Les 4 Fantastiques sur W9 : un fiasco et pas de Star Wars pour le réalisateur – Actus Ciné


Les 4 Fantastiques, sorti en salles en 2015, a été un échec retentissant, autant critique que commercial. On décrypte les coulisses d’un fiasco qui a coûté cher à son réalisateur, le prometteur Josh Trank.

Twentieth Century Fox France

Qui se souvient de Josh Trank ? Il y a encore 5 ans, ce jeune cinéaste devait casser la baraque avec le film de super-héros Les 4 Fantastiques. Auréolé du succès de son premier long-métrage, Chronicle, l’artiste a le vent en poupe. Après le tournage du film Marvel, Trank doit enchaîner avec celui d’un spin-off de Star Wars. Mais les problèmes rencontrés lors de la production des 4 Fantastiques aura raison des ambitions du metteur en scène.

C’est en 2011 que Trank dirige son premier long-métrage, Chronicle. Le film met en scène trois adolescents qui se retrouvent dotés de super-pouvoirs après avoir été en contact avec une substance extra-terrestre. Le cinéaste y révèle de jeunes talents comme Dane DeHaan ou Michael B. Jordan. Josh Trank devient à l’âge de 27 ans un des plus jeunes réalisateurs à porter un film au sommet du box-office aux côtés de prestigieux artistes tels que James Cameron ou Steven Spielberg. Son film, d’un budget de 12 millions de dollars, rapporte la coquette somme de 126 millions de billets verts dans le monde.

Forcément, ce triomphe attire les producteurs hollywoodiens et notamment Simon Kinberg pour la Fox. Ce dernier, en charge de la saga X-Men depuis Le Commencement veut lancer un nouveau film Les 4 Fantastiques pour faire oublier le médiocre diptyque mis en scène par Tim Story quelques années auparavant. Séduit par la vision sombre et pessimiste de Trank, il lui propose de prendre en charge cette nouvelle adaptation des 4 Fantastiques. Au départ, tout se passe bien et le casting annonce du lourd avec un quatuor de jeunes acteurs talentueux : Jamie Bell, Kate Mara, Michael B. Jordan et Miles Teller.

Très vite, des divergences commencent à naître entre le metteur en scène et la production. Simon Kinberg se mêle un peu trop du travail de Josh Trank et le torchon ne tarde pas à brûler entre les deux hommes. Le producteur, un peu trop omniprésent, aurait reproché au jeune cinéaste son manque de vision et de fermeté, notamment avec ses comédiens et son équipe technique. De plus, le comportement de Trank pendant le tournage aurait été chaotique, ce dernier manquant d’expérience pour tenir la distance sur un film à gros budget. La tension se faisant de plus en plus grandissante, Kinberg reprend la main sur le projet, organise des reshoots et s’octroie le final cut. Isolé, malmené, Trank n’aurait pas eu son mot à dire sur les reshoots imposés par Kinberg. Au final, Les 4 Fantastiques récoltera 167 millions de recettes mondiales pour un budget pharaonique de 120 millions. Un fiasco intersidéral.

“Il y avait pas mal de choses sur le film dans lequel je n’étais pas impliqué, qui restaient secrète, car je ne suis qu’un acteur et je faisais juste mon job sur le plateau. Au départ, tout le monde était emballé, partait avec les meilleures intentions du monde. On voulait faire quelque chose d’unique, d’original. Le film allait clairement dans cette direction. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre le décollage et l’atterrissage mais on a tous été déçus du résultat. Ça arrive parfois”, déplorera Jamie Bell deux ans après la sortie du film.

