Lovecraft Country sur OCS : qui était l’immense auteur H.P. Lovecraft ? – News Séries à la TV


Adaptation d’un roman écrit par Matt Ruff ayant pour toile de fond l’Amérique ségrégationniste des années 50, “Lovecraft Country” est aussi un hommage à l’oeuvre cauchemardesque de l’immense auteur H.P. Lovecraft.

Diffusée sur HBO à partir de ce 16 août et en exclusivité sur OCS en US+24, Lovecraft Country est une série adaptée d’un brillant roman écrit par Matt Ruff, que l’on peut résumer ainsi : un voyage au pays des monstres et du Ku Klux Klan. A la lisière de la science-fiction, du thriller, de l’horreur et de la satire, le livre plonge le lecteur en pleine Amérique ségrégationniste des années 1950, dont le propos reste d’une brûlante actualité

Ci-dessous, la bande-annonce de la saison 1…

 

Hommage à la littérature Pulp et aux films de SF des années 1950, le récit est bien entendu, comme son titre le laisse clairement entendre, également un hommage à l’oeuvre et l’univers de l’immense auteur que fut H.P. Lovecraft, matrice absolue du fantastique et de la littérature horrifique. On le connait surtout comme le créateur d’un “Mythe de Cthulhu”, devenu aussi célèbre, sinon plus, que lui. En une poignée de nouvelles, poèmes et essais, il a laissé derrière lui une incroyable matière ayant inspiré – et qui inspire encore- des générations entières d’auteurs et d’artistes, dans tous les domaines créatifs, que ce soit musical, bandes-dessinées, au cinéma, dans les jeux vidéo… Bien que le lectorat de Lovecraft fût limité de son vivant, sa réputation évolua au fil des décennies, et il est à présent considéré, avec Edgar Allan Poe, comme l’un des écrivains d’horreur les plus influents du XXe siècle. Stephen King, qu’on ne présente guère plus, le hisse au sommet de son panthéon personnel des auteurs.

Avec la diffusion de la série créée par le tandem J.J. Abrams et Jordan Peele, il n’est pas tout à fait inutile de revenir sur quelques traits saillants de la vie de H.P. Lovecraft, ses obsessions. En somme, donner quelques clés pour mieux appréhender son univers.

Sceau tragique du destin, fatalisme et passé familial

Né le 20 août 1890 à Providence, capitale de Rhode Island, le plus petit Etat des Etats-Unis, Howard Phillips Lovecraft est un garçon précoce et surdoué : il récite des poèmes à deux ans, sait lire à trois, écrire à quatre. Alors qu’il est encore tout jeune, son père, représentant de commerce, est frappé d’une crise de démence, conséquence probable d’un stade ultime de la syphilis. Il est interné dans un hôpital psychiatrique où il décèdera en 1898.

Elevé par sa mère et ses deux tantes, il voue une admiration sans borne à son grand-père, dont la vaste bibliothèque personnelle commence déjà à nourrir son imaginaire. Dès l’âge de six ans,  il s’essaie à la versification et à l’écriture de petits récits d’aventures. Handicapé par une santé fragile qui compromet ses études, il accumule les connaissances par ses lectures et se forge une culture scientifique. L’astronomie et la chimie commencent ainsi à le passionner, tout comme -déjà-, le monde ancien, celui de la mythologie gréco-romaine.

Son univers s’écroule au décès de son grand-père, en mars 1904. À cause de la mauvaise gestion du patrimoine de ce dernier, la famille se retrouve presque sans le sou et doit déménager dans un logement beaucoup plus modeste. Très durement affecté, le jeune Howard plonge dans un état dépressif et nourrit des idées suicidaires, qu’il chasse malgré tout en se plongeant dans les récits d’Edgar Allan Poe, dont il s’inspire énormément en écrivant ses premières histoires d’horreur. En 1908, une grave dépression l’empêche de terminer ses études secondaires; il ne pourra jamais entrer à l’Université de Brown. Cet état le laissera pendant cinq ans incapable d’entreprendre quoi que ce soit. En 1914, il découvre le monde du “journalisme amateur”, où se côtoient écrivains, poètes et essayistes publiant leurs propres petites revues et les diffusant par correspondance. Il écrit trois ans plus tard Dagon, une nouvelle de quelques pages où l’on retrouve en germe de nombreux thèmes qualifiés après sa mort de typiquement lovecraftiens.

