James Tissot en 2 minutes


En bref

Dandy du Paris de Baudelaire, peintre anglophile à la vie romanesque, James Tissot (1836–1902) fut le brillant chroniqueur de la haute société de son époque, croquant avec ironie les mœurs et les goûts de la seconde moitié du XIXe siècle. Proche des impressionnistes (Manet, Degas, Whistler…) et partageant avec eux un certain nombre de sujets, l’artiste élabore ses toiles avec une facture très soignée, héritée de sa formation académique. Très prisée en Angleterre, son œuvre évolue au contact des narrative paintings et des préraphaélites. Artiste inclassable, Tissot compose ainsi sa propre peinture de la modernité. Son œuvre et sa place dans l’histoire de l’art sont aujourd’hui réévaluées.

James Tissot, Autoportrait

James Tissot, Autoportrait, vers 1865

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Huile sur panneau de bois • 49,8 × 30,2 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts, San Francisco • © Bridgeman Images

On a dit de lui

« Le reproche qu’on peut faire au peintre […] vise surtout l’excès de sincérité qui le portait à ne rien omettre ; son art comme celui des primitifs répudiait les sacrifices […] » – William Bürger

Sa vie

Né dans une famille aisée nantaise d’un père marchand de tissus et d’une mère modiste, le jeune Jacques Joseph Tissot – qui se fait appeler James dès l’âge de 11 ans –, passionné par la mode contemporaine, part à la conquête de Paris. Il fait son apprentissage à l’École des beaux-arts et copie les maîtres anciens. Il regarde également ses contemporains et la jeune avant-garde menée par les impressionnistes, les préraphaélites ou les peintres belges tout en se passionnant pour les estampes japonaises.

Tissot comprend vite que c’est au Salon que tout se joue et envoie dès 1864 – l’année de rupture – deux scènes de la vie contemporaine : le Portrait de Mlle L. L. et Deux Sœurs. Dès lors, il devient un grand chroniqueur de la vie sous le Second Empire, évolue sans mal dans les cercles mondains de la capitale et accumule les commandes. Pendant presqu’une décennie, le peintre représente une galerie de portraits de la haute société parisienne et pose les bases d’une œuvre originale, au dessin précis et aux couleurs chatoyantes. Elle se distingue aussi par son sens aigu du détail et une attention particulière au rendu des étoffes.

Après avoir pris part à la Commune de Paris, Tissot gagne Londres en 1871. Ce milieu-là aussi lui est connu et acquis : en fin négociateur, l’artiste a investi le marché anglais depuis plusieurs années. Présent dès l’Exposition universelle de 1862, il a exposé l’année suivante sur les cimaises de la French Gallery et réalisé des caricatures de personnalités françaises pour la revue Vanity Fair. Outre-Manche, son talent se déploie véritablement dans des scènes de genre [narrative pictures], teintées d’une certaine « élégance à la française » très prisée par sa clientèle. Il se plaît à explorer les conventions de la société victorienne non sans une pointe d’ironie. Le succès est au rendez-vous.

C’est en 1876 que Tissot fait la connaissance de celle qui bouleverse à jamais sa vie : la jeune Kathleen Newton, de vingt ans sa cadette, divorcée et mère de deux enfants, dont il tombe fou amoureux. Kathleen devient l’incarnation d’un idéal de beauté féminin qui hante dorénavant tous ses tableaux. La belle Irlandaise signe aussi la fin d’une ère : le carnet de commandes s’amenuise et ses sujets se réduisent à l’évocation d’une vie de bohème, domestique, douce et sensuelle. Atteinte de tuberculose, Kathleen se consume sous les yeux de son amant, qui continue à la représenter jusqu’à son dernier souffle en 1882. Dévasté, Tissot fuit définitivement l’Angleterre pour la France.

De retour à Paris, l’artiste retrouve sa clientèle et le milieu mondain qu’il avait quitté presque dix ans auparavant. Il y célèbre la Parisienne, qui fait alors l’objet d’un grand cycle. Mais, délaissant les frivolités, Tissot se tourne à la fin de sa vie vers des sujets orientalistes et religieux, avec notamment le cycle du Fils prodigue et des centaines d’illustrations de la Bible, qui le rendront, au tournant du siècle, extraordinairement célèbre. Il s’éteint dans le Doubs en 1902.

