Les Enfants du temps : après Your Name, Makoto Shinkai nous parle de sa nouvelle pépite – Actus Ciné


À l’occasion de la sortie en Blu-ray DVD des “Enfants du temps”, rencontre avec le réalisateur Makoto Shinkai. Un cinéaste que l’on compare déjà à Miyazaki et qui, malgré le triomphe de “Your Name”, fait preuve d’une grande humilité.

AlloCiné : Les Enfants du temps évoque la rencontre de deux adolescents sur fond de phénomène météorologique. D’où est venue cette idée ?

Makoto Shinkai : Il y a plusieurs raisons qui m’ont poussé à faire ce film. La plus importante était mon envie de parler de changement climatique, non seulement au Japon mais dans le monde. Chaque année, il y a de plus en plus de catastrophes climatiques. Je me suis dit que c’était un sujet qui intéresserait tout le monde.

Votre précédent film, Your Name, a remporté un succès phénoménal. Comment celui-ci influe-t-il à présent sur votre carrière ? J’imagine que vous avez plus de moyens pour vos films et qu’on vous sollicite beaucoup.

Le succès a en effet changé beaucoup de choses. Commençons par le négatif : j’ai moins de liberté car j’ai l’impression d’être sans cesse surveillé. Mon visage est désormais connu au Japon et la presse raconte parfois n’importe quoi sur moi. Évidemment, il y a aussi beaucoup de positif dans cette nouvelle situation. C’est moi qui suis à l’origine des Enfants du temps et qui ai présenté le film à une société de production. Le succès de Your Name m’a permis en effet d’avoir plus de budget. Le distributeur japonais a choisi une date de sortie favorable, c’est-à-dire les grandes vacances, avec beaucoup de copies et d’écrans alors que cette histoire n’est pas forcément joyeuse, encore moins pour les habitants de Tokyo. J’ai aussi eu plus de liberté créative.

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Le personnage de Hina est une “fille-soleil”, une sorte de prêtresse capable de modifier la météo. Trouve-t-elle son origine dans une quelconque légende ?

La “fille-soleil”, ou “fille de la pluie”, ou encore “garçon-soleil”, c’est quelque chose que l’on dit beaucoup au Japon. Ça n’a pas beaucoup de sens, simplement s’il fait beau et que vous êtes là, on dira de vous que vous êtes une fille-soleil. Si je suis là et qu’il pleut souvent, on dira de moi que je suis un homme de la pluie. Ce n’est évidemment pas fondé mais c’est ce qu’on dit souvent. C’est comme l’horoscope. J’ai pensé : “et si une fille apportait constamment le soleil, qu’est-ce qu’il se passerait ?”. C’est comme ça que l’histoire est née.

Vous mettez très souvent en scène la rencontre entre un jeune garçon et une jeune fille.

C’est vrai que mes films parlent d’adolescents qui se rencontrent, sans forcément qu’il y ait une histoire d’amour entre eux. Pour moi, il s’agit d’une rencontre entre deux personnes où chacune devient primordiale aux yeux de l’autre. Cette expérience est importante dans la construction d’une personne parce qu’elle détermine souvent le reste de la vie. C’est pour cela que j’ai cette approche dans mes histoires.

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Autre constante de votre cinéma : la figure d’un héros solitaire et marginal.

Moi-même je n’ai pas beaucoup d’amis, je ne passe pas beaucoup de temps entouré de gens. Je fais des films d’animation qui, à vrai dire, ne sont pas indispensables dans la vie. La famille, l’amour, le sport… sont souvent plus importants pour bon nombre de gens. Mais il y a des personnes comme moi qui ont besoin de ce type de films. J’ai envie de les accompagner avec mon travail. Quand j’étais adolescent, je me dis que j’ai été sauvé par certains films d’animation que j’ai vus.

Quel regard portez-vous sur le cinéma d’animation japonais actuel ? Quels sont les réalisateurs dont vous vous sentez proches ?

Le réalisateur d’animation que j’admire le plus est Hayao Miyazaki. Quant au cinéma d’animation japonais, je n’en ai aucune idée (rires). Je ne me sens pas appartenir à ce monde de l’animation japonaise. J’ai commencé à faire des films auto-produits, tout seul, des courts-métrages. Je n’ai jamais travaillé dans un studio d’animation classique et je n’ai pas eu de réalisateur qui ait fait office de maître et qui m’ait appris le métier. Je sens une grande distance entre l’industrie de l’animation japonaise et moi. J’admire certains films d’animation japonaise mais seulement en tant que spectateur. Je connais certains réalisateurs mais ce ne sont pas mes amis. En tout cas aucun d’eux n’est très proche de moi. Je me sens loin de ce monde.

Je ne me sens pas appartenir à ce monde de l’animation japonaise.

Et ce malgré le succès de Your Name ?

Evidemment, je travaille dans ce milieu mais je n’ai pas le sentiment de pouvoir le représenter. Mon parcours est très atypique, je n’ai pas suivi le parcours habituel des réalisateurs d’animation. C’est pour cela que je me sens en marge de cette industrie, ma manière de faire des films est très différente de la voie classique. C’est un hasard si mes films ont répondu aux attentes du public. Je trouve d’ailleurs cela incroyable. Mon plus grand plaisir dans ce métier est de rencontrer le public et communiquer à travers mes films. Depuis le succès de Your Name, on me sollicite de plus en plus, je reçois des prix, je vais dans des festivals, mais je me sens toujours très mal à l’aise car je dois faire semblant d’appartenir à cette industrie. 

Propos recueillis à Paris le 11 décembre 2019. Merci à Aurélie Lebrun et Emmanuelle Verniquet. Merci à Shoko Takahashi pour la traduction.

 

 



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