En 1919, après avoir souffert d’hystérie et de dépression pendant une longue période, la mère de Lovecraft entre au Butler Hospital, comme son mari avant elle. Elle écrit néanmoins fréquemment à son fils et ils restent très proches jusqu’à sa mort, le 21 mai 1921, après des complications consécutives à une opération de la vésicule biliaire. Lovecraft est dévasté.

Brefs jours heureux et intense créativité littéraire

Quelques mois après le décès de sa mère, il rencontre une femme, Sonia H. Greene, qu’il finit par épouser en 1924. Elle est modiste, et tient une boutique sur la prestigieuse 5e avenue à New York. Au départ, Lovecraft aime beaucoup New York, mais, très vite, le couple doit faire face à des difficultés financières. Greene perd son commerce, elle est en mauvaise santé. Lovecraft n’a pas assez d’argent pour vivre, et sa femme déménage à Cleveland pour trouver du travail. L’auteur vit alors seul dans le quartier de Red Hook à Brooklyn, et se met à détester cette ville. Aucune opportunité professionnelle ne s’offre à lui. Fortement amaigri, il retourne vivre à Providence, et entame une procédure de divorce, qui sera effectif en 1926.

La décennie qui s’ouvre à lui, entre 1926 et 1937, est particulièrement prolifique. C’est à cette époque qu’il publie la quasi-totalité de ses écrits les plus connus grâce à la revue Weird Tales, comme L’Affaire Charles Dexter Ward, un récit fantastique basé sur l’occultisme, en 1927. Il explore des voies où l’influence de la SF est marquée, avec La Couleur tombée du ciel, toujours en 1927. Sans oublier bien entendu L’appel de Cthulhu, écrit en 1926. Ou encore, entre les mois de février et avril 1936, son chef-d’oeuvre Les Montagnes hallucinées, publié dans la revue Astounding Stories.

S’il s’épanouit sur le plan créatif, Lovecraft continue, encore et toujours, à rencontrer de nombreuses difficultées matérielles, si bien qu’il est obligé de jouer les prête-plume pour effectuer pour d’autres des travaux de correction. En 1936, un de ses meilleurs et plus fidèles amis, Robert E. Howard, à qui l’on doit notamment la création du personnage de Conan le barbare, se suicide. Nouveau coup terrible pour Lovecraft, alors même que sa santé se dégrade fortement.

En cette année 1936, ce qu’il croit être une simple grippe intestinale se révèle être un cancer de l’intestin. Il entre au Jane Brown Hospital le 10 mars 1937. Il se met en tête de consigner soigneusement dans un carnet ses symptômes et ses douleurs, mais la fulgurance de la maladie ne lui en laissera pas le temps. En cinq jours il est emporté. Le nom de Lovecraft est inscrit parmi ceux de ses parents et du reste de sa famille sur le monument familial. En 1977, un groupe d’admirateurs collecte des fonds pour lui offrir sa propre stèle. Ils y font inscrire son nom, ses dates de naissance et de décès ainsi que cette phrase : “Je suis Providence”, un aphorisme retrouvé dans ses lettres.

Une mythologie, des mythes, et l’horreur cosmique

“Un monde créé par erreur et par dérision”. C’est en ces termes que Lovecraft définit la Terre des “Grands Anciens”, les créatures qui peuplent des endroits isolés ou sous-marins de la planète dans la majeure partie de son œuvre. La cosmogonie de Lovecraft, que l’on appelle le mythe de Chtuhlu (et qui n’est pas une terminologie de l’auteur mais post-mortem), repose sur des dieux monstrueux, venus sur Terre pour reprendre leur titre de souverains. Géants terrifiants, les Cthulhu, Azathoth, Yog-Sothoth et autres Shub-Niggurath évoquent des croisements d’animaux dégénérés aux airs de céphalopodes, comme issus de cauchemars. Une identité visuelle qui serait à aller chercher du côté de la profonde aversion de Lovecraft pour les fruits de mer, crabes et autres calamars dans son assiette… Quoi qu’il en soit, leur découverte et leur culte par des sociétés ésotériques représentent l’un des piliers des nouvelles de Lovecraft.

