Les militants écologistes passent à l’étape supérieure à Paris, Milan et Oslo en s’attaquant à des sculptures sans vitres protectrices



Les activistes sont passés au niveau supérieur. Menées dans les musées à un rythme soutenu depuis plusieurs semaines, leurs actions consistant à jeter des substances liquides sur des tableaux célèbres, ou à se coller la tête ou les mains aux œuvres avec de la glu pour protester contre la passivité des gouvernements face à l’urgence climatique, commençaient à lasser les médias et le public par leur caractère répétitif, celles-ci étant toujours dirigées vers des peintures protégées par des vitres. Beaucoup redoutaient donc un renouvellement sous forme d’escalade. C’est désormais chose faite :  vendredi, les militants ont franchi un nouveau cap en s’attaquant à des œuvres sans protection.

Ce sont cette fois des sculptures qui ont été ciblées le même jour dans trois villes européennes par des activistes d’organisations locales, regroupées sous la bannière du groupe A22 Network. À Milan, le groupe Ultima Generazione (« Dernière génération ») a versé le contenu de plusieurs sacs de farine sur la BMW peinte par Andy Warhol en 1979, exposée au centre d’art Fabbrica Del Vapore. Tandis qu’à Paris, devant l’entrée de la Bourse de Commerce – Pinault Collection, deux membres du groupe français Dernière Rénovation ont aspergé de peinture orange une sculpture en acier inoxydable de Charles Ray, Horse and Rider, tout en habillant le cavalier d’un t-shirt portant le message « Il reste 358 jours », en référence à la course contre la montre pour la réduction des émissions de CO2.

La ministre de la culture française Rima Abdul-Malak, qui avait incité les musées à rester vigilants, s’est rapidement rendue sur place et a posté sur son compte Twitter une photo d’elle en compagnie de la directrice du lieu, Emma Lavigne, échangeant avec les restauratrices au pied de l’œuvre. « Art et écologie ne sont pas antinomiques. Ce sont au contraire des causes communes ! » a-t-elle protesté dans son tweet, fustigeant ce qu’elle nomme de « l’éco-vandalisme ». Emma Lavigne, en revanche, a refusé de commenter l’événement, de même que l’atelier de l’artiste concerné.

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Si la statue parisienne et la voiture milanaise sont ressorties intactes de cette vague d’incidents, ce n’est peut-être pas le cas des autres sculptures visées à Oslo le même jour. L’immense et très populaire Monolithe (1944) de Gustav Vigeland, qui comprend 121 personnages entrelacés dans un seul morceau de granite de 14 mètres de haut, ainsi que d’autres figures attenantes du même artiste, érigées dans le parc de sculptures Vigeland, ont également été arrosées de peinture orange par le groupe local Stopp oljeletinga (« Arrêtez la course au pétrole »). Mais cette fois, les restaurateurs et le directeur du Vigeland Museum, Jarle Stømodden, craignent qu’une partie de la peinture ait été absorbée par la pierre poreuse des sculptures.

Si ces actions continuent d’être soutenues par une partie de l’opinion publique, les musées expriment de plus en plus clairement leur désapprobation. Dans une lettre ouverte datant du 9 novembre, 92 responsables d’institutions du monde entier (de Laurence des Cars, présidente du Louvre, à Glenn Lowry, son homologue du MoMA de New York, en passant par Miguel Falomir, directeur du Prado à Madrid, et Hartwig Fischer, du British Museum de Londres) signaient une déclaration commune – rédigée par le comité national allemand du Conseil international des musées (Icom) – mettant en garde contre ces attaques. « Les activistes […] sous-estiment gravement la fragilité de ces pièces irremplaçables, qui doivent être préservées car faisant partie de notre patrimoine mondial. En tant que directeurs de musées chargés de la conservation de ces œuvres, nous avons été profondément bouleversés par leur mise en danger ». Tous s’inquiètent d’un éventuel passage à l’étape suivante : la destruction réelle et irréversible d’un chef-d’œuvre…

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