Ces chansons, symphonies et comédies musicales inspirées de toiles célèbres


1. Une symphonie pour le Retable d’Issenheim

Matthias Grünewald, Le Retable d’Issenheim (détail La Nativité, panneau central)

Matthias Grünewald, Le Retable d’Issenheim (détail La Nativité, panneau central), 1512–1516

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tempera et huile sur bois de tilleul • 269 × 307 cm • Coll. & © musée Unterlinden, Colmar

Dans la vie tumultueuse du peintre Matthias Grünewald (1470–1528) et dans son œuvre habitée par la douleur, le compositeur allemand Paul Hindemith (1895–1963) trouve un écho à son propre destin. En 1935, affligé par la montée du régime nazi, il compose un opéra intitulé Mathis der Maler (Mathis le peintre), en l’honneur du maître et de son grand œuvre : le Retable d’Issenheim. En résulte une merveilleuse symphonie en trois mouvements qui reprend trois panneaux de ce fameux polyptyque destiné aux malades du « feu de saint Antoine ». Mais comme attendu, le pouvoir nazi interdira toute représentation de l’opéra… ce qui n’empêchera pas le musicien de le présenter à Zurich, en 1938 !

2. La Joconde, muse de la variété française

Léonard de Vinci, La Joconde

Léonard de Vinci, La Joconde, vers 1503–1519

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Huile sur bois • 77 × 53 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-GP / Michel Urtado

« Pour me voir, on fait la ronde. Et moi, faut que je me morfonde, la Joconde, la Joconde. » En 1958, l’interprète Barbara (1930–1997) incarne de sa voix éclatante le portrait peint par Léonard de Vinci (1452–1519) dans une chanson pleine d’empathie, dénonçant la foule de visiteurs qui l’assaille chaque jour de commentaires futiles. Si l’immuable sourire de Mona Lisa y est célébré, il sera maudit presque vingt ans plus tard par l’indiscipliné Serge Gainsbourg (1928–1991), qui le qualifiera de « rictus immonde » dans Trois Millions de Joconde. C’est donc sur un rythme funk et délicieusement pop, que le compositeur prononcera ces quelques mots : « Et chaque matin j’emmerde son sourire ambigu. » Tout est dit.

3. Au son tournoyant de la Nuit étoilée

Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée

Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée, 1889

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huile sur toile • 73 × 92 cm • Coll. MoMA, New York

Un rythme qui ondule et tourbillonne, de puissantes bourrasques traversant un paysage nocturne… Timbres, espace, mouvement d’Henri Dutilleux (1916–2013), est une ode à la la Nuit étoilée, chef-d’œuvre du maître hollandais Vincent Van Gogh (1853–1890), exécuté en 1889 alors que le peintre réside à l’asile du monastère Saint-Paul-de-Mausole, en Provence. De ce ciel illuminé par des étoiles flamboyantes qui semblent virevolter, Dutilleux parvient à retranscrire « l’effet de tournoiement quasi cosmique qui s’en dégage », grâce à un orchestre dépourvu de cordes aigües. Sensationnel !

4. Une toile de Seurat star d’une comédie musicale

Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte

Georges Seurat, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, 1844

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Huile sur toile • 207,6 × 308 cm • Coll. Art Institute, Chicago • © akg-images / Erich Lessing

C’est en observant une reproduction d’Un dimanche après-midi à la Grande Jatte et en se questionnant sur les regards des personnages qui ne se croisent jamais, que James Lapine et Stephen Sondheim (né en 1930) décident de créer une comédie musicale autour du chef-d’œuvre de Georges Seurat conservé à l’Art Institute de Chicago. L’histoire ? Un artiste conceptuel américain, arrière-petit-fils du peintre, décide de rendre hommage à son ancêtre dans le musée où est exposé son tableau. Sunday in the Park with George voit le jour en 1984, pile un siècle après la réalisation de la toile. Un spectacle qui incarne à merveille les principes du divisionnisme, grâce au rythme saccadé et à l’instrumentation finement choisie…

5. L’Île des morts de Böcklin version poème symphonique

Arnold Böcklin, L’Île des morts

Arnold Böcklin, L’Île des morts, 1880

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huile sur toile • 110,9 × 156,4,cm • Coll. Kunstmuseum, Bâle • © Birdgeman Images

Il a envoûté Dalí et Scorsese, et surtout, le compositeur russe Sergueï Rachmaninov (1873–1943)… L’Île des morts, fascinant tableau du peintre suisse Arnold Böcklin (1827–1901), achevé en 1886, est une source d’inspiration inépuisable, tant par son sujet funèbre que par son traitement au fort pouvoir onirique. Pour son poème symphonique du même nom, Rachmaninov a cherché à retranscrire l’angoisse de ce mausolée flottant sur l’eau, vers lequel se dirige en barque un défunt enveloppé dans son linceul… Une traversée effrayante tapissée de sons graves, dramatisée par des cuivres et des percussions : terrifiant !

6. Un Déjeuner sur l’herbe aux sonorités du jazz

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863

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Huile sur toile • 208 × 264,5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris

Plus qu’une chanson en l’honneur du chef-d’œuvre d’Édouard Manet (1832–1883), le Déjeuner sur l’herbe de Claude Nougaro (1929–2004) est un hymne à la peinture impressionniste : « À se croire dans un tableau d’Auguste Renoir » ; « On repart à Toulouse-Lautrec »… En 1998, le chanteur et amateur de jazz décrit un pique-nique alcoolisé et gourmand, égayé de percussions et de longues notes au saxophone. Et rien ne lui échappe, pas même le petit oiseau volant au-dessus des personnages dans le tableau peint en 1863 : « Pour l’oiseau laissons les gâteaux secs. C’est parfait. » Un morceau de poésie très entraînant !



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