Cette relation toxique entre Josh Trank et Simon Kinberg aurait poussé ce dernier à influencer Kathleen Kennedy sur le choix du réalisateur pour le spin-off de Star Wars. Le metteur en scène de Chronicle aurait été remercié à cause de l’échec cuisant des 4 Fantastiques et de son comportement durant le tournage ; s’étant mis à dos Kinberg en n’ayant pas l’intention de se plier aux injonctions du studio. Kennedy aurait donc préféré écouter le producteur en ne prenant pas le risque d’engager un cinéaste “incontrôlable” et imprévisible. Josh Trank n’étant pas le premier Yes Man venu, il était sans doute préférable de prendre cette décision. Cette version est corroborée par les déboires entourant le spin-off sur Solo et l’éviction de Phil Lord et Chris Miller au profit de Ron Howard, un réalisateur plus expérimenté et moins revendicateur sur le plan artistique.

Twentieth Century Fox
Miles Teller et Kate Mara

Toutefois, Josh Trank assure avoir pris lui-même la décision de quitter le vaisseau Star Wars, dégoûté par la manière dont fonctionne l’industrie du blockbuster hollywoodien : “Je savais que mon départ allait soulever beaucoup de questions et de scepticisme. Quitter Star Wars a été très dur, probablement le choix le plus difficile de ma vie. Je veux à présent faire quelque chose d’original, parce que j’ai vécu sous l’oeil constant du public ces quatre dernières années et ce n’est pas très sain pour moi à ce moment de ma vie. Je veux faire quelque chose qui passe sous le radar.

Les producteurs de Lucasfilm ont parfaitement compris ma décision parce qu’ils ont bien vu que cette expérience avait été pour moi très dure psychologiquement. Tout ce qui a été dit de faux sur mon départ a pris des proportions délirantes. Et la plupart du temps, cela venait de personnes que je n’avais même jamais rencontré. S’ils me connaissaient, ils verraient que je suis un gars inoffensif”, confiait le réalisateur au Los Angeles Times en juin 2015.

Jamie Bell alias La Chose

Depuis, Josh Trank a pris du recul avec l’aventure des 4 Fantastiques et du monde d’Hollywood. Dans une interview pour le site Letterboxd en novembre dernier, le réalisateur est revenu sur cette douloureuse expérience. Il qualifie le film de “correct”, bien ce que dernier ait été charcuté à la truelle sur la table de montage : “Je m’attendais à ce qu’il soit pire que ce qu’il est en réalité. Je ne l’avais plus revu depuis deux semaines avant sa sortie, et j’avais été sacrément traumatisé. Pourquoi ? Euh, gardons ça pour un autre moment. Super casting. Chaque acteur du film est très bon et il y a bien un film là-dedans, quelque part. Et le cast mérite d’être dans CE film. Quiconque a travaillé sur ce projet voulait faire CE film… Mais, au final, ça n’a pas été le cas. Est-ce que j’ai fait le film qu’ils méritaient ?

Honnêtement, je ne peux pas le dire. Ce que je peux dire c’est qu’il y a dans ce film deux films différents qui se battent pour exister. Y a-t-il un #releasethetrankcut ? Ce n’est pas important, je ne suis pas Zack Snyder. Zack est un réalisateur iconique et légendaire qui assurait déjà alors que j’étais toujours au lycée. Moi ? J’avais 29 ans, je faisais mon deuxième film, dans une situation beaucoup plus compliquée que ce qu’un réalisateur de mon niveau aurait dû connaitre.  Cela dit, je n’en regrette rien. Cela fait partie de moi. Et j’espère que Peyton Reed fera le prochain 4 Fantastiques et qu’il va casser la baraque. Et qu’il m’offrira un caméo aussi”, plaisante le cinéaste.

Jeremy Slater, qui a travaillé sur le scénario, estime avoir écrit 10 à 15 versions du script dans un laps de temps de six mois, avant d’être gentiment remercié. Bien qu’il soit crédité avec Josh Trank et le producteur Simon Kinberg comme scénariste, et sans pour autant s’en offusquer, il explique que n’a été conservée de son script qu’une seule ligne de dialogue. 

