Gamekyo : [SNES] Retro Test: Exhaust Heat


Que fait-on lorsque ça va mal ? Je veux dire, quand on est triste, désespéré, déçu, qu’on a le blues, une peine de cœur, quand on perd nos repères, qu’on n’a pas eu la promotion tant attendue au boulot ou tout simplement quand viennent les jours froids et sombres de l’hiver ? On se réfugie dans ce qui nous conforte, dans ce qui nous berce et nous rassure. C’est naturel, et pour bon nombre d’entre-nous, ce genre de choses rassurantes, ce sont les jeux vidéo, ceux de notre enfance en particuliers. Je pense qu’on sera assez d’accord pour dire que la Super Nintendo aura sut bien des fois nous protéger de son aura chaleureuse, pourvue de ses jeux colorés et plein de tendresse (bon, ok, sauf Mortal Kombat, Killer Instinct et Pit-Fighter, sont pas super tendres eux…) à une époque où le monde entier était bien plus insouciant, bohème et optimiste. Et c’est très exactement ce qui m’a poussé à ressortir un jeu de ma réserve à cartouches Super Nintendo. Et, attention, alerte spoiler, dès les premières minutes, j’ai retrouvé les mêmes sensations d’amusement et de frivolité d’époque. Une bonne plâtré de baume au cœur me fut administré par cet Exhaust Heat synonyme d’enfance innocente, aux moments de joie spontanés et précieux.

Mais n’allons pas si vite en besogne et prenons le temps de détailler un peu tout cela.

Cet Exhaust Heat n’aurait probablement pas put voir le jour – en tout cas pas dans la forme qu’on lui connaît – si un autre jeu de course emblématique de la Super Nintendo n’avait pas été là avant : F-Zero bien entendu. Second jeu avec Super Mario World pour le launch de la Super Famicom le 21 novembre 1990 au Japon, F-Zero était une vitrine technologique parfaite notamment pour son désormais bien connu mode 7, qui est censé simuler un effet de 3D par d’habiles manipulations de textures et de sprites (rotation, zoom…). Fournissant le vrai premier jeu de Formule Un de la Super Nintendo (qui en comptera une bonne dizaine, allant du mauvais au très sympathique), SETA n’en sont pas tout à fait à leur coup d’essai puisqu’ils avaient déjà édité Formula One: Built to Win sur Famicom en 1990. Ce dernier, plus proche visuellement d’un Out Run de SEGA – autre jeu de course qui dictera les conventions à la fin des années 1980 –, n’avait pas l’air mauvais (bien que je n’aie jamais eu la chance de m’y essayer). Ainsi, une fois n’est pas coutume, SETA s’inspire des meilleurs et suit la tendance pour faire son business. Est-ce un mal quand le produit final est malgré tout de qualité ? À vous de voir.

Le soucis d’Exhaust Heat, à vouloir reprendre la recette de F-Zero, est qu’il ne parvient pas à se montrer aussi clinquant que son modèle. Le gros désavantage du mode 7 étant que très peu de relief peut être appliqué à une carte ou un circuit de course. C’est possible via différents ajustements, quand on est doué, ou qu’on a le temps nécessaire pour le faire en plein milieux du développement, mais voilà, ça restera globalement assez plat et redondant. À cela, on peut trouver deux solutions. D’abord, réaliser des arrières plans panoramiques jolis, variés, aux couleurs chatoyantes (qui change selon la période du jour ou selon le climat, tant qu’à faire) et qui casse ainsi un peu la monotonie. F-Zero le faisait grâce à son identité visuelle futuriste pleine de personnalité. Hélas, Exhaust Heat prend le parti de garder les pneus sur Terre et de nous proposer de concourir dans un championnat de Formule Un, comme dit plus haut. Pas de miracle possible, les seuls décors seront des tribunes lointaines, avec quelques affiches de sponsor plus ou moins reconnaissables, et de vastes parterres d’herbe encadrant de sinueuses pistes de bitume gris. Heureusement pour Exhaust Heat, il a y une seconde solution, probablement un peu moins efficace de prime abord mais qui a son importance en profondeur : le tracé des circuits. Si les circuits sont bien tracés et offrent du challenge avec des virages et des courbes techniques, qui anime la course, il se peut qu’on ne fasse pas trop attention à l’austérité de l’entourage. Et c’est ce qui se passe pour Exhaust Heat, ouf !

Le jeu ne dispose malheureusement pas de la licence officielle de la Fédération Internationale de l’Automobile mais a au moins un ensemble de 16 circuits adaptés des véritables pistes d’époque. De ce fait, si le premier circuit qui est celui du Grand Prix d’Italie est très aisé à appréhender, offrant une mise en condition toute en douceur pour le néophyte, la suite devient plus technique. Les circuits se complexifient et multiplient les courbes. Cependant, la prise en main est si immédiate et le feeling tellement orienté arcade que la difficulté est toute relative. Les concurrents, tous arborant des pseudonymes proches de leur homologues réels vous causeront des désagréments relatifs et à des degrés variables. Le plus performants restant en général un certain A. Seth, alias Ayrton Senna qui d’ailleurs n’apparaît officiellement dans aucun jeu de F1 Super Nintendo de l’époque puisqu’en contrat d’exclusivité avec SEGA pour leur jeu Super Monaco GP II.

