American Woman avec Sienna Miller sur OCS : “Le courage est l’une des choses les plus émouvantes au cinéma” – Actus Ciné


Sienna Miller évoque le drame “American Woman”, présenté au Festival de Deauville 2019 et diffusé ce 6 septembre sur OCS. Un drame poignant dans lequel elle tient l’un de ses plus beaux rôles.

Scott Free Productions

Il y a tout juste un an, le Festival du Cinéma Américain rendait hommage au travail de Sienna Miller et permettait au public de découvrir l’un de ses plus beaux rôles : celui d’American Woman, drame sur fond de disparition d’enfant signé Jake Scott (fils de Ridley) dont elle est la tête d’affiche. L’occasion de revenir, avec elle, sur ce personnage bouleversant et quelques aspects de sa carrière.

AlloCiné : « American Woman » est un film fort mais difficile, mais vous parvenez quand même à apporter un peu de légèreté, à le rendre plus lumineux.
Sienna Miller : Oui, Deb est drôle. Et elle n’abandonne jamais. Je crois que c’est ce qui m’a plu avec ce personnage : elle possède des choses que je vois tout le temps chez les femmes, mais qui ne sont pas souvent représentées au cinéma. J’aime cette idée qu’elle ne paraisse pas respectable au premier abord mais que vous finissiez par la respecter à la fin, vu la façon dont elle a grandi et changé. Il s’agit pour moi de trois itérations d’un même personnage. J’ai aimé être celle à qui l’on confie le soin de raconter une histoire pour une fois (rires) C’est plaisant de ne pas avoir à marquer les esprits avec un rôle plus petit, et d’être capable d’établir quelque chose intégralement. Et je l’adore !

C’est la première fois que je faisais ça sans un partenaire masculin en haut de l’affiche avec moi. Il m’est techniquement déjà arrivé d’être l’actrice principale, mais il y avait quelqu’un d’autre à mes côtés. Ça m’a donc paru nouveau. Et j’ai vu le parcours de mon personnage comme une odyssée à travers la vie. Jake a fait un super boulot, car dans ce genre d’histoire il y a beaucoup de facilités qui peuvent vous faire basculer dans le sentimentalisme par exemple. Ce que je trouve intéressant, dans American Woman, c’est ce que le film ne montre pas : Deb ne va pas craquer. Si elle prend des coups, elle se relève. Et je respecte beaucoup cela, car je le vois chez des femmes.

Les femmes voient plus de films que les hommes et méritent d’être représentées de la sorte

En quoi ce personnage était proche de vous ?

Elle est résiliente. J’ai moi aussi pris quelques coups, et je me suis relevée (rires) Je n’ai jamais été confrontée à ce type de tragédie mais, en tant que mère, je me suis demandée quel serait mon pire cauchemar, et ce serait ça. Et j’ai pu être comme Deb dans le premier acte par le passé : une grande gueule qui ne cesse de bouger. Je voulais d’ailleurs qu’elle soit toujours en mouvement pour que le choc l’aide être devenir plus posée. Et j’ai en quelque sorte suivi le même cheminement en grandissant en tant qu’actrice. J’arrive à associer ces chapitres de sa vie à la mienne. Mais j’aime son courage. Le courage est, pour moi, l’une des choses les plus émouvantes au cinéma, et le scénario était très joliment écrit, avec beaucoup de naturel.

“American Woman” fait figure d’exception dans le paysage cinématographique actuel, car il semble aujourd’hui plus difficile pour des femmes de trouver des rôles aussi forts, que l’on voit davantage dans les séries.
Oui c’est vrai. Il est rare de pouvoir lire ce type de scénario. Rare de voir ce genre d’histoire, et je n’en ai d’ailleurs pas beaucoup vu en grandissant. Mais tout dépend du fait que les gens le voient ou non. American Woman un petit film et il est difficile de faire déplacer le public pour le voir. Mais l’impact sera peut-être plus fort à la télévision, car les gens sortent moins de chez eux qu’avant. Je pense que les femmes voient plus de films que les hommes et méritent d’être représentées de la sorte. Mais les choses changent, et elles n’étaient pas équilibrées avant.

Les répercussions de l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo participent-ils à ce changement ?
Je sens qu’il y a du progrès. Il y a une partie de cette industrie qui a été opaque et les femmes ont été maltraitées. Grâce aux réseaux sociaux qui permettent l’expansion de ce type d’information ou le fait que des millions de gens discutent d’un sujet quelques secondes après qu’il se soit produit, la voie peut être pavée pour d’éventuels vrais changements. Pour ce qui concerne le fait que les femmes soient sous-payées, ce qui est vrai problème dans ce milieu, il y a beaucoup plus de transparence quant à ce que les gens touchent, et beaucoup plus de courage de la part des femmes pour ne pas accepter quelque chose d’injuste. Mais le combat continue et les femmes sont immensément puissantes. L’engouement d’un homme pour une femme a renversé des royaumes, et en répercussion de ce pouvoir, les hommes ont réprimé les femmes, donc j’aime cet état de soulèvement.

