la police tente de reprendre le contrôle de la prison de Guayaquil


Près d’un millier de policiers tentaient toujours jeudi 30 septembre de reprendre le contrôle de la prison de Guayaquil, dans le sud-ouest de l’Équateur, où au moins 118 détenus sont morts dans des affrontements depuis mardi, le pire massacre de l’histoire carcérale d’Amérique latine. «Plus de 900 policiers» et «membres d’unités tactiques participent à une opération d’enregistrement et de contrôle en cours à l’intérieur de la prison Guayas 1» du complexe pénitentiaire de Guayaquil, a indiqué dans l’après-midi la police sur twitter.

Auparavant, la police avait fait état de 400 policiers impliqués dans «une opération d’intervention et de recherche à l’intérieur du #CPLGuayas n°1», parlant également de deux policiers blessés. Des chars militaires et des soldats ont été stationnés autour de la prison, où des centaines de membres des familles de détenus attendent dans l’angoisse des nouvelles de leurs proches, ont constaté des journalistes de l’AFP. Six des victimes ont été décapitées. Environ 80 détenus ont également été blessés lors de fusillades et affrontements. Mercredi, un fusil, un pistolet, et 18 armes blanches ainsi que de la drogue ont été saisis.

Selon le site d’informations locales Primicias, les heurts ont débuté lorsque les prisonniers d’un gang ont célébré l’anniversaire d’un de leurs chefs et se sont vantés de contrôler la prison, suscitant la fureur d’organisations rivales dans les autres ailes du bâtiment. D’après le Parquet, «la lutte pour le pouvoir au sein de la prison et l’intention des autorités de transférer les chefs d’organisations criminelles vers d’autres prisons du pays ont été les éléments déclencheurs».

«C’est très difficile, il y a beaucoup de morts, beaucoup de blessés, je ne sais pas si mon fils est vivant ou pas», a déclaré à l’AFP Juana Pinto, qui attend impatiemment de connaître le sort de son fils emprisonné. «Pour nous, parents, c’est horrible (…) on ne sait pas quoi faire, on se sent impuissants», a déclaré Cecilia Quiroz, parente d’un autre détenu, qui en appelle à «l’aide du gouvernement». Le président Guillermo Lasso s’est rendu mercredi à Guayaquil après avoir «décrété l’état d’exception dans tout le système carcéral au niveau national».

«Le système pénitentiaire s’est effondré»

Les prisons équatoriennes surpeuplées sont depuis des mois le théâtre de violences récurrentes entre groupes criminels liés au trafic de drogue. Cet état d’exception, prévu pour 60 jours et incluant la participation de l’armée aux opérations, a pour objectif de «rétablir et maintenir l’ordre» dans toutes les prisons du pays et de garantir la sécurité «des prisonniers, des personnels pénitentiaires et des membres de la police nationale». Il ordonne la suspension provisoire de plusieurs droits des prisonniers, comme celui de réunion.

Ces violences entre gangs de narcotrafiquants rivaux liés aux redoutables cartels mexicains de Sinaloa et Jalisco Nueva Generacion portent à 236 le nombre de détenus tués depuis le début de l’année. En février, 79 prisonniers ont été tués lors d’émeutes simultanées dans quatre prisons de trois villes, dont Guayaquil. En 2020, le bilan a été de 103 morts. «En Amérique latine, nous sommes malheureusement devenus le pays qui a connu le plus grand massacre de prisonniers ces dernières années, plus que le Brésil et le Venezuela», a déclaré à l’AFP Freddy Rivera, expert équatorien en sécurité et en trafic de drogue.

Les groupes criminels «ont pris le contrôle des prisons du pays et tentent d’envoyer le message à l’État qu’ils sont plus forts que l’État de droit. Le système pénitentiaire s’est effondré», a commenté à l’AFP l’avocate Itania Villarreal, ancienne directrice de l’agence en charge des prisons. Pour le directeur du Centre d’intelligence stratégique du gouvernement, Fausto Cobo, ces massacres de prisonniers sont «une menace pour l’État», car leurs responsables ont «un pouvoir égal ou supérieur à celui de l’État lui-même».

Le système pénitentiaire équatorien compte près de 65 prisons et quelque 39.000 détenus, dont la moitié attendent leur condamnation, pour une capacité d’environ 30.000 places, et 1.500 gardiens (un pour 26 détenus), selon les chiffres officiels. Le nombre total de prisonniers a augmenté de 30% au cours des six dernières années, pour un budget réduit de 150 millions à 99 millions de dollars au cours de la même période. Les principaux établissements pénitentiaires sont situés dans les villes andines de Latacunga (centre) et de Cuenca (sud), ainsi que dans le port de Guayaquil.



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