C’est là qu’intervient ce que Lovecraft appelait l’horreur “cosmique”. Qu’est-ce à dire ? Dans une lettre datée de 1927 et adressée au rédacteur en chef du magazine Weird Tales, il s’en expliquait ainsi, livrant en même temps le rôle qu’elle joue dans ses fictions : “Toutes mes histoires sont basées sur l’idée fondamentale que les lois, les intérêts, et les émotions partagés par l’humanité n’ont ni validité ni signification au niveau du cosmos. Pour moi il n’y a que puérilité dans une histoire où la forme humaine -et les passions, conditions et normes humaines- sont montrées comme natives à d’autres mondes ou d’autres univers. Pour atteindre l’essence d’une réelle altérité, que ce soit en terme d’espace, de temps ou de dimensions, il faut oublier l’existence même d’un certain nombre de choses : la vie organique, le bien et le mal, l’amour et la haine, et tous les autres attributs purement locaux d’une race négligeable et temporaire appelée humanité”.

Contrairement à d’autres auteurs fantastiques classiques, tels Bram Stoker ou Mary Shelley, l’horreur selon Lovecraft relève parfois de la prise de conscience progressive de la réalité, même si elle longtemps niée, et non du phénomène monstrueux en lui-même. Les personnages de Lovecraft, loin d’être des mystiques, rencontrent le paranormal dans des moments d’abjections, souvent en fin de récit. Chez l’auteur, l’incroyable est réel, toujours porteur de terribles implications et menaces. Et cette prise de conscience, ou cette révélation chez les personnages, se fait généralement au prix d’une santé mentale de plus en plus précaire pour eux. “L’émotion la plus ancienne et la plus profonde de l’humanité est la peur; et la peur la plus ancienne et la plus profonde est la peur de l’inconnu” écrivait Lovecraft dans son essai “Epouvante et surnaturel en littérature”, qui ne fut publié qu’en 1945.

Tant qu’à parler de mystique un peu plus haut, il faut préciser que Lovecraft n’était pas un croyant, mais un penseur matérialiste. Tout au long de sa vie, il a exposé une vision du monde basée sur la science, influencée par Nietzsche et surtout par Ernst Haeckel (1834-1919), un fameux biologiste allemand qui fut l’un des premiers propagateurs de la théorie darwinienne en Europe continentale. Si Lovecraft méprisait la religion et rejetait la croyance en Dieu de manière générale, il n’avait guère plus d’estime pour la magie noire et l’occultisme, contrairement à l’une des légendes tenaces l’entourant. C’était pour lui seulement une source d’inspiration.

Des monstres, certes, mais intelligents

Quid des monstres peuplant l’univers de l’auteur ? Christophe Thill, spécialiste français de Lovecraft et coordinateur de la titanesque biographie consacrée à l’auteur, Je suis Providence, expose ainsi le bestiaire du génial écrivain, dans son ouvrage Le Guide Lovecraft (Actu SF Editions, 2018)  : “Le peuple de monstres est imaginé avec une grande liberté. La terreur, en ce qui le concerne, ne vient pas seulement de son apparence effrayante ou de son éventuelle cruauté. Elle résulte surtout du fait que ces êtres bizarres (les amphibiens du Cauchemar d’Innsmouth, les crabes spatiaux de Celui qui chuchotait dans les ténèbres, les cônes à tentacules de Dans l’abîme du temps…) possèdent une civilisation complexe, parlent une langue, agissent de façon coordonnée. Lovecraft le sait bien : voir des créatures parfaitement non humaines, à la morphologie bizarre, se livrant à des activités trahissant non seulement leur intelligence mais aussi leur culture […] ne peut que provoquer une sensation de malaise”.

Les monstres fantastiques (et d’autres bien réels…) de Lovecraft Country vous donneront-ils des frissons vous parcourant l’échine ? A vous de le découvrir et vous laisser tenter…



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