Emma Kunz, guérisseuse et artiste cosmique


Et si l’art était un moyen de prédire le futur ou de traduire des énergies invisibles ? Pour certains, créer répond à un impératif mystérieux. Des visions leur apparaissent, des voix leur intiment de tracer des lignes sur le papier, une puissance inconnue guide leur main… faisant d’eux les passeurs d’un message venu de l’au-delà ! Fille d’un tisserand suisse de Brittnau, Emma Kunz fait partie de cette espèce rare : celle des « artistes spirites ». Des hommes et des femmes souvent d’origine modeste et sans formation artistique, mais auteurs d’œuvres troublantes, minutieuses et complexes, qui semblent trouver leur origine dans le paranormal…

Emma Kunz dans son atelier à Waldstatt

Emma Kunz dans son atelier à Waldstatt, 1958

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Dès son adolescence, Emma se fait remarquer pour ses capacités extralucides. Ouvrière dans une manufacture de tricots puis une bonneterie, la jeune femme serait capable de communiquer à distance par la pensée, de prédire l’avenir et d’entraîner des guérisons miraculeuses. À partir de 1933, alors qu’elle travaille comme gouvernante chez un peintre d’Engelberg, elle commence à se servir d’un pendule pour ses activités divinatoires.

Comme beaucoup d’artistes spirites, Emma pratique une discipline ancienne, la radiesthésie. Pseudoscience ou réalité indémontrable ? Selon elle, les êtres vivants et les corps émettraient des « ondes », des « flux d’énergie » ou des « radiations » qui, détectables grâce à une sorte de sixième sens, permettraient notamment de guérir des maladies…

Le Pendule d’Emma Kunz

Le Pendule d’Emma Kunz

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En 1938, à l’âge de 46 ans, Emma Kunz se met à créer des œuvres de grand format sur papier millimétré afin de retranscrire les réponses et prédictions que lui souffle son pendule. Ce dernier, qu’elle tient dans sa main droite au-dessus de la feuille, oscille et lui indique des points dont elle marque l’emplacement avant de les relier entre eux au crayon à papier, à la mine de plomb ou au crayon de couleur. Munie d’un compas et d’une règle, elle trace fébrilement de mystérieuses lignes, parfois pendant plus de vingt-quatre heures d’affilée, sans s’interrompre, comme mue par une puissance supérieure… puis recule et découvre son œuvre avec étonnement, telle une somnambule à son réveil !

Parfois superposées pour créer de délicats effets de transparence, ses lignes d’une finesse arachnéenne s’étirent et se croisent comme des fils tendus pour former des faisceaux de rayons, composant des figures géométriques précises et ordonnées. À la croisée du mandala et du pentagramme magique, ces structures kaléidoscopiques irradient, apaisent et hypnotisent le spectateur qui se retrouve aspiré en leur centre, comme magnétisé. Des bijoux d’abstraction géométrique dont la pureté intemporelle et les propriétés envoûtantes auraient pu servir d’inspiration aux adeptes du minimalisme, de l’Op Art et de l’art cinétique dans les années 1960.

« Mon travail est destiné au XXIe siècle », dit un jour Emma Kunz, qui a laissé derrière elle près de 500 de ces dessins, sans jamais les signer. Car la Suissesse (qui publie néanmoins en 1953 un ouvrage intitulé Nouvelle méthode de dessin) ne les concevait pas comme des œuvres d’art mais comme des réponses à ses interrogations sur la vie et le futur, qui ne pourraient être comprises qu’au siècle suivant. Quelle sera l’issue de la Seconde Guerre mondiale ? Telle est la question qu’elle pose à son pendule lors de l’élaboration de son dessin N°20 qui, selon certains de ses contemporains, serait une représentation prophétique de l’explosion de la bombe atomique au Japon en 1945…

Outre ces dessins surprenants, Emma Kunz élabore des remèdes naturels à base de plantes, et mène une expérience troublante en présence d’un scientifique, laissant à penser qu’elle parvient à influencer la croissance des fleurs en les « magnétisant » ! En 1941, elle découvre même, dans la grotte et ancienne carrière romaine de Würenlos en Suisse, une roche aux propriétés miraculeuses grâce à laquelle, semble-t-il, elle parvient à guérir un petit garçon de six ans, Anton Meier, des séquelles d’une polio. Entraînant ainsi la venue d’autres patients. Composée de carbonate de calcium et d’acide silicique, la pierre est baptisée par l’artiste AION A – du grec aion, « sans limites ».

AION A

Ce n’est qu’en 1973, dix ans après sa mort, que les dessins d’Emma sont exposés pour la première fois au public, au musée des Beaux-Arts d’Argovie. En 1986, Anton Meier fonde à Würenlos le Centre Emma Kunz (qui présente depuis 1991 une collection permanente de ses œuvres) afin de préserver ses travaux… et vendre de la poudre d’AION A, qui se trouve encore aujourd’hui dans les pharmacies suisses, prescrite par les naturopathes pour soigner rhumatismes, blessures musculaires et réactions inflammatoires. Sur la boîte jaune se déploie un dessin d’Emma : des faisceaux de lignes colorées vecteurs d’une énergie cosmique !

Du 2 mars 2021 au 23 mai 2021

www.aargauerkunsthaus.ch



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