Call of Duty – Black Ops Cold War, un savoureux revival des 80’s dans une solide campagne solo


Sorti le 13 novembre, “Call of Duty Black Ops Cold War” est la dernière livraison annuelle de la franchise phare de l’éditeur Activision, qui déroule son récit comme un pur Actioners du début des années 80. Réjouissant.

Activision

Call of Duty, la franchise vidéoludique annuelle (et milliardaire) d’Activision, est un peu, voire beaucoup, devenue au fil des ans son propre genre : blockbuster, dans son acceptation la plus hollywoodienne du terme. Ces dernières années, l’éditeur s’est surtout borné à conjuguer la guerre au futur plus ou moins lointain, entre les Call of Duty : Advanced Warfare, Infinite Warfare, Black Ops III, et même les opus précédents. Infinite Warfare d’ailleurs atteignait une sorte d’acmé dans la dérive, puisqu’on partait plus que jamais dans un délire SF tendance Battlestar Galactica, avec un grand méchant totalement anecdotique dans la campagne solo, incarné par Kit Harington. Bref, sans doute -et clairement- l’épisode de trop qui n’en finissait plus de creuser une veine qui commençait sérieusement à se tarir…

Après un excellent retour aux racines historiques de la licence avec Call of Duty : WWII en 2017, et un COD : Black Ops 4 privé de campagne solo, l’éditeur s’offrait l’an dernier un rétropédalage en règle avec un solide COD : Modern Warfare. Bien rythmée, nerveuse, toujours mise en scène comme un blockbuster mais sensiblement plus nuancée qu’auparavant, l’expérience solo du titre était tout à fait recommandable.

Qu’en est-il de la dernière livraison annuelle ? Orchestrée par les studios Treyarch et Raven Software (avec quand même le renfort des bataillons issus des studios Beenox, Demonware, High Moon Studios, Activision Shanghai et Sledgehammer Games), la licence revient à la saga des Black Ops, qui est -il n’est pas inutile de le rappeler-, la série n°1 de la licence COD. En l’occurence ici, il s’agit du 5e jeu de la saga des Black Ops. Mais le récit de sa campagne solo a été conçu comme une suite au premier volet sorti il y a dix ans. Et, tout comme son aîné, ce Black Ops millésime 2020 replonge le joueur dans les affres et coup tordus de la CIA durant de la Guerre Froide, avec son chapelet de missions derrière les lignes ennemis, traque de cellules dormantes soviétiques en plein coeur des Etats-Unis, assassinats ou captures de témoins, menace terroriste taille XXXL avec arme atomique à la clé, retournement d’agents plus ou moins doubles…

Le Revival des 80’s

Pour mettre en musique cette nouvelle campagne, qui débute quelques années après les événements de Black Ops premier du nom, le studio a fait appel au scénariste hollywoodien David S. Goyer, bien connu des fans des Batman de Nolan (et que nous avons eu le plaisir d’interviewer en exclusivité, à lire ici). Si d’autres talents hollywoodiens ont déjà par le passé collaboré à l’écriture des campagnes solo des jeux Call of Duty (Stephen Gaghan notamment), l’éditeur Activision n’a pour ainsi dire jamais vraiment mis en avant leur travail; exception faite naturellement des têtes d’affiches qui ont occupé le devant de la scène, avec plus ou moins de bonheur. David S. Goyer n’est pas en terrain inconnu : c’est lui qui avait soufflé et tricoté les récits des deux premiers volets de la saga Black Ops.

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Loin des canons des films d’espionnages propre à la Guerre froide, entre L’espion qui venait du froid, Gorky Park, La Lettre du Kremlin, Les Trois jours du Condor, Un espion de trop, ou même la récente (et formidable) série The Americans, pour ne citer qu’une poignée de références, cette campagne solo de Black Ops Cold War lorgne plutôt vers les Actioners des années 80 qui fleuraient bon la VHS dans les vidéo-club. Un constat qui n’est du reste pas un défaut.

Parachuté en pleine réunion avec le président des Etats-Unis Ronald Reagan, trois ans d’ailleurs avant qu’il ne qualifie l’Union Soviétique comme “empire du mal”, le joueur retrouve trois visages bien connus de la licence, les agents Woods, Mason et Hudson. L’heure est grave. La CIA a reçu des renseignements concernant un agent opérationnel soviétique du nom de “Perseus”, qui a été affecté à une mission destinée à modifier le cours du conflit. Une équipe spéciale est donc mise sur pied pour le traquer et le mettre hors d’état de nuire, sous la tutelle d’un nouveau venu. Homme au passé trouble et aux motivations nébuleuses répondant au nom de Russell Adler, dont le look savamment étudié (rouflaquettes et lunettes de soleil aviateur) fait furieusement penser à Robert Redford dans Les Trois jours du Condor, ce qui n’est certainement pas un hasard, il est le responsable de la cellule d’intervention pour traquer Perseus. C’est que Adler a aussi un contentieux personnel à régler avec lui, alors qu’il le traque depuis près de quinze ans. Depuis l’époque où il enquêtait en pleine guerre du Viêtnam sur la présence de soviétiques sur le terrain.

