le rôle trouble de Priscilla M., alias «Cicatrice sucrée»


Décortiquant le funeste engrenage qui a mené à la décapitation du professeur, les juges ont mis en examen quinze personnes. Parmi elle, se trouve une jeune mère de famille qui a aiguillonné le tueur.

Derrière la tragédie de la décapitation de Samuel Paty, le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine, se tisse un entrelacs de complicités que les juges antiterroristes s’emploient encore à démêler. Au total, pas moins d’une quinzaine de protagonistes sont déjà impliqués dans ce dossier touffu. En filigrane, Abdoullakh Anzorov y apparaît comme un «terroriste isolé» plus que jamais entouré.

Parmi les personnes soupçonnées d’avoir guidé le réfugié tchétchène sur le professeur d’histoire-géographie figure Priscilla M., 33 ans interpellée en juin dernier à Nîmes par les policiers de la Sous-direction anti-terroriste, en charge des investigations aux côtés de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Connue sous le pseudo de «Cicatrice sucrée» qu’elle aurait emprunté sur Twitter, cette convertie à l’islam pourrait avoir joué un rôle important en guidant le tueur vers sa cible, scellant ainsi le sort de Samuel Paty.

Dans les jours précédant l’attaque, elle est en particulier soupçonnée d’avoir relayé à Anzorov, alias «Al Ansar tchétchène 270» sur les réseaux, la vidéo de haine que venait poster Brahim Chnina, le père de la collégienne qui soutenait que l’enseignant de 47 ans avait montré en classe des caricatures du prophète. Les soupçons sont d’autant plus forts que «Cicatrice sucrée», maman de jumeaux, s’est mariée religieusement, comme le révèle Le Parisien, à un détenu condamné à quatorze ans de prison pour un projet d’attentat à Marseille. Devant les enquêteurs, elle soutient qu’Anzorov était un «parfait inconnu» et soutient qu’elle ne savait bien sûr rien de ses projets mortifères. Se disant «horrifiée» en voyant la photo du professeur décapité, elle a supprimé son compte Twitter.

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Le cercle des «influenceurs»

Au dernier stade de l’enquête , il se confirme que le funeste engrenage commence par le mensonge de la collégienne de Conflans-Sainte-Honorine, mise en examen pour «dénonciation calomnieuse». Auprès de ses parents, elle a soutenu que le professeur d’histoire géographie a montré début octobre 2020 des caricatures du prophète Mahomet alors qu’elle s’était fait renvoyer deux jours de l’établissement au moment faits. Sous contrôle judiciaire, elle est interdite de séjour dans les Yvelines. Au cœur du cercle des «influenceurs», son père Brahim Chnina a été mis en examen pour «complicité d’assassinat terroriste» et se trouve toujours sous détention provisoire. Bien qu’il clame désormais avoir été «induit en erreur» par sa fille, l’enquête retient la virulente campagne menée sur les réseaux sociaux dans lequel il dénonce Samuel Paty et le fait qu’il a des contacts avec Anzorov.

Le militant radical Abdelhakim Sefrioui est aussi poursuivi pour complicité d’assassinat terroriste, même si son implication fait débat. Fiché «S», de fondamentaliste a soutenu le père de la collégienne à porter plainte contre l’enseignant pour diffusion d’images pornographiques. Il a aussi diffusé une vidéo le 11 octobre, soit cinq jours avant le drame, appelant à la mobilisation pour exclure le professeur qu’il traite, sans le nommer, de «voyou». Mais rien ne prouve que le tueur ait regardé cette séquence. Une chose est désormais acquise : le geste d’Anzorov a été aiguillonné par une nébuleuse dans laquelle figure, outre «cicatrice dorée», un Russe d’origine Tchétchène de 18 ans.

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Le terroriste aurait aussi été en lien avec deux djihadistes russophones installés dans la région d’Idlib en Irak. Manquaient les «petites mains» du soutien logistique pour parachever le tableau : Naïm B. et Azim E. deux «connaissances» de sa ville d’Évreux ont été mises en examen pour avoir accompagné le tueur acheter un couteau et des pistolets à plombs. Devant le collège, le tueur a aussi fait miroiter 300 euros à des collégiens pour qu’ils lui désignent la cible à abattre. Cinq adolescents de 13 à 15 ans sont sous contrôles judiciaires dans ce dossier qui ne sera pas bouclé avant plusieurs mois. Les messages saisis n’ont pas tous encore été décryptés et des confrontations sont attendues. Le procès, quant à lui, ne devrait pas avoir être tenu avant 2023.



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