Au MAC VAL, le corps comme lien au monde


Charlotte Moth, à mains (pas tout à fait) nues

« À mains nues. » Le titre de l’exposition résonne immédiatement avec l’une des premières œuvres du parcours : trois mains en bronze à échelle 1 (Living Images, 2015), sculptées par la Britannique Charlotte Moth (née en 1978). Sortant du mur telles le Passe-muraille de Marcel Aymé, ces trois membres hyperréalistes tiennent entre leurs doigts divers objets communs : une paille, une balle, un support en plastique. Elles réinventent l’idée même du socle, et mettent en évidence le travail de la main, la grâce du mouvement, la précision du détail. Elles brouillent aussi, non sans humour, le centre de l’attention : doit-on regarder la main, ou ce qu’elle tient ?

Charlotte Moth, Living Images , série « Living Images »

Charlotte Moth, Living Images, série « Living Images », 2015

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Bronze, bois, plastique, papier • Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France / © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

Annette Messager, de sang et d’eau

Est-ce une déclaration d’amour ? Dans « À mains nues », le MAC VAL réunit toutes les œuvres qu’il possède de la grande Annette Messager (née en 1943)… dont cette rare aquarelle intitulée My Own Prophet (2017). On pense un peu à Louise Bourgeois et à ses œuvres sur papier si rouges qu’elles en semblent sanglantes, et qui abordent de front la question du corps et du désir. Ici, Annette Messager prend le pinceau pour donner chair à une figure bien connue du féminisme contemporain : une militante Femen, seins nus, la poitrine scandant « I am my own prophet » en guise de provocation anti-cléricale. Avec ses éclats de peinture et son cadrage renversé, cette impressionnante aquarelle saisit à merveille un élan révolutionnaire, qui n’est pas sans rappeler le bras levé de La Liberté guidant le peuple (1830) d’Eugène Delacroix.

Annette Messager, My Own Prophet

Annette Messager, My Own Prophet, 2017

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Acrylique sur papier • 66 × 85 cm • Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

Bianca Argimón, match nul

Que c’est drôle ! Née en 1988, l’artiste franco-espagnole Bianca Argimón a eu une idée de génie en peuplant un véritable baby-foot de figurines en céramique émaillée, mettant en scène des mini-joueurs en bien piteux état. Affalés sur le sol, se tenant la tête dans un geste de dépit, les petits bonshommes sont figés dans une posture déplorable de blessé. Riant de l’image d’Épinal du sportif-comédien grimaçant sous l’œil sévère des supporters, Bianca Argimón s’empare d’un épisode célèbre (le coup de tête de Zinedine Zidane à son adversaire Marco Materazzi en 2006, qui donne son titre à l’œuvre : Materazzi), pour parler du sport-spectacle, impitoyable… et un peu ridicule.

Bianca Argimón, Materazzi

Bianca Argimón, Materazzi, 2016-2017

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Hêtre, métal, résine, céramique émaillée • 85 × 124 × 72 cm • Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Photo © Aurélien Mole

Esther Ferrer, la réappropriation de soi

Débutée dans les années 70, la série des Mains féministes a suivi Esther Ferrer (née en 1937) durant quatre décennies. L’artiste espagnole s’est inspirée de gestes observés dans les manifestations féministes : les mains sont réalisées à partir de rayogrammes découpés, et collés autour de photos d’elle-même. Seul son regard, perçant et franc, apparaît ainsi dans cet autoportrait. Simple dans sa composition, cette œuvre veut représenter autrement le corps des femmes, tant de fois peint et photographié par des hommes comme un objet de désir et de convoitise, pour en donner une vision incarnée… et propre au regard féminin.

