Gaec La vallée de l’Issoire (85) – Multiplier les leviers pour un atelier cultures autonome


Polyculteurs-éleveurs bio, Julien et Franck Renolleau réalisent 40 % de leur EBE avec les productions végétales. Des semences à la valorisation des récoltes en passant par les associations d’espèces, ils recherchent l’économie et l’autonomie.

Quand ils se sont installés sur la ferme familiale de La Copechagnière (Vendée) en 2006 et 2007, Julien et Franck Renolleau avaient pour objectif de désintensifier le système en place et de lui redonner de l’autonomie. La prise de conscience que ce choix était celui de la durabilité est venue pour l’un d’un apprentissage dans une ferme bio, pour l’autre d’un stage dans une ferme laitière du Grapea (Groupe de recherche pour une agriculture paysanne économe et autonome, réseau Civam). « Nous avons eu envie de mettre en pratique cette autre façon de travailler » déclare Franck, aujourd’hui co-président du Grapea.

La complémentarité entre cultures et élevage est le premier levier pour renforcer l’autonomie. Au Gaec de la vallée de l’Issoire, en bio depuis 2016, elle est assurée par 120 vaches allaitantes pour 160 hectares. Sur 100 ha de prairies, 25 sont toujours en herbe et 75 constituent la tête des rotations. « Leur rôle est multiple, constate Franck Renolleau. Elles permettent de réduire la présence d’adventices dans les cultures à suivre ; elles augmentent le stock en matière organique des sols et favorisent la vie biologique. » « En résumé, elles autorisent le sol à se régénérer tout en produisant du fourrage » ajoute Tiphaine Terres, animatrice du Grapea, qui a organisé en février une formation sur l’économie et l’autonomie de l’atelier cultures, en collaboration avec le Groupement des agriculteurs bio de Vendée (Gab 85).

Fertilisants organiques sur place ou en échange

Les prairies temporaires multi-espèces sont composées de fétuque élevée, fétuque des prés, ray-grass anglais diploïde et tétraploïde, fléole et trèfles (blanc, hybride, violet). Leur durée de vie est aléatoire, jusqu’à huit années voire davantage, en fonction de leur état. De même le nombre d’années consacré aux cultures de la rotation varie selon les situations : « Cela peut aller de deux à cinq ans, explique Franck Renolleau. Quand une parcelle commence à décrocher, on la passe en prairie. » La présence d’élevage est par ailleurs source de fertilisants organiques. Dans les fermes céréalières, cela peut être compensé par des échanges entre pailles et fumiers à l’échelle du territoire. Les frères Renolleau estiment que leurs effluents assurent l’apport de 100 kg/ha d’azote.

En complément, ils compostent du fumier de volailles issu d’un échange contre paille et des déchets verts de la communauté de communes, et achètent des fientes de poules pondeuses. Les couverts d’interculture (triticale, seigle et trèfle incarnat) implantés avant les 20 ha de maïs grain, sont quant à eux rarement restitués au sol en tant qu’engrais verts, car plutôt valorisés en ensilage. Ils permettent toutefois d’économiser du temps et des charges consacrés au travail du sol, notamment grâce au puissant système racinaire du seigle. Enfin, les associations de graminées avec des plantes légumineuses ou protéagineuses sont moins gourmandes en fertilisation.

Le trieur : indispensable et très rentable

Un autre levier capital pour l’autonomie des ateliers cultures est l’utilisation d’un trieur. « C’est un outil indispensable et très rentable car tout est triable, affirme Franck Renolleau. Nous utilisons l’équipement mobile de la Cuma départementale Défis pour un coût de 40 euros/heure. Nous disposons aussi d’un séchoir au sol et de place pour stocker. Nous trions toutes nos récoltes afin de produire nous-mêmes nos semences, et de vendre des volumes de grains sans déchets donc payés nets. Cela permet en outre de valoriser plusieurs tonnes de déchets dans l’alimentation du troupeau. »

Sur cette ferme de polyculture-élevage, 40 % de l’EBE vient de la vente de produits végétaux : maïs grain (20 ha), méteils grains féverole-blé, orge-pois ou triticale-pois (25 à 30 ha), colza (4 ha) et pomme de terre (4 ha). Toutes les semences sont autoproduites, ce qui constitue une économie très significative en bio. Les maïs sont des variétés populations ne nécessitant pas de castration. Près de dix variétés de blés panifiables sont mélangées, et trois variétés de féverole. « Il nous arrive de racheter de la semence certifiée de blé quand une variété nous intéresse » précise Franck. Les grains des méteils sont triés par espèce puis en partie re-mélangés pour reconstituer les besoins en semences au bon dosage. « Nous avons simplifié nos méteils afin que la maturité des espèces soit homogène et qu’ils soient faciles à trier » souligne encore l’agriculteur. Seules les semences de prairies sont une production très aléatoire en fonction des années.

Des leviers aussi dans les choix d’investissements

« Pendant la formation sur l’économie et l’autonomie de l’atelier cultures, il y a eu beaucoup d’échanges entre les participants sur le thème du triage, relate Tiphaine Terres. Les adeptes estiment que c’est l’un des aspects les plus rentables de leur exploitation. Plusieurs Cumas sont équipées dans notre secteur, mais même à l’échelle individuelle, c’est un investissement stratégique et pas forcément le plus coûteux. » À ce sujet, l’animatrice et le co-président du Grapea mettent également en avant l’autonomie décisionnelle à rechercher par les agriculteurs. Elle s’acquière selon eux via la formation et les groupes d’échanges. « Dans ces groupes, il est essentiel d’avoir une approche technico-économique pour se comparer, identifier ses points forts et faibles, et progresser ensemble. Les leviers ne sont pas seulement techniques mais aussi dans les choix d’investissements et la maîtrise de la commercialisation. »

Dans une certaine mesure et selon les situations, les producteurs peuvent avoir des possibilités de diversification et de débouchés locaux plus rémunérateurs, voire s’organiser collectivement pour créer des filières. Ainsi, en dehors de la coopérative et des négoces locaux, le Gaec de la vallée de l’Issoire vend ses graines de colza à une ferme voisine équipée d’un pressoir à huile, sa féverole à un autre voisin éleveur, et une partie de ses blés à des paysans-boulangers.



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