Les indications de Slater tendent à laisser penser que son scénario contenait plus d’éléments proches du comics, avec « beaucoup d’humour, beaucoup de cœur et du grand spectacle », en opposition avec l’univers cynique et aussi réaliste que possible de Josh Trank. Le script commençait, comme le film, avec Reed et Ben enfants et le recrutement de Reed par la Baxter Foundation, mais sa version de la Baxter Foundation était bien moins froide que celle du film, évoquant davantage une sorte de « Poudlard pour les geeks : une école pleine de petits génies déambulant sur des prototypes d’hoverboards, faisant des expériences sur l’anti-gravité, la téléportation ou des formes de vie artificielles. » Reed devait s’y lier d’amitié avec Victor, un scientifique latvérien qui le détournait progressivement du droit chemin et l’éloignait de Ben.

Twentieth Century Fox
Michael B. Jordan alias Johnny Storm

Les enfants étaient envoyés par le portail dans la Negative Zone et non sur la Planet Zero. Il leur aurait fallu y combattre un T-Rex cybernétique peu sympathique du nom d’Annihilus, qui aurait tué Victor avant que les autres ne soient radiés lors de leur retour, obtenant ainsi leurs pouvoirs. Plus tard, Victor serait revenu à son tour, « après avoir tué Annihilus et transformé sa commande de contrôle en armure indestructible. »

Pour Slater, la différence entre le scenario et le film relève essentiellement du ton et de la structure, et selon lui, de nombreux éléments des différentes versions du scenario ont probablement été oubliés car cela aurait coûté bien trop cher de les inclure dans le film : « Le Docteur Doom déclarant la guerre au monde civilisé, l’homme-taupe lâchant un monstre génétiquement modifié de 20 mètres de haut dans Manhattan, un raid sur la Baxter Foundation, une fin dans l’esprit d’Il faut sauver le Soldat Ryan où les héros s’opposaient à une armée de Doombots dans une guerre contre la Lavtérie, et un teaser post-crédits avec Galactus et le Surfeur d’argent détruisant une planète entière. Il y a eu des monstres, des aliens, des Fantasticars et meme un robot mignon, H.E.R.B.I.E., qui était vraiment l’équivalent d’un BB-8 avant l’heure. » Difficile de savoir si tout cela aurait pu rendre le film plus attractif, mais voilà des idées qui ne manquaient certainement pas de panache.

Josh Trank a-t-il payé la vision trop pessimiste qu’il voulait injecter dans son adaptation ? Le cinéaste souhaitait une approche façon David Cronenberg, dans laquelle les pouvoirs de nos héros font souffrir les corps. Une vision qui n’aurait pas été du tout du goût du studio, qui ne voulait pas aller aussi loin dans le dépoussiérage de la franchise. Il pensait sûrement que cette trahison du matériau d’origine aurait été néfaste et que les fans auraient été mécontents. De plus, Trank aurait aussi payé sa direction d’acteurs catastrophique dont le résultat à l’écran saute parfois aux yeux, s’isolant sur son moniteur et laissant parfois ses comédiens dans le flou le plus total. Cela aurait suscité de vives tensions et une ambiance délétère sur le plateau.

Quoi qu’il en soit, cette expérience a profondément marqué le cinéaste, qui partage sans doute cet échec avec la Fox. Ce dernier promet à de fougeux jeunes réalisateurs qu’ils vont pouvoir offrir leur vision sans obstacles avant de se rétracter et de s’immiscer dans tous les domaines de la mise en scène pendant le tournage. Fatigué de ce milieu, Trank ne tournera plus pendant plusieurs années avant de reprendre le chemin des plateaux pour Fonzo en 2018. Dans ce biopic sur Al Capone, nous suivons le criminel, emprisonné depuis dix ans, se souvenant de ses premiers pas dans le milieu de la pègre. Tom Hardy joue le rôle principal de ce film qui n’a toujours pas de date de sortie. Verra-t-il enfin le jour en salles afin de relancer la carrière de Josh Trank ? Wait & see.

 



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