la Pologne prolonge l’interdiction d’accès à la frontière


La Pologne a prolongé mardi 30 novembre de trois mois l’interdiction d’accès à la région frontalière avec le Bélarus, imposée en septembre après le début de la crise migratoire causée par l’arrivée de milliers de migrants. Les nouvelles mesures annoncées tard dans la soirée par le ministre de l’Intérieur Mariusz Kaminski prolongent de facto à partir de mercredi l’état d’urgence introduit dans la zone frontalière, qui prend fin mardi à minuit. En vertu de la loi polonaise, l’état d’urgence ne peut être décrété que pour une période maximale de trois mois.

L’accès à la zone frontalière reste interdit à toute personne non résidente, y compris aux membres des ONG aidant les migrants, selon les nouvelles mesures. Les journalistes qui jusqu’à présent y étaient interdits pourront désormais demander une autorisation spéciale auprès des gardes-frontières. Ces nouvelles mesures ont été possibles après l’adoption par le Parlement, contrôlé par les conservateurs nationalistes au pouvoir, d’un amendement à la loi sur la protection de la frontière donnant au ministre de l’Intérieur les pouvoirs de bloquer l’accès à la zone en cas d’incidents à la frontière. Le Parlement a aussi rejeté les amendements du Sénat autorisant les journalistes à travailler librement dans la région frontalière.

Selon l’opposition et les organisations de droit de l’Homme, les mesures adoptées donnent trop de pouvoirs au ministre de l’Intérieur et sont contraires à la Constitution polonaise.

L’Occident accuse le régime Bélarus d’avoir orchestré la crise des migrants et d’ainsi faire peser sur l’Union européenne une menace dite hybride, ce que Minsk dément. En réponse aux tensions avec le Bélarus et à la présence de milliers de migrants massés à ses portes, principalement originaires du Moyen-Orient et désireux de gagner l’Union européenne, la Pologne a construit une clôture de barbelés et massés des milliers de soldats le long de ces 400 kilomètres de frontière.

Les médias polonais estiment qu’au moins une douzaine de personnes sont mortes des deux côtés de la frontière, en essayant de franchir cette zone boisée pour entrer dans l’UE. Human Rights Watch a estimé cette semaine que si «le Bélarus a monté cette situation sans se soucier des conséquences humaines, la Pologne partage la responsabilité de la souffrance aiguë dans la zone frontalière», les deux pays se rendant coupables selon l’ONG de «graves violations des droits de l’Homme» à l’égard des migrants.


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