Des poulaillers moins denses et mieux éclairés, « c’est le sens de l’Histoire »


Derrière la porte d’un long bâtiment percé de fenêtres, plus de 21 000 poulets nappent le sol. Un an plus tôt, ce poulailler abritait 30 % d’animaux en plus, signe que l’élevage français évolue, sans renoncer aux volailles confinées toute leur vie.

La scène se répète, quasiment à l’identique, dans chacun des cinq bâtiments d’élevage « standard » de Dominique Grasset, dans le Maine-et-Loire : les poulets au plumage blanc piaillent sur un mélange de sciure de bois et de fiente. Mais un seul est déjà pourvu de vitres laissant passer la lumière du jour.

« La lumière naturelle, c’est beaucoup plus agréable pour nous et pour les animaux », constate l’éleveur de 44 ans, qui a repris et développé l’exploitation familiale, au cœur de ce pays de bocage à quelques kilomètres de Cholet.

« J’en vois qui s’amusent entre eux, qui s’étirent, qui s’ébattent. Déjà parce qu’ils ont plus de place mais aussi parce qu’ils ont plus de lumière. » Il prévoit d’équiper les quatre autres bâtiments de fenêtres d’ici à la fin 2021, pour un investissement total de 120 000 euros.

Ces poulaillers sont déjà 30 % moins peuplés qu’auparavant, quand Dominique Grasset pouvait produire un million de poulets « standards » par an à la densité maximale autorisée de 42 kilos du m2, soit une vingtaine d’animaux.

L’éleveur est aussi président de Galliance, la filière volailles du groupe coopératif Terrena, deuxième volailler français avec notamment la marque Père Dodu. Pour sa coopérative, il produit désormais du « standard amélioré », autour de 15 % plus cher que du « standard », sous l’étiquette La Nouvelle agriculture.

« L’idée, dit-il, est de garantir un revenu un peu supérieur aux agriculteurs pour financer les investissements », qui nécessitent plusieurs années avant d’être amortis.

L’élevage est moins dense (30 kilos au m2), les poulets peuvent se percher sur des accessoires en carton, et sont issus de sélections génétiques grossissant un peu moins vite, notamment pour éviter les boiteries. Ils sont abattus au bout de 40 jours, contre 35 habituellement.

À la demande

Ces améliorations lui permettent de rentrer dans le cadre du European (ou Better) Chicken Commitment, un socle de critères défendu par une trentaine d’ONG de protection animale.

Casino, Les Mousquetaires (Intermarché, Netto), Auchan, Système U, Carrefour, Lidl… La grande distribution s’est massivement engagée à imposer ce cahier des charges à ses fournisseurs, comme la chaîne de restauration Courtepaille ou l’industriel Sodebo. Ce qui pousse la filière à rénover une partie de ses bâtiments.

Il n’est en revanche pas question de renoncer totalement aux poulaillers sans fenêtres, encore moins à ceux sans accès à l’extérieur. Les volaillers français entendent même développer le « standard » pour occuper le terrain face aux produits importés et satisfaire les cantines, restaurateurs et industriels à la recherche de prix bas, a récemment expliqué l’interprofession Anvol. Aujourd’hui, près d’un poulet sur deux consommé en France vient de l’étranger.

Dominique Grasset n’exclut pas de produire à nouveau à des densités supérieures, si la coopérative le lui demande parce que ses clients veulent davantage de poulet d’entrée de gamme. Mais il préférerait « clairement rester dans cette démarche » plus soucieuse du bien-être animal. « C’est le sens de l’Histoire », pense-t-il.

À cinq minutes de route, l’éleveur possède trois autres bâtiments. Plus petits, ils sont accolés à des prairies où les poulets – labellisés bio – peuvent s’égayer.

Du moins le pouvaient-ils jusqu’à récemment : les autorités ont demandé à 46 départements, dont le Maine-et-Loire, de confiner massivement les volailles en raison du risque de transmission du virus de l’influenza aviaire par les oiseaux migrateurs. En cette journée d’automne, deux des bâtiments sont chauffés à 28 degrés. Ils abritent 4 800 poussins aux plumes noires, encore trop chétifs pour évoluer à l’air libre.

À côté, des chapons se répandent sur une vaste étendue d’herbe régulièrement plantée d’arbres. C’est la première fois que Dominique Grasset en produit. Il espère qu’ils garniront les tables pour les fêtes de fin d’année. « Je fais ce qui se demande, ce qui se vend », assume-t-il, refusant de hiérarchiser les modes d’élevage.



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