La Fille de d’Artagnan sur Arte : quand Sophie Marceau exige le renvoi du réalisateur – Actus Ciné


Arte diffuse à 20h55 “La Fille de D’Artagnan” de Bertrand Tavernier, qui a remplacé au pied levé un autre réalisateur, dont on dit qu’il était trop âgé (84 ans) et en froid avec la star du film. Que s’est-il vraiment passé ?

Capture d’écran

Entre deux drames policiers, L.627 et L’AppâtBertrand Tavernier réalise en 1994 le film en costumes La Fille de D’Artagnan, très librement inspiré des Trois Mousquetaires et Vingt ans après d’Alexandre Dumas. Comme son titre l’indique, on y suit en 1654 la fille de l’illustre mousquetaire, Éloïse d’Artagnan, alors qu’elle assiste, impuissante, au meurtre de la mère supérieure du couvent où elle a été élevée. Convaincue que les coupables ourdissent un complot contre le jeune Louis XIV, elle gagne Paris pour alerter son père. Athos, Porthos et Aramis reprennent alors du service pour leur prêter main-forte.

Si le film est réalisé par Tavernier, il n’était pas à l’origine destiné à le mettre en scène. Il est toutefois très impliqué dans le projet et le connaît bien puisqu’il en est le scénariste et le producteur avec sa société Little Bear. Avec La Fille de D’Artagnan, il veut rendre hommage aux films de cape et d’épée d’antan et place le projet entre les mains de l’Italien Riccardo Freda, un vétéran du genre dans les années 50 et 60. Pour Tavernier, c’est l’occasion de relancer la carrière de Freda qui n’a plus tourné depuis plus de 20 ans et qui vit dans un grand dénuement dans une chambre de bonne à Paris. D’autant plus que ce dernier n’est pas étranger à l’univers de Dumas puisqu’il a signé en 1949 Le Fils de D’Artagnan, même s’il plaisante en déclarant : « Dumas n’aurait pas été fier d’une telle progéniture »*.

Capture d’écran

Freda a à sa disposition tous les moyens possibles pour réussir : un budget de 15 millions de francs, le soutien immodéré de Tavernier, des scénaristes chevronnés et une distribution solide. Malgré ces conditions de tournage confortables, il a l’intention de filmer La Fille de D’Artagnan comme un de ses péplums. Il déplace l’action au Portugal pour des raisons économiques et annonce une durée de tournage de seulement trois semaines, quand huit sont nécessaires. Sous la pression des producteurs, il rétorque: « Je ferai le film en quatre semaines ! Les quatre autres j’irai me promener… »

Cette attitude ne plaît pas à Sophie Marceau, interprète du rôle-titre. Ni ça, ni ses déclarations provocatrices sur son mépris des acteurs qu’il juge « médiocres » et qu’il affirme avoir toujours négligés. Lors d’un essai costumes et maquillage, il refuse de la rencontrer. C’en est trop pour elle qui l’insulte copieusement. Bertrand Tavernier et son fils Nils sont contraints d’intervenir pour la calmer et raisonner Freda. Mais rien n’y fait, celui-ci refuse d’adresser la parole à Marceau et décide que ce sera à Nils de la diriger sur le plateau. Faute de compromis, et inquiet qu’elle quitte le projet, Bertrand finit par rassurer Marceau en devenant le co-réalisateur.

Capture d’écran

Mais il est préoccupé et ses doutes sont confirmés quand il se rend sur le tournage et découvre les extérieurs inexploitables choisis par Freda : « J’ai eu l’impression d’avoir été trahi par un ami. Tout était désastreux ». La veille du tournage, le 18 octobre 1993, les deux tiers des décors ne sont pas prêts. Tavernier est plus impliqué que Freda et essaie de rattraper tant bien que mal ce projet chancelant. Cela n’échappe pas à Sophie Marceau qui, le soir de la première répétition, demande à Tavernier de reprendre à lui seul la réalisation du film. Déchiré à l’idée de prendre cette décision, il repousse l’affrontement avec Freda. C’est finalement Frédéric Bourboulon, le producteur, qui prend les devants et annonce au cinéaste italien que Marceau ne veut plus de lui. Blessé, il repart le lendemain pour Rome : « Je ne peux pas croire que Bertrand m’ait fait ça. (…) J’aurais voulu que Bertrand me parle, m’avertisse, nous sommes amis, je pouvais tout comprendre ».

Tavernier se retrouve dans une situation inconfortable après son départ en reprenant les rênes d’un film qui n’est pas le sien. Il choisit de reverser l’intégralité de son salaire à Freda (600 000 francs) et ne touche qu’un faible pourcentage sur le film. La première semaine de tournage de La Fille de D’Artagnan reste à ses yeux l’expérience la plus douloureuse de sa carrière.

*Toutes les citations sont extraites de Bertrand Tavernier de Jean-Claude Raspiengeas, Flammarion.

 



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