L’idée d’un passe sanitaire généralisé au travail crispe les partenaires sociaux


Syndicats et patronat sont consultés ce lundi par Élisabeth Borne. L’application d’une telle mesure suscite nombre d’interrogations.

«Inefficace», procédé «punitif» pouvant générer de la «tension»: l’idée d’un passe sanitaire étendu à l’ensemble des entreprises suscite de fortes réticences chez les partenaires sociaux, consultés lundi par la ministre du Travail, Élisabeth Borne. Généraliser le passe à toute la sphère professionnelle – au-delà des secteurs de la santé et au contact du public comme c’est le cas aujourd’hui – n’est qu’une «hypothèse», a souligné dimanche le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Syndicats et patronat étaient consultés lundi en fin de matinée par Élisabeth Borne.

«Nous proposerons des mesures pour freiner la propagation du virus mais rien ne sera acté à l’issue» de cette réunion en visioconférence, a prévenu en amont l’entourage de la ministre du Travail. L’exécutif ne cache cependant pas sa volonté de trouver les moyens de mettre la pression sur les non-vaccinés face à la cinquième vague du Covid-19 et l’arrivée du variant Omicron en France.

Pour le «Monsieur vaccin» du gouvernement, Alain Fischer, qui s’exprimait lundi sur France Inter, le passe sanitaire étendu à toutes les entreprises, «sous un angle scientifique, c’est sûr que c’est une protection supplémentaire qui devrait éviter une crise sanitaire grave». Mais chez les partenaires sociaux, le scepticisme est de mise, notamment sur l’application d’une telle mesure.

La Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), est «plutôt favorable au passe sanitaire dans la mesure où ça permet d’éviter un confinement, ce qui est le pire du pire. Après, il y a des questions pratiques qui peuvent poser problème».

«Usine à gaz»

Pour l’Union des entreprises de proximité (U2P), «il faut mettre la priorité sur la continuité de l’activité. Donc si ça doit passer par un passe, pourquoi pas. Mais il ne faut pas que ce soit punitif», souligne l’organisation patronale en allusion à la pénalité de 45.000 euros pour non-vérification de passe actuellement en vigueur. «Est-ce aux chefs d’entreprise d’exercer des pouvoirs de police ?», s’interrogeait dimanche sur Franceinfo le président délégué du Medef, Patrick Martin, dont l’organisation réserve sa position et attend l’issue des discussions avec le gouvernement. Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des DRH, a évoqué lundi sur Sud Radio «une usine à gaz» susceptible de générer «de la tension» au sein des entreprises.

Du côté des syndicats, le ton est nettement hostile. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, fustige une mesure «absurde et totalement inefficace». «Nous y sommes opposés parce que ça correspond à une obligation vaccinale. Nous préférons (…) renforcer les gestes barrière, inciter plus à la vaccination plutôt que l’instauration de ce passe», a-t-il insisté sur Franceinfo. «Mieux vaut convaincre et inciter que contraindre», a également déclaré à l’AFP Michel Beaugas de Force ouvrière (FO), tandis que Cyril Chabanier (CFTC) s’est dit «assez réservé».

Après la ministre du Travail, ce sera mardi au tour du premier ministre Jean Castex de recevoir les groupes parlementaires pour discuter des futurs champs d’application du passe sanitaire.



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