l’Europe redoute une attaque de la Russie


Alors que la Russie a massé 170.000 hommes près de la frontière, les Européens brandissent la menace de «sanctions massives».

Vladimir Poutine sait désormais à quoi s’attendre si la Russie en venait à bafouer une nouvelle fois l’intégrité de l’Ukraine en déployant les dizaines de milliers de soldats qu’il a massés à la frontière de ce pays. Les Européens lui promettent de lourdes sanctions et ont multiplié les mises en garde alors que débutait mercredi après-midi à Bruxelles un sommet du partenariat oriental associant cinq anciennes républiquesdu bloc soviétique – dont l’Ukraine – et se prolongeant jeudi par un sommet classique.

Les messages des Vingt-Sept sont parfaitement en ligne avec ceux délivrés par les pays du G7, le week-end dernier. Devant le Bundestag, le nouveau chancelier allemand, Olaf Scholz, n’y est pas allé par quatre chemins. «Permettez-moi, si tout le monde ne l’a pas encore compris, de répéter ici ce que mon prédécesseur (Angela Merkel, NDLR) a dit: toute violation de l’intégrité territoriale aura un prix, un prix élevé.» La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a brandi la menace de «mesures sans précédent avec de graves conséquences pour la Russie». Ces avertissements ne sont qu’un avant-goût des conclusions de la réunion. Dans un projet encore non stabilisé il est écrit noir sur blanc que «toute nouvelle agression militaire contre l’Ukraine aura des conséquences massives et un coût élevé en réponse».

Fissures au sein du bloc

L’objectif des Européens est de faire pression sur Moscou pour obtenir la «désescalade» qu’ils appellent de leurs vœux. «Nous sommes en mode prévention, dissuasion», soulignait mardi, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell. Alors que l’UE a pris des mesures contre le groupe Wagner en début de semaine, de nouvelles sanctions contre la Russie sont en cours de préparation, vraisemblablement coordonnées avec les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni. Comme en 2014, lors de l’annexion de la Crimée, les Occidentaux veulent être en mesure de réagir vite en cas d’invasion. Le gazoduc Nord Stream 2, qui relie la Russie à l’Allemagne sans passer par l’Ukraine, pourrait-il faire partie du paquet? Joe Biden l’a suggéré. La Pologne et les pays Baltes, qui ont toujours critiqué ce projet, le souhaiteraient. Les Allemands restent pour l’heure très évasifs.

En réalité, les Européens n’y voient pas clair dans le «jeu» de Poutine qui, selon les informations fournies mercredi par les services ukrainiens, aurait massé quelque 100 000 soldats russes aux frontières, 170 000, selon les services de renseignement américains. «Veulent-ils vraiment lancer une opération? S’agit-il de pousser l’Ukraine à la faute? Souhaitent-ils créer des tensions pour obliger les alliés à parler des sujets dont la Russie veut discuter?», énumère un diplomate européen. Désireux de relancer les discussions avec la Russie, Emmanuel Macron et Olaf Scholz ont fait passer des messages à Volodymyr Zelensky. Selon l’Élysée, il devait être suggéré au président ukrainien «d’évoluer pour couper court à tout reproche russe sur l’absence de coopération ukrainienne dans le cadre du format Normandie». Ce format, qui réunit l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne, a été mis en place pour tenter de trouver une issue au conflit du Donbass, toujours non réglé. À l’issue du huis clos, Zelenskyy s’est dit prêt à entamer des pourparlers avec la Russie. «Pour nous, il est important que les sanctions soient appliquées avant, plutôt qu’après, que le conflit se produise, car si elles étaient appliquées après le conflit, cela les rendrait fondamentalement dénuées de sens», a également souligné le président ukrainien.

La question russea toujours créé des fissures au sein du bloc. Les dernières frictions remontent à juin dernier lorsque Angela Merkel avait proposé – en vain – de convoquer un sommet UE-Russie. Il y a d’un côté, les partisans de la manière forte – Pologne, pays Baltes, Suède – qui considèrent qu’il ne sert à rien de discuter avec Moscouet penchent en faveur de sanctions préventives. De l’autre, les défenseurs du dialogue avec la Russie – Allemagne, France, Italie, Grèce -, qui jugent indispensable de conserver des canaux de communication. Au moins les Européens semblent-ils d’accord cettefois sur la gravité de la situation aux frontières de l’Ukraine.

À ce stade, l’intense agitation diplomatique et les menaces répétées contre le pouvoir russe semblent n’avoir eu guère d’effets, alors que Poutine entend dialoguer avec les États-Unis et l’Otan, reléguant ainsi les Européens. Moscou a transmis mercredi à Washington la liste des garanties de sécurité attendues des Occidentaux. Il en avait déjà été question la semaine dernière lors de l’échange entre Poutine et Biden. Le président russe veut notamment avoir des assurances sur le fait que l’Ukraine et la Georgie ne deviendront pas membre de l’Otan, comme cela leur avait été promis en 2008 par l’Alliance. Il souhaite aussi que l’Otan s’abstienne d’avancer vers l’est. Poutine «essaie de se présenter comme une solution à ce problème qu’il s’est créé lui-même. Et je pense que nous ne devrions pas tomber dans ce piège», a mis en garde dans Politico Kaja Kallas, la première ministre estonienne.

Opposition à Biden

Le président russe s’est aussi entretenu avec son homologue chinois. Celui-ci est manifestement disposé à épouser la cause de Moscou pour mieux s’opposer à Biden. «La Chine et la Russie doivent mener davantage d’actions conjointes pour protéger plus efficacement» leur «sécurité» et «leurs intérêts», a déclaré Xi, cité par CCTV.

C’est dans ce contexte de très fortes tensions que s’est tenu le sommet du partenariat oriental. L’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie – toutes partiellement occupées par la Russie -, doivent se résoudre à voir s’éloigner un peu plus leur perspective d’adhésion à l’Union européenne. «L’objectif, rappelait un diplomate, n’est pas de les faire entrer mais de les arrimer à l’UE.» Pour aider ces pays à mener les réformes, l’UE pourrait mobiliser jusqu’à 17 milliards d’euros. Un des six membres du partenariat brillait toutefois par son absence: la Biélorussie. Allié de Moscou, Minsk a été sanctionné à de nombreuses reprises depuis la réélection truquée d’Alexandre Loukachenko en août 2020.



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