Vous avez vous-même face à ce sexisme ?
Non, jamais… (rires) Bien sûr que oui. Bien sûr que j’ai été victime de sexisme. Il m’est arrivé d’entrer dans une pièce remplie d’hommes et de me sentir intimidée et inférieure. Ou que l’on pense de moi que j’étais banale, ou jolie, mais que l’on ne me prenne pas au sérieux. Je n’ai jamais subi de harcèlement sexuel sur un plateau, on ne m’a jamais offert un rôle en échange de faveurs sexuelles, dieu merci ! J’ai fait l’expérience du harcèlement sexuel dans la vie, de la même façon que tout le monde autour de cette table a vécu ce problème. Mais le pire c’est que je l’ai accepté. Et c’est très difficile de mettre en sourdine la voix qui te dit “Je suis contente d’être ici, j’ai de la chance”, pour dire que je veux être estimée pour ce que je fais. Et répondre à ce type d’hommes : “Ok tu as eu un orgasme, moi j’ai fait grandir un être humain en moi et je lui ai donné la naissance, donc tu peux aller te faire foutre (rires) Car je suis sans doute plus forte que toi.” Quand on fait le calcul, c’est effarant. “Merci pour ta contribution à l’humain que je viens de produire. Maintenant va-t-en.” J’aime les hommes et j’ai de super amis masculins ainsi qu’un père merveilleux. Je les respecte mais je pense qu’il devrait y avoir une égalité.

Scott Free Productions
Sienna Miller dans “American Woman”

Il y a d’ailleurs de bons rôles masculins dans “American Woman”.
Oui, le personnage de Terry [joué par Will Sasso, ndlr]. Je suis content que l’on ait quelqu’un qui aide cette femme et, lorsque j’ai découvert le scénario, je me suis battue contre le fait qu’elle le quitte après qu’il ait eu une aventure. Je voulais que cette relation dure, pour le bien du petit-fils, mais Jake était ferme et me disait qu’elle devait partir. Ce que je comprends maintenant. Bien sûr, les gens peuvent faire des erreurs et pardonner aux autres. Mais elle a vécu tellement de choses éprouvantes qu’elle n’a plus la force de lui pardonner cette faiblesse. J’imagine qu’elle est depuis devenu lesbienne et a dit stop avec les hommes (rires)

Vous êtes ce que l’on appelle une “character actress” [une actrice qui interprète principalement un type particulier de personnage plutôt que des premiers rôles]. Quelle est votre méthode pour disparaître derrière un personnage comme celui-ci ?
Il n’y a pas vraiment de méthode dont je pourrais parler. Travailler sur un personnage est pour moi une expérience intérieure. Je ne prends pas de note mais je lis des choses, je me balade, je laisse les choses s’imprégner en moins de plus en plus profondément. Je passe cependant du temps à travailler un accent, et ce travail vocal aide à rendre un rôle concret. Mais sur ce projet, dès le moment où j’ai lu le scénario, j’ai su qui elle était, je l’ai clairement vue. Je n’avais jamais eu de réaction aussi gutturale auparavant. Mais mon but est bien de disparaître derrière un personnage. Il y a comme un soulagement dans le fait de s’abandonner pour un temps.

Le monde change à un rythme que j’ai, personnellement, du mal à suivre

A quel point est-il difficile de faire exister ce type de projet indépendant aux États-Unis, face aux blockbusters comme ceux de Marvel et à l’importance grandissante des plateformes de streaming ?
C’est devenu presqu’impossible. Ce n’est pas ce que les gens veulent voir. Ils ne vont plus vraiment au cinéma et préfèrent regarder ce qu’il y a sur les plateformes de streaming, ce qui me fend le cœur. Si votre film n’est pas une grosse machine… Je pense que peu de gens ont vu ce film aux États-Unis, mais qu’il aura peut-être une seconde chance grâce à la télévision. Le monde change à un rythme que j’ai, personnellement, du mal à suivre. Je continue de fréquenter les petits cinéma d’Art & Essai pour y voir des films, car j’adore cela.

C’est pourquoi des festivals comme celui de Deauville sont importants, vitaux même, pour des films tels que “American Woman”.
Tout à fait. Cela permet aux gens de le voir, et rien ne remplace l’impact émotionnel qu’un film peut avoir sur vous. Une musique ou une peinture peuvent bien sûr avoir de l’impact, mais le film touche les gens d’une manière qui est si noble.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 7 septembre 2019

“American Woman” est diffusé sur OCS le dimanche 6 septembre :



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