Ses œuvres clés

James Tissot, Portrait de Mademoiselle L. L., ou Jeune fille en veste rouge

James Tissot, Portrait de Mademoiselle L. L., ou Jeune fille en veste rouge, 1864

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Huile sur toile • 124 × 99 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo Josse / Bridgeman Images

Mademoiselle L. L., 1864

Le jeune Tissot se fait remarquer au Salon de 1864 avec cette œuvre, qui inaugure les grands portraits de la société parisienne. C’est un véritable manifeste de modernité qui permet au peintre « d’entrer dans notre siècle », selon les mots de Théophile Gautier. Si la pose de la jeune fille aux initiales mystérieuses fait référence aux portraits de Jean Dominique Ingres – qui figure dans le panthéon du jeune dandy –, Tissot s’attache à ancrer son modèle dans la réalité contemporaine. Fils d’un marchand de mode et d’une modiste, Tissot a toujours accordé dans sa peinture une attention particulière aux vêtements. 

James Tissot, Le Cercle de la rue Royale

James Tissot, Le Cercle de la rue Royale, 1868

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Huile sur toile • 174,5 × 280 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Archives Charmet / Bridgeman Images

Le Cercle de la rue Royale, 1868

Parmi les commandes les plus prestigieuses figure celle du Cercle de la rue Royale, club masculin fondé en 1852. Unique dans la carrière de l’artiste, l’œuvre – qui aura nécessité plusieurs mois de travail – impose Tissot comme l’un des portraitistes les plus influents de son époque. Chacun des douze modèles représentés a versé 1 000 francs pour sa réalisation, le propriétaire final devant être désigné par tirage au sort (c’est le baron Hottinguer, assis à droite sur le canapé, qui l’emportera). Tissot apporte un soin tout particulier aux costumes et accessoires, témoignant ainsi des goûts de l’aristocratie du Second Empire tout en rappelant le statut social de ces hommes saisis dans le cadre prestigieux de l’hôtel de Coislin, place de la Concorde. 

James Tissot, La Galerie du H.M.S. Calcutta (Portsmouth)

James Tissot, La Galerie du H.M.S. Calcutta (Portsmouth), vers 1876

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Huile sur toile • 68,6 × 91,8 cm • Coll. Tate Collection, Londres • © Hervé Champollion / akg-images

La Galerie du H.M.S Calcutta (Portsmouth), vers 1876

À Londres, comme à Paris, Tissot côtoie le beau monde, pour qui il réalise de nombreux portraits, mais il consacre une part importante de sa production à des narrative paintings, où se mêlent l’élite londonienne et le peuple. Tissot s’amuse à peindre le jeu de séduction auquel se prêtent ses contemporains et représente les mœurs anglaises avec une certaine ironie caractéristique. Ici, sur les bords de la Tamise, que l’artiste apprécie particulièrement, deux jeunes femmes font l’objet d’avances de la part d’un jeune officier et ne semblent pas en rougir…

James Tissot, Octobre

James Tissot, Octobre, 1877

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Huile sur toile • 216, 5 × 108, 7 cm • Coll. musée des Beaux-Arts, Montréal • © Agnew’s, London / Bridgeman Images

Octobre, 1877

Tissot a toujours placé la femme au cœur de son œuvre. Mais à partir de sa rencontre, en 1876, avec Kathleen Newton, c’est le visage aux traits fins de cette solaire irlandaise qui va irradier l’ensemble de son œuvre. Dans Octobre, la figure, qui rappelle celles des grands portraitistes anglais Joshua Reynolds et Thomas Gainsborough, est une fois encore celle de Kathleen, qui s’illumine dans le paysage, au milieu des feuilles d’automne et des étoffes de satin et de mousseline, devenant l’incarnation de la beauté.

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James Tissot, l’ambigu moderne

Du 23 juin 2020 au 13 septembre 2020
Réouverture du musée d’Orsay à compter du mardi 23 juin.

www.musee-orsay.fr



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