Le grand soir du XV de France


Les Bleus ont livré un énorme match pour venir à bout des All Blacks 40 à 25 samedi soir au Stade de France. Mettant avec panache fin à une série noire de 14 défaites.

Au Stade de France

Il y avait un je ne sais quoi dans l’air qui précède les grands soirs. Un stade archi-comble pour la première fois depuis deux ans. Une envie de vibrer pour oublier la pandémie, les huis clos. Un désir de pousser derrière les Bleus, de chanter leurs exploits, de hurler sa fierté. Et les Bleus ont fait les choses bien. Deux minutes 30 après un haka sans conviction – un signe de plus… – Peato Muavaka s’extrayait d’un ballon porté pour inscrire son quatrième essai de la tournée. Idéal pour maintenir les supporters en fusion.

Deux pénalités de Jordie Barrett, le seul des trois frangins rescapé après plus de trois mois de match pour des All Blacks, il faut le reconnaître, un peu sur les rotules, avait laissé craindre une entame de feu aussitôt circonscrite. Mais non. Emmené par un Romain Ntamack désireux de prouver qu’il était le dépositaire du numéro 10, le XV de France continuait à appuyer sur le champignon A la 14e minute, les Bleus enclenchent un mouvement lointain. Les passes volent, les percées se multiplient, Damian Penaud sème le chaos dans la défense inhabituellement en blanc. Et Ntamack, d’une feinte de passe d’école, embarque les derniers vigiles pour planter le deuxième essai tricolore (14e, 14-6).

Melvyn Jaminet repousse les All Blacks avec son long jeu au pied, les avants étouffent tous les rucks dans une féroce bataille au sol, les trois-quarts défendent avec mordant, Jonathan Danty percute encore et encore le mur immaculé arrachant des waouh de contentement de l’arène. À force, ça finit par craquer. Touche dans les 22 mètres, le groupé-pénétrant s’enclenche et Peato Mauvaka s’en va aplatir. Son cinquième essai en trois matches, dont deux comme remplaçant, pour le boulimique talonneur toulousain (24-6, 32e).

Vexés, les Néo-Zélandais reviennent après la pause avec une autre détermination. Et ça produit aussitôt ses effets. Jordie Barrett sonne la révolte d’un essai à la conclusion d’une séquence furieuse (24-11, 47e). Puis Dupont, pressé, perd le ballon pour un contre fulgurant conclu par Ioane (51e, 24-18). Ça gîte sérieusement dans les rangs tricolores. Une pénalité de Jaminet, toujours aussi précis face aux perches, ne calme pas la furia néo-zélandaise. Pour une réplique des essais de Mauvaka. Touche, groupé-pénétrant et essai en force de Savea. Plus que deux petits points d’avance à l’heure de jeu, la peur a changé de camp (27-25).

Une action va retourner la situation. Dans son en-but, Ntamack récupère un ballon et, plutôt que de dégager avec prudence, il relance. Raffut, accélération, Jaminet et Dupont sont au relais. Malheureusement Woki gâche un imparable 3 contre 1 au bout de l’effort. Mais pénalité, Jaminet poursuit son sans-faute (21 points à 8/8) et l’air devient un peu plus respirable (30-25, 64e). Les Bleus ont repris du poil de la bête. Pressent de nouveau en défense. Damian Penaud surgit comme un diable de sa boîte pour intercepter un ballon et filer à l’essai. 37-25 à la 68e minute. La remontada des All Blacks sera pour une autre fois…

Les Bleus l’ont fait donc. Mis fin à 21 ans sans victoire sur les Néo-Zélandais sur le sol français (2000 à Marseille). À 12 ans de disette, depuis un exploit à Dunedin en 2009. La série noire de 14 défaites a pris fin. Et c’est revigorant, enchanteur et porteur de fols espoirs. Ce test, pile à mi-mandat de Fabien Galthié, était attendu pour savoir ce que ces Bleus avaient dans le ventre. Du caractère, de l’envie, du talent. De quoi continuer à avancer, à progresser, sereinement jusqu’aux retrouvailles avec les All Blacks. Le 8 septembre 2023, en match d’ouverture de la Coupe du monde. La démonstration de ce samedi soir va entretenir d’ici-là le rêve d’un premier sacre planétaire.


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