Les Yes Men, nouvelles d’un monde meilleur


Ils sont moins artistes qu’activistes. Les Yes Men ont créé et diffusé en 2008 un million de faux exemplaires du journal The New York Times… dont la Une annonçait, entre autres bonnes nouvelles, la fin de la guerre en Irak, l’inauguration de pistes cyclables à New York et la nationalisation du pétrole pour lutter contre le changement climatique. Filmée, la réaction des passants à qui le journal a été distribué dans différentes grandes villes des États-Unis vaut son pesant d’or : surprise, incrédule, outrée, elle témoigne d’un public habitué aux décisions catastrophiques… et, surtout, étonné voire incapable de concevoir qu’il pourrait en être autrement !

The Yes Men, Faux exemplaire du journal The New York Times

The Yes Men, Faux exemplaire du journal The New York Times

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Ce projet fascinant est l’une des œuvres les plus significatives de l’exposition que l’espace Fondation EDF consacre aux fake news. Présentée dans le premier chapitre du parcours – consacré à la diffusion des fausses informations –, cette Special Edition révèle le pouvoir politique du canular. Dans sa forme, ce journal inventé reprend tous les codes de l’information classique et usurpe avec finesse l’identité du New York Times pour garantir la médiatisation de son action. Profondément subversif, son contenu imposteur veut mettre en lumière les dysfonctionnements d’un monde en crise. Le journal se fait ainsi le miroir déformant d’une actualité terrifiante – guerres, bouleversement climatique – et formule un espoir qui, parce qu’il apparaît impossible, fait froid dans le dos.

Formés d’Andy Bichlbaum et Mike Bonanno (pseudonymes de Jacques Servin et Igor Vamos), les Yes Men ont multiplié les coups d’éclat tout au long de leur histoire. En 2004, en réponse à la catastrophe de Bhopal qui fit 25 000 morts dans un accident chimique, Andy Bichlbaum se fait passer pour un représentant de la multinationale Dow Chemicals et annonce l’indemnisation des victimes à hauteur de 12 milliards de dollars. Un an plus tard, après le passage de l’ouragan Katrina, le même Andy s’improvise membre du gouvernement et promet la réouverture de tous les logements sociaux. En 2009, les Yes Men se griment en représentants de la Chambre de commerce des États-Unis et communiquent sur un revirement de l’organisation en faveur de la lutte contre le changement climatique. Et tout est faux.

Leurs performances provoquent des démentis embarrassés, des joies suivies de désillusions, de la confusion. Parfois, a contrario de ces actions qui donnent à imaginer des solutions positives, ils poussent le bouchon très loin et vantent les mérites de la délocalisation, plus économique que l’esclavage, ou du pétrole fabriqué à partir de cadavres, devant des publics silencieux voire convaincus. On ne sait trop si l’on doit rire ou pleurer – mais quelle efficacité ! Les idées des Yes Men relèvent du principe de la « rectification d’identité » et distillent leur férocité dans le but très simple de retourner aux industries et aux dirigeants leur reflet à peine exagéré. Ils nous rappellent ainsi la puissance de l’humour et de la dérision, face à une société dont le sérieux n’aboutit qu’au pire.

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Fake news, art, fiction, mensonge

Du 27 mai 2021 au 30 janvier 2022

fondation.edf.com



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