Pensée et conçue à partir d’un hub, en fait un garage abandonné dans le Berlin Ouest situé non loin du fameux Checkpoint Charlie qui coupait la ville en deux, la campagne se décompose en missions qui vous expédieront aux quatres coins du globe, des montagnes de l’Oural au coeur de l’Amérique, en passant par Berlin Est, un aérodrome situé en Turquie, en Ukraine, et même au coeur de la Mère Patrie, au sein du coeur battant de l’URSS : le QG de la Loubianka, siège du KGB…

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Dans cette planque, il est possible de discuter avec les autres membres de la cellule, en leur demandant leurs avis sur tel ou tel aspect de la mission à venir, ce qu’ils pensent de leurs confrères, leurs passés, etc… Si leurs réponses ne changent pas fondamentalement, on a quand même pu observer quelques variations en fonction de l’ordre des questions posées, ou pas. Ca n’a pas d’incidence sur le déroulé de l’histoire, mais a le mérite de donner un peu plus de chair aux personnages et leurs motivations. Elément intéressant, vous serez amené dès le début à établir le profil / background de votre personnage, qui répond au pseudonyme de “Bell”. Selon le choix de votre profil psychologique, qui comporte deux traits dominants (agressifs, tête brulées, parano, etc…), cela vous donnera un boost au cours de la campagne durant les combats, comme une augmentation des dégâts au détriment de la précision, capacité d’emport de munitions élargie, possibilité de sprinter plus longtemps… C’est plutôt bien vu.

Mais il y a plus : vous récupèrerez au cours de vos missions différentes preuves et indices, comme des messages codés, cassette audio, articles de Presse… Avec lesquels vous devrez résoudre des énigmes (pas bien méchantes non plus, on n’est pas dans un puzzle game…) qui vous serviront à deverrouiller deux missions bonus secondaires, aussi sympathiques que malheureusement bien trop courtes, hélas.

Un background passionnant… Si on creuse un peu

Mine de rien, et pour qui se passionne un peu sur la période, on sent que le studio (et accessoirement David S. Goyer derrière le script de l’histoire) s’est beaucoup documenté et sourcé sur l’époque. Si Perseus est le nom de code d’un authentique espion de l’Union Soviétique qui aurait violé la politique de sécurité nationale des États-Unis en infiltrant le laboratoire national de Los Alamos pendant le développement du Projet Manhattan, de nombreuses missions dans le jeu s’inscrivent dans un contexte authentique. Comme celle se déroulant durant la guerre du Viêtnam, au cours de l’opération Fracture Jaw. Une opération ultra secrète initiée par le général en chef US Westmoreland, qui dirigeait les troupes américaines au Viêtnam, qui visait à déployer des armes nucléaires au Sud Viêtnam, dans la perspective éventuelle de s’en servir contre les troupes nord-viêtnamiennes. Une opération tellement secrète que même la Maison Blanche n’en fut pas avisée, avant qu’elle ne découvre les faits en février 1968.

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Si la campagne solo de ce Black Ops Cold War coche logiquement toutes les cases propres à la licence, avec ses séquences en Roller Coaster (et dès le début d’ailleurs, comme cette course-poursuite sur le tarmac d’un aérodrome que n’aurait pas renié un Michael Bay), notre préférence va cependant et presque paradoxalement aux missions d’infiltrations ou, disons, plus posées, dont la satisfaction est malheureusement amoindrie par une I.A. ennemie à minima très permissive, voire dans certains cas carrément aux fraises…

On décernera donc une mention spéciale à celle visant à vous faire traverser Berlin Est de nuit, alors que les membres de la Volkspolizei (les forces de la police de la RDA) quadrillent les quartiers. Et, plus encore, celle visant à carrément infiltrer le QG de la Loubianka, le siège du KGB, en vous plaçant dans la peau d’un indic haut gradé travaillant pour la CIA et responsable de la sécurité du bâtiment. Dans cette mission, plusieurs approches sont possibles pour remplir vos objectifs. Combiné à cela différents choix possibles dans d’autres missions, avec différentes fins possibles au terme de la campagne, ces embranchements et choix offerts aux joueurs sont une vraie bouffée d’oxygène, certes mesurée vu le pedigree de la licence, mais bien réel. On ne va donc pas se priver de saluer l’initiative, en espérant que les prochains opus suivent cette idée. On adresse néanmoins un carton rouge à l’éditeur : il est franchement crispant de constater que l’on a toujours pas le choix sur les dialogues : à quand la possibilité d’avoir enfin la vostf ? Entendre Mikhaïl Gorbatchev ou Ronald Reagan parler la langue de Molière, on a vu nettement mieux côté immersion…

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Emballé dans un écrin visuel plutôt propre, avec ça et là de beaux effets de lumière (et la sensation étonnante procuré par les retours haptiques de la manette de la PS5), ce Black Ops Cold War ne donne pas non plus l’impression de tutoyer les sommets en la matière. Mais le titre de Treyarch / Raven Software continue quand même de creuser l’approche visuelle du précédent volet sorti l’an dernier, avec parfois un souci du détail auquel la franchise ne nous avait pas habitué auparavant. Un point plutôt positif donc, sinon encourageant.

Avec son récit qui a toujours des allures de montagnes russes, mais qui sait aussi se poser, loin des rythmes absolument frénétiques (et épuisants) qu’on a pu connaître dans certains opus précédent, cette campagne solo se suit in fine avec un vrai plaisir; d’autant qu’elle est gratifiée d’un twist scénaristique malin et bien vu, dont on se gardera évidemment de vous révéler la teneur. Si on a aussi pu passer un peu de temps sur l’indéboulonnable volet zombie du jeu, baptisé cette année Die Maschine, qui fait toujours office de bonus complémentaire toujours appréciable, on ne se prononcera pas sur le volet multijoueurs du titre. On plaide donc coupable, avec circonstances atténuantes quand même; vu qu’il est un peu difficile de justifier sa présence d’un point de vue éditorial.

 



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