Le Lac aux oies sauvages sur CANAL+ Cinéma : un polar chinois à la mise en scène virtuose – Actus Ciné


Sélectionné au Festival de Cannes 2019 où il a notamment impressionné Quentin Tarantino, “Le Lac aux oies sauvages” est diffusé ce soir sur CANAL+ Cinéma à 20h53. Rencontre avec le réalisateur Diao Yinan*.

AlloCiné : Vous aviez déjà réalisé un polar, Black Coal, en 2014. Pourquoi revenir à ce genre avec Le Lac aux oies sauvages ?

Diao Yinan : Ce n’était pas forcément voulu, je voulais surtout créer une histoire qui plaise à un plus grand public, avec une intrigue plus classique composée de bons et de méchants. Au-delà de ça, en faisant un film noir, en tant qu’artiste, je peux exprimer mon propre style. Et même si on est dans le registre du film noir et du thriller, Le Lac aux oies sauvages est aussi le reflet de la société chinoise puisqu’il est basé sur des faits avérés.

Quelle a été la première idée que vous ayez eu du film ? Étaient-ce justement de ces faits qu’a découlé l’histoire ou êtes-vous parti d’une idée fictionnelle autour de laquelle vous avez greffé ces événements ?

Au départ, cela venait totalement de mon imagination. Et étonnamment, ce que j’avais imaginé s’est produit dans la vie réelle. C’est assez incroyable que le rêve ait rejoint la réalité.

Pourquoi avoir choisi cette construction en flashbacks ?

Cela vient de l’intérêt que j’ai pour Les Mille et une nuits, où il y a cette femme, Shéhérazade, qui raconte des histoires sans jamais en dévoiler la fin afin de survivre. C’est un grand classique de la littérature où il y a constamment des flashbacks et des imbrications. Ici, ce n’est pas un roi et son épouse mais un criminel et une prostituée qui partagent des histoires. C’est intéressant car le danger qui les guette n’est pas seulement extérieur, ils sont un danger l’un pour l’autre comme ce roi pour cette femme.

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Quelles ont été vos références ? Le film s’inscrit dans le jianghu et on pense aussi bien au film noir américain (Orson Welles, Fritz Lang) qu’au cinéma hongkongais (Wong Kar-Wai).

Oui, il y a de tout cela. Le jianghu, c’est tout ce qui se passe dans les couches basses de la société. Ce sont des faits qui sont souvent rapportés dans la presse et qui parfois ont l’air surréaliste. Ce film est comme un recueil de toutes ces récits du jianghu avec cette histoire principale, entourée d’autres petites histoires de voyous. Quant aux autres références, c’est vrai qu’en voyant le film, je pense avoir été influencé par ces cinéastes mais je ne me dis pas que je vais faire comme untel et untel au cours du processus de création.

Le film est à mi-chemin entre un réalisme très ancré dans la Chine et des scènes oniriques, à la lisière du fantastique…

Oui, la scène du zoo a quelque chose d’onirique. La scène de la danse s’inspire de ce qu’il se passe réellement dans les rues chinoises, les gens dansent même mieux que dans le film. Dans ce genre de narration moderne, il y a des idées qui arrivent de manière inattendue. Et même si elles paraissent étonnantes, à partir du moment où elles surgissent spontanément, pour moi c’est normal. Elles s’intègrent dans le récit telles quelles. Quant à l’aspect réaliste, oui il y a beaucoup de criminalité et de pauvreté. J’ai simplement voulu refléter fidèlement et avec une grande honnêteté la réalité d’aujourd’hui en Chine. Sans arrondir les angles.

L’une des choses les plus frappantes du film est sa lumière et sa palette chromatique.

Ce sont des couleurs que l’on trouve souvent dans ces villages. Ce n’est pas une invention de notre part, nous sommes allés chercher ces couleurs là, notamment ces teintes de rose. Nous avons fait en sorte de les rendre du mieux que l’on pouvait à l’écran.

Il y a une mise à mort au début du film particulièrement marquante et surprenante. Comment avez-vous eu cette idée ? 

À l’origine, j’étais parti sur une idée précise mais quelqu’un m’a dit qu’il y avait déjà une scène similaire dans Cartel de Ridley Scott. Donc j’ai réfléchi à comment modifier la scène et je suis tombé sur une vidéo de caméra de surveillance où l’on voit un homme subir la même chose. Sa tête avait volé jusqu’au 2ème étage du bâtiment ! C’est un fait réel qui témoigne de l’aspect éphémère de la vie.

*Propos recueillis à Paris le 28 novembre 2019 et initialement publiés le 25 décembre 2019. Merci à Laurence Granec et Vanessa Fröchen. Merci à Tsao-yin TU pour la traduction.

 



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