La culture du soja bio emménage dans les Hauts-de-France-Alimentation et fourrages, Agriculture biologique, Grandes cultures, Faits divers


Culture d’été exigeante à la fois en chaleur et en eau, le soja est principalement cultivé dans le sud-ouest et l’est de la France. La sélection variétale et le réchauffement climatique ont toutefois permis d’envisager sa culture plus au nord, en Bretagne par exemple et même dans les Hauts-de-France, comme chez Gonzague Proot, polyculteur-éleveur bio dans la Somme.

« Il faut les chercher les hectares de soja bio ou conventionnel dans les Hauts-de-France pour les trouver ! Pourtant, quelques agriculteurs et les services techniques des chambres d’agriculture ont déjà expérimenté cette culture » compte-tenu de l’évolution de la sélection variétale (variétés de type « 000 » et « TTT ») et du climat, précisent Alain Lecat et Pierre Durand, conseillers des chambres d’agriculture de la Somme et de l’Aisne.

Des atouts pour l’alimentation animale

« L’engouement national autour du soja a alors trouvé un écho chez quelques agriculteurs des Hauts-de-France, relayé par des opérateurs économiques », précisent les deux experts. Sont notamment mis en avant «  les bienfaits de la qualité alimentaire du soja par rapport aux protéagineux classiques. En effet, dans l’optique du passage à une alimentation 100 % biologique conformément à la réglementation européenne, les protéagineux traditionnels comme les pois et les féveroles n’apportent plus assez de protéines pour satisfaire les besoins nutritionnels des animaux ».

« Intéressé par l’indépendance énergétique », Gonzague Proot, polyculteur-éleveur bio à Herleville dans la Somme, a toutefois été « surpris par les volumes de soja bio encore importés par la France ». Alors quand sa coopérative lui a proposé de cultiver du soja bio en 2019, il a de suite accepté et a commencé avec 2,5 ha. Après un premier test plutôt réussi, il réitère cette campagne à surface équivalente.

Plusieurs points d’attention à avoir

Le soja peut « s’intégrer correctement dans les rotations céréalières biologiques, en milieu de rotation idéalement », selon Alain Lecat et Pierre Durand. À noter : « il restitue généralement moins d’azote que la plupart des autres légumineuses ». Et le risque sclérotinia est « à prendre en considération dans les systèmes comprenant d’autres cultures sensibles comme le colza, les haricots et pois ou encore les légumes de plein champ. Pour les rotations à risque, l’application de Contans WG (2 à 4 kg/ha) avant le semis est alors conseillée ».

Concernant l’implantation, souvent réalisée lors de la première quinzaine de mai chez Gonzague Proot, l’agriculteur précise privilégier « les terres assez profondes ». En effet, le soja nécessitant souvent l’irrigation dans les régions traditionnelles, Alain Lecat et Pierre Durand déconseillent la culture « dans des terres à réserve hydrique limitée » et « dans des sols à forte teneur en calcaire actif ». Pour un premier semis sur une parcelle, il faut également penser à l’inoculation de la semence : « elle est impérative pour permettre le développement des nodosités (souche de bactérie spécifique Bradyrhizobium japonicum) ».

Autres critères importants pour le semis : « une température du sol supérieure à 10°C, une densité de semis d’environ 70-80 grains/m² pour un objectif de 65 plantes/m² et une profondeur de semis de 4 cm, afin de permettre un passage de désherbage à l’aveugle, quelques jours après le semis ». Les résultats des tests effectués par les chambres d’agriculture pour comparer semoir à céréales et semoir monograine montrent un avantage pour ce dernier, avec un « écartement suffisamment large pour pouvoir biner la culture ».

La gestion des adventices, clé de l’itinéraire

« Ne couvrant jamais réellement le sol, le soja est, en effet, une plante réputée salissante ». Mieux vaut alors « privilégier des parcelles n’ayant pas de problème particulier de flore estivale (datura, chénopode, amarante) », ajoutent les experts. Pour Gonzague Proot, la rotation joue un rôle essentiel dans la gestion des adventices. Depuis sa conversation en AB, l’agriculteur alterne trois années de pâture et trois années de cultures environ pour toutes ces parcelles : « l’effet pâture est extraordinaire » , remarque Gonzague Proot.

« Le fait de pouvoir semer cette culture tardivement permet aussi de réaliser des faux-semis ». D’après Terres Inovia, cette technique se montre particulièrement intéressante contre les adventices envahissantes telles que l’ambroisie, renouée liseron, ammi majus… « En post-semis prélevée, un passage en aveugle de façon très superficielle, comme cité plus haut, peut également être important », ajoutent Alain Lecat et Pierre Durand.

L’association avec des plantes compagnes peut également contribuer à la gestion des adventices. Des essais menés en 2015 et 2016 ont montré un salissement inférieur sur le rang dans les modalités de soja associé avec des plantes compagnes sur le rang, que dans la modalité soja seul. « Le salissement de l’inter-rang est très bien géré par le binage. »

Résultat de l’essai association du soja avec une céréale (Carvin – 2016) (Source : chambre d’agriculture des Hauts-de-France)

Modalités comparées Rendement soja en q/ha Rendement céréales en q/ha
Soja seul 70 g/m² 24
Soja 70 g/m² + orge 40 g/m² 22,4 1,8
Soja 70 g/m² + avoine 40 g/² 19,3 1,6

À noter : « l’objectif d’une association sur le rang n’est pas de récolter nécessairement la plante associée. L’intérêt est qu’elle joue pleinement son rôle de plante « compagne » en minimisant la concurrence des adventices sur le rang ». Des essais sont également en cours, cette campagne, avec d’autres plantes comme la cameline ou le trèfle incarnat. Le sarrasin également testé s’est, par contre, révélé « trop envahissant, il limite le potentiel du soja ».

Gonzague Proot a, lui, testé le soja associé avec de l’avoine. Au-delà de l’effet positif contre les adventices, il note aussi un avantage face aux pigeons. « L’avoine levant avant le soja, elle permet de protéger le soja, qui est très appétant pour ces ravageurs. »

Et du côté du porte-monnaie  ?

Qu’en est-il aussi du point de vue de la rentabilité économique ? D’après les essais menés par les chambres d’agriculture de la Somme et de l’Aisne, « la comparaison des marges de la féverole et du soja (en cultures pures) donne un avantage au soja ».

Comparaison de marge/ha entre un soja et une féverole seule (Source : Chambre d’agriculture des Hauts-de-France)

Soja Féveroles
Produits/ha Charges/ha Produits/ha Charges/ha
2 t x 650 = 1 300 € Semences = 260 € 2,5 t x 380 = 950 € Semences = 200 €
Faux semis = 40 € Herse étrille x 3 = 60 €
Herse étrille x 3 = 60 € Bineuse x 3 = 120 €
Bineuse x 3 = 120 €
Frais de séchage = 80 €
Marge brute = 1 300 – 560 = 740 € Marge brute = 950 – 380 = 570 €

Alain Lecat et Pierre Durand tempèrent toutefois : « bien qu’économiquement plus avantageuse sur le papier à la féverole seule, la production de soja biologique en Hauts-de-France reste pour le moment un défi technique ». La maîtrise de l’enherbement et la prise en compte des ravageurs restent deux préalables à la réussite de la culture. Les chambres d’agriculture continuent donc les essais et leur suivi pour accompagner au mieux les producteurs dans ce sens.



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