Les tables gigognes de Josef Albers ou la magie des couleurs


Elles vivent les unes sous les autres, les unes à côté des autres, se déplacent à l’autre bout de la pièce, puis s’imbriquent en un coup de main… Les tables gigognes de Josef Albers (1888–1976) sont idéales pour les petits appartements ! Véritable gain de place, elles dynamisent l’espace grâce à leurs coloris qui s’assemblent et se séparent à merveille. « J’adore les tables gigognes. Je m’arrange souvent pour admirer les quatre couleurs en escalier et parfois, j’en prends une seule pour y poser des livres. L’idée est brillante de fonctionnalité », nous confie Nicholas Fox Weber, directeur de la Fondation Josef et Anni Albers située à Bethany, aux États-Unis. Dans son salon trône fièrement cette série de tables iconiques.

Josef Albers dans un fauteuil de Marcel Breuer

Josef Albers dans un fauteuil de Marcel Breuer, 1928

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Leur créateur ? Josef Albers, né en 1888 à Bottrop, en Allemagne. Considéré comme l’un des initiateurs de l’art optique, il a commencé sa carrière en tant qu’instituteur avant d’obtenir son diplôme d’éducateur artistique. En 1920, il étudie à l’école du Bauhaus à Weimar, ce foyer artistique qui voit naître d’incroyables talents, suivant les cours du peintre suisse Johannes Itten (1888–1967), théoricien de la couleur dont il rejettera l’enseignement jugé sectaire. À partir de 1922, année durant laquelle il est nommé Compagnon, les événements s’accélèrent : Josef monte son atelier de peinture sur verre, enseigne à son tour au Bauhaus à Dessau, dirige ensuite l’atelier de menuiserie, puis en 1929, il se charge du cours de dessin figuratif. Typographe, designer, artiste, peintre sur verre… Albers jongle entre les disciplines avec une obsession en tête : la couleur. Percer son secret, révéler sa capacité d’envoûtement…

C’est à cette même période que sa femme Anni Albers (1899–1994), artiste textile rencontrée sur les bancs du Bauhaus, l’introduit à Fritz et Anna Moellenhof, un couple qui vient tout juste d’emménager dans un appartement de Berlin. Pour leur nouveau nid d’amour, ces derniers ont besoin de mobilier pratique et esthétique. Et quoi de plus fonctionnel que des tables gigognes ? Au Bauhaus, c’est un type de mobilier en vogue, emblème d’un design mobile et utile, que le créateur Marcel Breuer (1902–1981) s’est déjà amusé à revisiter en les structurant de tubes d’acier. Mais Josef Albers préfère dessiner des tables en chêne massif dotées de plateaux en verre coloré avec un soubassement en bois laqué – parfaitement logique, pour ce peintre sur verre, directeur de l’atelier de menuiserie. Son mantra : un minimum de moyens pour un maximum d’effet. Ses petites tables sont d’une extrême simplicité formelle, aux dimensions parfaitement calculées.

Le Bauhaus (Staatliches Bauhaus) à Dessau

Le Bauhaus (Staatliches Bauhaus) à Dessau, 1927

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© BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

Vert menthe, jaune mordoré, rouge brique et bleu céleste, tels sont les coloris des plateaux, de la plus grande à la plus petite table. Des teintes qui s’accordent à la perfection tout en défiant les effets de mode… « J’examine, j’examine, puis je prie le bon Dieu », telle est la méthode d’Albers lors de ces choix chromatiques cornéliens. Une approche peu commune, qui révèle à quel point la science de la couleur est à la fois complexe et instinctive ! En 1963, dans son ouvrage L’interaction des couleurs, l’artiste écrit qu’« un ensemble de quatre couleurs doit être considéré individuellement comme des acteurs, ensemble comme une équipe ». Une ligne de conduite qu’il suit toute sa vie : dans les années 50, résidant aux États-Unis après avoir fui le régime nazi, il réalise une série de peintures emblématique nommée Hommage au carré, où s’imbriquent des aplats de couleurs. Que l’œil les admire ensemble ou séparément, ses formes géométriques procurent le même effet que les verres colorés de ses tables gigognes réalisées vingt ans plus tôt !

« J’ai le sentiment que Josef Albers tentait d’insuffler à ses créations une sensation de bonne humeur, une joie de vivre capable de nous remonter le moral en tout temps », considère Nicholas Fox Weber. Aujourd’hui, c’est grâce à la fille de ce passionné, Lucy Swift Weber, que les tables peuvent raviver nos salons, fruit d’un partenariat entre la Fondation Josef et Anni Albers et la boutique design du Museum of Modern Art, à New York. Vendues autour de 1800 euros, elles sont exceptionnellement en vente à la boutique du musée d’Art moderne de Paris, le temps de l’exposition temporaire relatant l’éblouissant travail de ce couple pionnier. « Apprenez à voir et à ressentir la vie, cultivez votre imagination, parce qu’il y a encore des merveilles dans le monde, parce que la vie est un mystère et qu’elle le restera », disait Josef Albers. On en ressort inspiré, surpris par leur fabuleuse capacité d’émerveillement.

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Anni et Josef Albers – L’art et la vie

Du 10 septembre 2021 au 9 janvier 2022

www.mam.paris.fr



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