (10 % des UTA en viande et 20 % en lait) par rapport aux fermes de grandes cultures (un peu plus de 40 %). Des pourcentages qui ont peu évolué en 16 ans sauf en production laitière (+ 10 points).

Par ailleurs, les formes de salariat agricole se diversifient : de 2010 à 2016, le volume de travail fourni par les ETA a doublé, le recours à des groupements d’employeurs a grimpé de 40 % et le travail détaché s’est développé, représentant 67 000 salariés en 2017. 

Qui sont les travailleurs agricoles aujourd’hui ?

→ Le niveau de formation des agriculteurs augmente, comme celui du reste de la société. En 1988, 89 % des chefs d’exploitation n’avaient pas le bac et en 2016, ils n’étaient plus que 47 %. Parallèlement, seuls 4 % étaient diplômés du supérieur contre 25 % trente ans plus tard. « Une tendance qui suit la croissance en taille des exploitations », fait remarquer Mickaël Hugonnet. Là aussi, il existe des différences entre Otex : 50 % des éleveurs laitiers sont titulaires de ce diplôme en 2016, 44 % des producteurs bovins mixte, 40 % des polyculteurs et polyculteurs-éleveurs, 35 % des producteurs de grandes cultures et 31 % des éleveurs bovins viande.

→ Le taux de féminisation en agriculture régresse, passant de 45 % en 1955 à 30 % en 2016. Tout d’abord, « la part de cheffes d’exploitation plafonne depuis 10 ans autour de 27 % », détaille le chargé de mission. « Et dans le même temps, la part de femmes baisse de 33,7 à 33,4 % pour les salariées en CDI et de 40 à moins de 38 % pour celles en CDD. « Or, comme la population de salarié est celle qui connaît la plus forte hausse, cela accentue la diminution de la féminisation. » Néanmoins, l’accès des femmes au métier d’agricultrice se transforme : 83 % s’installent hors transfert entre époux alors qu’avant la plupart reprenait la ferme de leur mari à leur départ en retraite.

→ La population agricole vieillit, un phénomène bien connu sur lequel nous n’allons pas revenir en détail. Rappelons seulement que la proportion de plus de 60 ans a pris 7 % entre 2010 et 2016, atteignant 17 % ; que l’âge moyen, de 52 ans, est plus faible que dans le reste de l’Europe (la France se situe à la 4e place) et que le secteur laitier est celui où le renouvellement des exploitants est le plus à la peine. Les salariés, eux, sont plus jeunes, moins qualifiés, plus sujets à la précarité et moins rémunérés que dans d’autres secteurs d’activité.

(©Centre d’études et de prospective du ministère de l’agriculture)

Comment se (ré)organise le travail dans les exploitations ?

Regardons maintenant comment la main-d’œuvre est mobilisée au sein des fermes. Une étude typologique (recensement agricole de 2000 croisé avec l’enquête des structures d’exploitations agricoles de 2016) a fait ressortir 5 types de structures : 1- familiale ou exploitant seul, 2- familiale avec salarié(s), 3- avec salariés prépondérants, 4-association d’exploitants, 5-en sous-traitance.

Les exploitations familiales sont de plus en plus remplacées par une diversité de modèles, où la famille est moins présente au profit du salariat (catégories 2 et 3 citées ci-dessus) et de l’externalisation de certaines tâches (catégorie 5). Signalons que les structures avec salariés prépondérants ont progressé de 20 % entre 2000 et 2016 avec, parallèlement, la stagnation de celles avec famille et salariés. « Ce sont les exploitations à 2 UTA (la 1ère catégorie) qui disparaissent le plus vite : – 37 %, complète Mickaël Hugonnet. Elles continuent malgré tout de représenter 70 % des fermes françaises et un peu moins de 50 % de la production. »

De nouvelles organisations du travail voient le jour : regroupements d’exploitants (+ 80 % sur la période même si seuls 3 % des exploitations sont sous forme sociétaire), sous-traitance (+ 50 %), holdings agricoles (au lieu de développer l’outil de production, l’agriculteur en acquiert d’autres, cela restant marginal pour le moment).

Source : webinaire « Emploi et activité en agriculture : tendances de fond et tendances émergentes » sur l’étude Actif’Agriréalisée par le Centre d’étude et de prospective du ministère de l’agriculture. Structurée en 12 chapitres, elle propose une analyse globale et pluridisciplinaire (économique, sociologique, agronomique, politique, juridique, etc.) de l’emploi en agriculture, et s’intéresse notamment aux conditions de travail, à la formation, aux mobilités professionnelles, à l’innovation, l’environnement…



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