La Reine Margot sur France 5 : les coulisses complexes et éprouvantes de ce film d’époque avec Isabelle Adjani – Actus Ciné


En 1994, Patrice Chéreau signe “La Reine Margot”, une fresque historique baroque et sanglante diffusée à 20h50 sur France 5 et dont la gestation et le tournage furent épiques.

Des Trois Mousquetaires à La Reine Margot

C’est sous l’impulsion de Claude Berri, réalisateur et producteur prolifique à l’origine de certains des plus grands succès cinématographiques français, que naît La Reine Margot. Lui et Patrice Chéreau, homme de théâtre et cinéaste à l’univers intimiste, ont alors déjà collaboré sur L’Homme blessé et Hôtel de France. Enthousiasmé par ce dernier film réalisé avec des élèves du Théâtre des Amandiers de Nanterre et désireux de le voir s’atteler à un projet populaire, Berri propose à Chéreau d’adapter Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Mais c’est Jean Becker qui possède les droits du livre. La scénariste Danièle Thompson suggère alors de porter à l’écran une autre de ses œuvres : La Reine Margot.

Sur fond de guerre de religion qui déchire la France du XVIème siècle, La Reine Margot relate le mariage arrangé entre la catholique Marguerite de Valois, alias Margot (Isabelle Adjani), et le protestant Henri de Navarre, futur Henri IV (Daniel Auteuil). Six jours après leur union a lieu le massacre de la Saint-Barthélémy, durant lequel 4000 protestants sont tués. C’est lors de cette nuit d’horreur que Margot rencontre le comte de la Môle (Vincent Perez), un noble protestant, dont elle va tomber passionnément amoureuse.

Luc Roux – Collection Fondation Jérôme Saydoux-Pathé – Pathé Production – France 2 Cinéma – DA Films – RCS Produzione TV SPA – Nef Filmproduktion

Une gestation longue et compliquée

Le roman de Dumas est dense : il faut cinq ans de préparation et neuf versions successives du scénario (dont une dernière datée d’avril 1993, la veille du tournage) avant que le film ne voie le jour. Le duo Chéreau-Thompson pense à de nombreuses reprises que le projet est enterré. Cette dernière revient sur ces « quatre ans de tête-à-tête acharné, le monde entier contre nous, le monde entier avec nous… » durant lesquels son comparse est « épuisé par sa propre énergie, assommé par les devis trop élevés, les coupes trop radicales. […] Patrice enthousiaste, puis soudain brisé, mains nouées, regard traqué — un dessin d’Egon Schiele »*. Leur scénario se nourrit notamment de lectures de documents d’époque, comme la Correspondance de Catherine de Médicis et Les Mémoires de Marguerite de Valois, mais aussi du Roman de Henri IV d’Heinrich Mann. À partir de l’ouvrage de Dumas, ils décident de se concentrer sur la monstrueuse famille des Valois pour livrer un drame shakespearien épique.

Chéreau se lance à trois reprises dans la préparation du film. Adjani, pour laquelle le film est écrit, se fait désirer, décline le rôle avant de l’accepter enfin, convaincue par une note d’intention écrite par le réalisateur. Berri, lui, est accaparé par sa propre superproduction, Germinal. D’une durée initiale de 4h30, La Reine Margot passe à 2h39 et bénéficie, grâce à une coproduction européenne entre la France, l’Italie et l’Allemagne, d’un budget de 120 millions de francs (soit 18 millions d’euros), budget qui sera dépassé de 20 millions de francs.

Luc Roux – Collection Fondation Jérôme Saydoux-Pathé – Pathé Production – France 2 Cinéma – DA Films – RCS Produzione TV SPA – Nef Filmproduktion

Un tournage éprouvant et un montage inachevé

Le tournage se déroule entre la France et le Portugal sur plus de six mois. Les acteurs sont soumis à de rudes conditions. « Chaque jour de ce tournage sous tension permanente était comme une montagne à franchir » **, raconte Dominique Blanc. Vincent Perez, lui, passe plusieurs nuits de tournage à moitié nu, couvert de faux sang, et se blesse même avec son épée : « Nous, les acteurs, on savait qu’on allait se faire mal. Chéreau attendait de nous qu’on dépasse nos limites »**. Quant au réalisateur justement, il a le souci du détail : « À Bordeaux, nous avons refait des rues entières : on les montre à peine, comme on montrerait une rue aujourd’hui. Cela demandait quinze jours de travail à l’équipe de décoration, cela ennuyait les riverains, il fallait retirer les lampadaires, noircir les maisons, mettre de la terre […] ». ***

Une fois les prises de vues achevées, un montage provisoire est présenté au Festival de Cannes. Ce n’est que sous la pression de Miramax, qui refuse de sortir le film aux États-Unis en l’état car trop long, que Patrice Chéreau accepte de le raccourcir de 20 minutes. Fait rare, cette nouvelle version sort en France le 16 décembre 1994. Un nouveau montage, qu’on peut qualifier de director’s cut, est projeté dans le cadre de Cannes Classics en 2013.

La Reine Margot remporte cinq César, dont celui de la meilleure actrice pour Adjani, ainsi que le Prix du Jury et le Prix d’interprétation féminine pour Virna Lisi à Cannes. Il s’agit du plus grand succès de Chéreau avec plus de deux millions de spectateurs. Toutefois, Claude Berri ne manquera pas de souligner : « Le film est magnifique, il fera la réputation internationale de Patrice, mais à ce jour il reste au moins encore quarante millions à récupérer, qui ne le seront jamais »****.

*Patrice Chéreau, un musée imaginaire, éd. Actes Sud.
**Sur Arte, « La Reine Margot », de Patrice Chéreau, film monstre, Mathilde Blottière, sur telerama.fr
***Entretien avec Patrice Chéreau et Danièle Thompson réalisé par Serge Toubiana le 27 mars 1994.
****Auto-portrait, Claude Berri, Le Livre de Poche.



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