Giuseppe Arcimboldo en 2 minutes


En bref

Surréaliste avant l’heure, Giuseppe Arcimboldo (1526–1593) a marqué l’histoire de l’art par ses têtes composées de divers éléments, comme des calembours visuels. Célèbre en son temps pour son sens de l’invention, ce peintre italien appartient à la curieuse famille des maniéristes. Arcimboldo fut un véritable artiste de cour auprès de la puissante famille des Habsbourg du Saint-Empire romain germanique. Amoureux de la nature et savant, il renouvela le traitement de l’allégorie par le biais du répertoire grotesque. Un temps oublié après sa mort, Arcimboldo connut une seconde jeunesse au cours du XXe siècle qui le redécouvrit.

Giuseppe Arcimboldo, Autoportrait

Giuseppe Arcimboldo, Autoportrait, 1570–1579

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Stylo, pinceau et aquarelle bleue • 23 × 15,7 cm • Coll. Galerie Nationale, Prague. • © Bridgeman Images.

On a dit de lui

« Ainsi va Arcimboldo, du jeu à la grande rhétorique, de la rhétorique à la magie, de la magie à la sagesse. » Roland Barthes, 1978

Sa vie

Né à Milan, Giuseppe Arcimboldo est issu d’une famille de peintres. Son père, qu’il aurait assisté, travaille pour la cathédrale de Milan. Arcimboldo fait ses armes dans le domaine des cartons de vitraux. Il est alors remarqué et se voit commander des blasons pour l’Église. Bien des zones d’ombre demeurent cependant quant à sa formation et ses débuts.

La notoriété d’Arcimboldo semble avoir été rapide, sans que l’on ne connaisse les voies qu’il a empruntées. En 1562, le voici appelé pour servir la cour des Habsbourg. Il part à Prague. Ses portraits n’ont alors rien de grotesque et le contexte princier sert d’écrin à l’éclosion de son talent. Il commence la série des Quatre Saisons, des allégories prenant la forme de portraits imaginaires. Composés de fruits et de végétaux, ses visages renouvèlent le genre d’une manière originale et connaissent tout de suite le succès. D’autres séries comme les métiers (le jardinier, le bibliothécaire…) ou les éléments sont collectionnées par les amateurs d’art pour enrichir leur cabinet de curiosité.

Les « têtes composées » sont des natures mortes anthropomorphes qui jouent sur l’association entre l’inanimé et le vivant, l’illusion et le réel. Elles cachent une étude attentive de la nature, l’artiste dessinant sans relâche des espèces naturelles, animales et végétales, tout comme son prédécesseur Léonard de Vinci. Arcimboldo, d’ailleurs, semble s’être intéressé aux travaux du Florentin dont il connaissait des caricatures qui ont pu l’inspirer. Bien que le goût pour les physionomies grotesques se retrouve chez un certain nombre de peintres de son temps, tel Jérôme Bosch, Arcimboldo a su conserver une véritable originalité. Il n’eut, par ailleurs, aucun élève. Roland Barthes aima à le qualifier de « rhétoriqueur et magicien », créateur de rébus sensibles et inspirateur des surréalistes.

Sans avoir le titre de peintre officiel, Arcimboldo réjouit ainsi la cour de Maximilien II et Rodolphe II pendant une vingtaine d’années, entre Prague et Vienne, participant à la conception des fêtes et des plaisirs des souverains. Pour eux, il peint des tableaux, mais conçoit également des costumes, des décors et des banquets.

Arcimboldo termine sa carrière, auréolé de gloire. Rentré à Milan, après avoir été fait comte palatin par l’empereur Rodolphe II de Habsbourg, il décède dans sa ville natale à l’âge de 67 ans.

Ses œuvres clés

Giuseppe Arcimboldo, « L’Hiver » et « L’Automne »

Giuseppe Arcimboldo, « L’Hiver » et « L’Automne », 1573

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Huile sur toiles • 77 × 63 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images.

L’Hiver et L’Automne, 1573

Après avoir peint une première série des Quatre Saisons, Arcimboldo en réalisa des copies sur la demande de Maximilien II. La tête de l‘Hiver, composée d’une souche recouverte de lierre et d’agrumes, fait pendant à celle de l’Automne. L’image, on le comprend, illustre le desséchement du corps. Le cycle peut en effet être lu comme une allégorie des différents âges de la vie. Arcimboldo se montre en phase avec les théories de la Renaissance inspirées de l’Antiquité. L’organisme est considéré comme un microcosme qui abrite en lui les différents éléments de la nature.

Giuseppe Arcimboldo, L’Été

Giuseppe Arcimboldo, L’Été, 1573

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Huile sur toile • 77 × 63 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images.

L’Été, 1573

L’Été est sans doute la plus célèbre tête composée d’Arcimboldo. Elle mélange une multitude de fruits et de légumes, arrangés de façon savante. Le portrait imaginaire émerge d’un pourpoint en seigle tressé (la signature de l’artiste figure sur l’épaulette du personnage). L’encadrement de fleurs est très certainement postérieur. Cette allégorie pleine d’abondance illustre le cycle éternel des saisons, symbole de prospérité du régime des Habsbourg.

Giuseppe Arcimboldo, Le Bibliothécaire

Giuseppe Arcimboldo, Le Bibliothécaire, vers 1566

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Huile sur toile • 98 × 71 cm • Coll. Château de Skokloster • © akg-images / Erich Lessing.

Le Bibliothécaire, vers 1566

S’agit-il de l’original ou de sa copie ? Le mystère demeure concernant cette œuvre curieuse d’Arcimboldo sur le thème des métiers. Il pourrait s’agir d’un portrait véritable, celui du conservateur des manuscrits précieux auprès de Maximilien II. Le modèle est donc identifié à sa fonction, le métier des livres. La forme pyramidale du corps, composée d’épais volumes reliés, compose un A, comme la signature cachée de l’artiste. Ce tableau aurait inspiré Pablo Picasso pour réaliser son fameux portrait cubiste de Daniel-Henry Kahnweiler.



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