Gamekyo : [TEST] The Medium


Dans une pièce mal éclairée où la pénombre côtoie la crasse, Marianne enchaîne clope sur clope pour raconter à on ne sait encore qui son histoire, et plus précisément les événements qui l’ont conduite à se retrouver à cet endroit. Et l’histoire de Marianne, elle est faite de songes incessants décrivant une mystérieuse enfant assassinée d’une balle dans le crâne, mais aussi un tournant majeur dans sa propre vie, à savoir l’enterrement de Jack, son père adoptif dont le métier de directeur de funérarium allait à ravir à notre héroïne : on parle là d’une medium, de celle qui peut voir l’autre versant de notre monde, et qui a surtout l’envie de guider les âmes perdues à retrouver le bon chemin vers un monde meilleur. C’est d’ailleurs après avoir accompli ce fait de routine (pour quelqu’un comme elle) avec Jack que désœuvrée, Marianne reçoit le coup de fil d’un certain Thomas, inconnu au bataillon mais lui sommant de venir en urgence dans l’ancien complexe hôtelier de Niwa afin d’y découvrir les réponses aux questions de son passé oublié.

Contrairement aux apparences et pour ceux qui n’auraient pas leurs habitudes avec les jeux du studio comme Observer et Blair Witch (qui ont d’ailleurs droit à leurs clins d’œil ici), The Medium n’est pas un jeu d’horreur classique. Si vous en parlez comme d’un survival-horror avec aucune forme d’action, vous serez dans le faux, puisqu’on parlera plutôt d’un jeu d’aventure narrative avec un peu de gameplay. Concrètement, et là où les deux précités adoptaient une vue à la première personne, on est ici dans un délire pas si éloigné de vieux titres à la Resident Evil (les anciens donc) ou Alone in the Dark, avec des angles de caméra semi-fixes et des déplacements globalement lents même si l’on peut trottiner un peu quand on veut bien nous le permettre. On passe ainsi d’une zone à l’autre en suivant le scénario et surtout en zieutant un œil aux éléments du décors pour à la fois des indices narratifs (documents et quelques « visions ») ainsi qu’un petit lot d’énigmes.

La grande originalité du titre largement mise en avant dans la communication et issue d’une nouvelle technologie propre au studio, c’est donc de visualiser en temps réel et donc en « split-screen » les deux univers auxquels Marianne fait face : la réalité et l’espèce de purgatoire. Ce n’est pas tout le temps le cas mais ce type de procédé intervient souvent aussi bien pour mettre en avant l’ambiance et les différences esthétiques entre les deux mondes, mais aussi pour la progression liée aux énigmes. Certains éléments n’apparaissent en effet que dans l’un des deux mondes et il faudra parfois désolidariser « l’âme » de Marianne de son enveloppe pour aller chercher le temps de quelques secondes un objet inatteignable dans le monde réel. On a aussi droit à un troisième type d’univers plus proche du méta-psychologique mais cela, on vous laissera le découvrir vous-même.

Malheureusement et c’est le premier point qui va fâcher car susceptible de diviser, mais il est difficile d’être parfaitement convaincu par cette feature technique qui au final est loin de transcender une quelconque expérience. Alors oui, c’est original mais reste que l’intérêt est très relatif en terme de gameplay brut puisqu’à aucun moment on n’a réellement besoin d’avoir un œil simultané sur les deux dimensions à la fois, hormis pour gagner du temps afin de ne pas louper un élément à ramasser. Plus important, et ça c’était attendu, mais la résolution en prend directement un coup et le frame-rate ne peut aller au-delà des 30FPS pour pouvoir gérer tout à la fois, ce qui est dommage car en dehors de cela, le jeu reste sympa visuellement (les passages dans la forêt sont magnifiques). Ça n’a pas les épaules d’un AAA mais c’est au-delà du correct pour un AA. Avec le recul, on en vient à se demander si Bloober Team n’aurait pas dû plutôt miser sur une sorte de switch magique quasi-instantané (ou une espèce de fondu en temps réel en appuyant sur un simple bouton, quand on le souhaite), ce qui aurait permis une grosse économie sur les performances techniques tout en rendant davantage honneur à certains décors au lieu de n’avoir que des « moitiés » d’écran.

Mais vous avez déjà regardé la note j’en suis sûr donc vous savez que cette impression mitigée de la principale originalité n’est pas le problème majeur de The Medium. Les avis sont globalement partagés dans la presse et autant dire que de mon coté, je me suis globalement ennuyé au point d’avoir fait un véritable forcing pour en voir le bout. Et les raisons sont multiples, à commencer justement par le gameplay. Aucun problème à foutre l’action de coté si le genre le veut, mais il y avait d’autres façons de palier à la mollesse générale, par exemple pour les énigmes si elles avaient été au niveau ou du moins suffisamment accrocheuses. Hors, à de rares exceptions près comme le coup d’une maison de poupée ou l’une des zones finales où on a vraiment l’impression de servir à quelque chose, bien trop de séquences sont expédiées de manière beaucoup trop simpliste (le challenge le plus dur, c’est l’équivalent d’un certain code de coffre-fort de TLOU2), et parfois en zappant le joueur : on pense là à une potentielle énigme dans une sorte de salle où l’on est censé déterminer le bon nom d’une personne parmi une liste, sauf que la réponse nous est directement donnée par Marianne. Ok.

Marianne qui d’ailleurs a tendance à beaucoup trop l’ouvrir pour un jeu censé miser sur son ambiance. La nana évolue globalement seule mais ne sait pas passer plus de 30 secondes sans donner son avis sur le moindre élément ramassé, au point qu’on a parfois envie de lui demander de la boucler. On est dans un survival (pour l’ambiance) et ça fait maintenant 25 ans que des titres comme Resident Evil ou Silent Hill nous très bien fait comprendre qu’un jeu pouvait apporter une atmosphère ultra pesante en maintenant une forme de silence pour ne mettre en avant que la partie sonore et accessoirement les musiques (merci Yamaoka en passant, même si l’on n’a pas souvent l’occasion de profiter de tes compositions). Belle ironie pour un développeur qui comme bien d’autres nous vante les mérites de la narration suggestive basée sur les décors, donc la prochaine fois, essayez d’aller vraiment jusqu’au bout de vos intentions les mecs.

D’ailleurs, Marianne est bavarde mais on ne peut pas vraiment dire que cela sert particulièrement à la narration puisque là encore, le sujet va diviser. Le scénario est sympa, mais le déroulé est inutilement compliqué et risque de perdre du monde en cours de route au point de ne plus s’intéresser aux enjeux, et c’est bien dommage aussi bien pour le sujet principal que les petites histoires annexes dépeignant les heures sombres d’une Pologne au passé coincé entre l’Allemagne nazie et le communisme. En revanche, le blabla de Marianne ne sera pas responsable du manque de « tension » et même de peur globale puisque The Medium en est dépourvu, ce qui là encore l’a fout un peu mal vu le genre. Les jump-scare se comptent sur une demi-main, et les seuls moments où l’on peut « mourir » sont lors des phases d’infiltration contre une sorte de Nemesis, mais le système est totalement à l’ouest et il faut le faire vraiment exprès pour perdre. Ridicule du coup, et heureusement que Troy Baker rend honneur à cette créature en lui offrant une performance incroyable et malaisante, dans le bon sens du terme.



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