Ainsi, la difficulté mettra bien plus à l’épreuve vos réflexes que votre capacité à calculer précisément votre trajectoire ou à équilibrer les performances de votre bolide. Car oui, il y a également une partie bidouillage où huit éléments importants de votre F1 peuvent être customisés via l’argent remporté à chaque fin de course : châssis, freins, suspensions, boîte de vitesses, diffuseur, ailerons, pneus et moteur. On est tenté de dire que le moteur le plus cher, et donc le plus puissant est un élément indispensable pour parvenir sur le podium systématiquement mais non. Un moteur trop puissant et vous faisant atteindre les 300 kilomètres/heure sera handicapant sur un circuit qui enchaîne les virages très serrés. Préférez alors un système de boîte de vitesses à 5 rapports qui permet de gagner en accélération (mais pas en vitesse de pointe) et de bons freins, pour alterner facilement entre gros braquage dans un virage délicat et réaccélération foudroyante. Bah oui, c’est arcade, mais c’est un peu tactique aussi ! Globalement, il n’est pas obligatoire de dépenser des sommes folles entre chaque course pour perfectionner son véhicule, le système arcade du jeu permet de faire parler le skill du joueur indépendamment de tout cela, et c’est cool !

La caméra se situe sensiblement plus haut par rapport à la plupart des autres jeux du genre sur SNES (Street Racer, F1 Pole Position, Aguri Suzuki F-1 Super Driving…) ce qui facilite l’appréhension des virages qu’on voit arriver de façon plus lisible. Les indications fléchées apparaissant à l’écran sont parfois traîtresses et il vaut mieux se forcer d’adopter le bon timing, avec un peu de flair, plutôt que de tourner subitement à la seconde où une flèche vous indiquer de braquer. La position de la caméra a un autre effet bénéfique : elle améliore la sensation de vitesse. Cela fait d’Exhaust Heat un jeu brûlant, d’une fluidité très satisfaisante et dont le degré de fun est à portée de bouton. Immédiat, son accessibilité est à louer. Il suffit de quelques minutes pour se faire un ou deux circuits et s’amuser, parfait pour des sessions courtes de jeu (j’y jouais beaucoup, fut un temps, entre midi et treize heures, lorsque je revenais de l’école pour manger chez moi. La cantine, c’était trop dégueu…). Mais si vous avez le temps et que vous voulez une longue séance de jeu, le soft de SETA répond également présent avec, comme précédemment expliqué, pas moins de seize courses qui respectent une courbe de progression très bien équilibrée !

Symptomatique d’un jeu type arcade des années 1990 où tout (ou presque) était destiné à servir le divertissement, la présence de nitro est également particulièrement user-friendly. Car il arrive qu’on grignote sur un carré de gazon sur le bas-côté de la piste ou qu’on perde de précieuses secondes à s’embourber dans du sable. Parfois même, on se fait percuter violemment par un rival, on valdingue en tête à queue tandis que lui continue son petit bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Cela aurait été rageant dans un autre jeu, mais de base, Exhaust Heat est peu punitif. Et il suffit d’un petit coup de nitro, aussi irréaliste en F1 que ce soit, pour passer aisément de la 8ème à la 4ème ou 3ème position ! Gardez à l’esprit que presque aucune erreur de pilotage n’est décisive, vous pouvez largement rattraper le coup. Cela étant dit, il faut tout de même surveiller une jauge de dégâts qui augmente de façon – là encore – à ce que le jeu ne devienne pas une torture de simulation ultra réaliste. Un petit passage au stand dans le pire des cas et c’est reparti !

Le jeu est à ce point cool avec le joueur que le CPU, fait rare pour l’époque, ne semble pas tricher. En effet, la position des concurrents est indiquée en direct sur le circuit via une minimap d’usage, comme dans tout bon jeu de course. Dans d’autres jeu de course, il n’était pas rare de voir des adversaires qu’on pensait loin en arrière, mystérieusement se téléporter juste derrière nos fesses pour nous infliger un pressing d’enfer. Quand ce n’était pas carrément un bolide adverse qui venait nous griller la place comme une torpille alors que trois secondes avant il venait de se bouffer un mur en pleine poire. À noter également qu’on peut masquer l’interface via select afin de profiter au mieux d’un cadre de vision élargi. Entre autres petite intention sympathique, une pile de sauvegarde inclue dans la cartouche permet de progresser dans les 16 grands prix à notre rythme.

Exhaust Heat fait tout pour ne pas paraître trop austère et aride en termes d’enrobage graphique. On a déjà évoqué au début que ses circuits sont gris et que son mode 7 le rend un peu redondant, même si ça contribue à sa grande lisibilité. On peut également ajouter qu’on aurait apprécié des sprites de voiture un peu plus détaillés. Mais en dehors de cela, les quelques touches de sons chiptune, même s’ils ne restent pas fortement en mémoire, donne une ambiance énergique et joviale au jeu. Les différents écrans qui parsèment les menus et les intercourses sont également plaisants, avec des pilotes victorieux sur un podium où une Julia Roberts toute pixelisée en guise de directrice d’écurie.

Si le côté graphique sera amélioré dans sa suite, sortie un an plus tard, tout en gardant fun et fluidité, reste que cet Exhaust Heat premier du nom procure un plaisir simple et sans fioriture digne d’un bon jeu vidéo 16-bits. Sa maniabilité reste certainement son plus éclatant atout. On ne peut cependant pas y jouer à deux, ce qui au fond n’est pas absolument rédhibitoire. Petite madeleine de Proust, j’avais peur qu’il ne reste bon que dans mes tendres souvenirs déformés par une insidieuse nostalgie du bon vieux temps. Mais il n’en est rien, Exhaust Heat est un vrai bon produit typique de la Super Nintendo qui propose tout ce qu’il faut pour contenter tous les profils de joueurs, et ceci en quantité suffisante à chaque fois. Chapeau !



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