L’Ivresse du pouvoir sur Arte : pourquoi Claude Chabrol a-t-il été attaqué en justice ? – Actus Ciné


Diffusé ce soir à 20h55 sur Arte, “L’Ivresse du pouvoir” est une satire sociale largement inspirée de l’affaire Elf. Les similitudes entre le film et la réalité n’ont pas été au goût de tout le monde.

Dans L’Ivresse du pouvoirClaude Chabrol dirige pour la septième et dernière fois l’une de ses actrices fétiches, Isabelle Huppert. Celle-ci incarne Jeanne Charmant Killman, une juge d’instruction chargée de démêler une complexe affaire de concussion et de détournements de fonds mettant en cause le président d’un important groupe industriel. Elle s’aperçoit que plus elle avance dans ses investigations, plus son pouvoir s’accroît. Mais au même moment, et pour les mêmes raisons, sa vie privée se fragilise.

Si le film ne fait pas directement référence à l’affaire Elf, il est aisé de faire des parallèles entre L’Ivresse du pouvoir et ce vaste scandale financier et politique qui a éclaté en 1994 et révélé un important réseau de corruption impliquant des hommes politiques et des grands patrons. Ainsi, le personnage d’Isabelle Huppert s’appelle Jeanne Charmant, nom qui apparaît comme un clin d’œil à Eva Joly, la juge d’instruction en charge du dossier Elf. Le ministre Roland Dumas, impliqué dans l’affaire, est interprété par …Roger Dumas, tandis que Philippe Duclos joue un dénommé Holéo, terme qui évoque le secteur d’activité de la société Elf. Enfin, difficile de ne pas remarquer la ressemblance physique entre François Berléand et Loïk Le Floch-Prigent, l’ancien PDG de l’entreprise pétrolière.

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Lors de la promotion du film, Claude Chabrol affirme qu’il s’agit d’un univers entièrement fictif, qui prend soin de ne nommer aucune personne réellement existante. Il précise toutefois : « Pour autant […] le film laisse entendre qu’il existe quand même, parmi ceux qui ont le pouvoir, certains qu’on pourrait qualifier de racailles et qu’on pourrait nettoyer au Kärcher […]. Quand j’ai décidé de faire ce film, j’ai commencé par dresser une liste des pièges à éviter, et notamment celui de l’identification immédiate et celui de l’imaginaire absolu. Car, de toute évidence, si le film n’avait aucun rapport avec la réalité, il n’aurait guère d’intérêt… » Notons d’ailleurs que le long-métrage s’ouvre sur le carton suivant : « Toute ressemblance avec des faits réels et des personnages connus serait, comme on dit, fortuite… »

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Une frontière entre réalité et fiction bien trop floue selon Eva Joly. Lors de la sortie de L’Ivresse du pouvoir, la juge requiert du président du tribunal de Paris d’obtenir une copie du film, afin de « pouvoir étudier d’éventuelles poursuites civiles » pour violation de sa vie privée. Dans une tribune publiée dans le Monde, Eva Joly partage son « sentiment de malaise » de voir « violer l’intimité de ma vie privée. [Chabrol] n’a cessé lors des interviews pour la promotion du film d’ajouter des détails sordides et erronés sur ma vie personnelle ». Si elle reconnaît qu’un créateur a le droit de puiser dans l’actualité, elle n’apprécie pas en revanche les allusions à sa vie privée, notamment le suicide de son mari en 2001, en pleine affaire Elf.

Moune Jamet

Au final, cette bataille judiciaire n’ira pas plus loin et n’empêchera pas le film d’être un succès et de dépasser le million d’entrées en salles. Le 13 septembre 2010, au lendemain de la mort de Claude Chabrol et de la diffusion à la télévision, en son hommage, de L’Ivresse du pouvoir, Eva Joly confie au micro de RTL : « Je n’ai pas aimé ce film et je ne pense pas que ça soit le meilleur film de Claude Chabrol. […] Je n’ai pas aimé le regard que Claude Chabrol portait sur l’affaire Elf. Ce qui faisait sa force, le regard sur la petite bourgeoisie française, cette grille de lecture-là, sur l’affaire Elf, ne fonctionne pas ».



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