Esther Ferrer, Mains féministes #2

Esther Ferrer, Mains féministes #2, 1977 – 2012

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Tirage photographique • 52,5 × 73 cm • © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

Jean-Luc Verna, la main-escarpin

Une main, encore, mais décidément pas banale ! Dessiné en 2001 par l’artiste Jean-Luc Verna (né en 1966), cet Escarpin d’Afrique enchante avec son tourbillon d’étoiles – de simples autocollants ! – et trouble avec ce drôle de pied-main au pouce tendu comme un talon aiguille. Habitué des lieux depuis sa rétrospective en 2016 (dont le titre génial était : « – Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ? – Non »), Jean-Luc Verna a fait de son corps une œuvre d’art entièrement tatouée, percée, ornée ; également musicien, chorégraphe, danseur, l’artiste poursuit une réflexion multiple sur le corps qu’il soumet à tous les travestissements, jusque dans ses dessins-tatouages sur papier couleur chair.

Jean-Luc Verna, L’escarpin d’Afrique

Jean-Luc Verna, L’escarpin d’Afrique, 2001

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Transfert sur papier, crayon, fard, autocollants, laque • 32 × 49 cm • Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

Edi Dubien, l’adolescence flottante

Haute de trois mètres et large de deux, cette immense toile d’Edi Dubien (né en 1963) accueille le visiteur comme dans un rayon de lumière. Une lumière très douce, de tombée du jour, à l’heure où les contours se délitent et les identités muent… Intitulée L’Aube de mon corps, elle a été réalisée par l’artiste en mars 2020, alors que les portes et les visages se fermaient au monde. Les yeux baissés, le torse frêle, le jeune homme échappe au regard comme aux normes, Edi Dubien aimant à troubler le genre de ses personnages. L’eau dans laquelle il baigne ses mains, où flottent quelques nénuphars, s’éloigne dans un horizon invisible et fait corps avec le ciel brumeux… L’incertitude règne – la douceur aussi.

Edi Dubien, L’Aube de mon corps

Edi Dubien, L’Aube de mon corps, mars 2020

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Acrylique sur toile • 300 × 200 cm • Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

Abraham Poincheval, la tête dans les nuages

Hiberner dans le ventre d’un ours, s’enfermer dans une pierre, traverser la Bretagne en armure, couver des œufs de poule… Célèbre performeur né en 1972, Abraham Poincheval a multiplié depuis le début des années 2000 les expériences stupéfiantes, étonnant le public et passionnant la critique. Son film Walk on Clouds (2019), réalisé pour la dernière Biennale de Lyon, s’étire sur plusieurs mètres d’écran et nous invite dans les nuages, où l’artiste s’est filmé en marcheur des étoiles. Un rêve fou, limpide, lumineux.

Abraham Poincheval, Walk on Clouds, vue de l’exposition de la collection « À mains nues », MAC VAL 2022 – 2023

Abraham Poincheval, Walk on Clouds, vue de l’exposition de la collection « À mains nues », MAC VAL 2022 – 2023, 2019

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Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

Gaëlle Choisne, l’invitée très particulière

Une exposition autour du corps ne saurait se passer de vie. C’est pourquoi la plasticienne Gaëlle Choisne (née en 1985) a été conviée à interagir avec la collection du MAC VAL, autant qu’avec son architecture et ses visiteurs. À eux, elle déclare : « J’essaie de vous dire que vous êtes uniques, originaux.ales et impossible d’être interchangeables, vous êtes des créatures singulières à aimer et je vous invite à commencer par vous-mêmes. » Comment ? En s’emparant de ses installations sportives (venez en tenue, personne ne vous arrêtera si vous souhaitez y faire votre entraînement de gymnastique !), en se faisant masser les mains par une professionnelle (tous les premiers samedis du mois), en s’installant sur un podium en forme de larme géante, larme où se sont nichés des bijoux comme des éclats de lumière, en s’asseyant à sa table pour lire quelques ouvrages soigneusement sélectionnés… Ou quand l’art devient une expérience physique.

Gaëlle Choisne, La Larme arc-en-ciel

Gaëlle Choisne, La Larme arc-en-ciel, 2021

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Bois, liège recyclé, peinture, objets incrustés • © Adagp, Paris 2022. Photo © Aurélien Mole

De janvier 2022 à septembre 2023

www.macval.fr



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