Académie d’Agriculture de France – Les zoonoses


Les zoonoses sont des maladies infectieuses ou parasitaires habituellement transmises des animaux à l’être humain, mais aussi éventuellement et réciproquement. Certaines ont longtemps été considérées très graves pour la santé humaine (par exemple la rage, la tuberculose bovine, la morve, au XIXe siècle), ont été quelque peu oubliées dans les années 1980-1990 dans les pays développés, qui croyaient avoir résolu la plupart des problèmes infectieux connus. Depuis les années 2000, les maladies infectieuses, et notamment les zoonoses, ont fait un retour remarqué dans le paysage sanitaire mondial.

Quelques précisions sur la définition

L’Homme est un mammifère apparu sur la terre postérieurement à la plupart des espèces animales et il n’est donc pas surprenant qu’il partage un certain nombre d’agents pathogènes avec d’autres mammifères, voire d’autres animaux vertébrés (oiseaux notamment).

La plupart des maladies infectieuses ou parasitaires humaines pourraient donc être qualifiées de zoonotiques, si l’on ne tenait compte que de l’origine des agents pathogènes humains. En conséquence, il est important de bien distinguer les maladies d’origine zoonotique – dont les agents pathogènes se sont si bien adaptés à l’être humain qu’ils lui sont devenus quasiment spécifiques (comme la grippe humaine ou le sida) – des maladies transmises habituellement par des animaux à l’Homme.

De très nombreuses zoonoses existent, et il est donc essentiel de tenter de les catégoriser en fonction de leur impact sur la santé humaine et de leur risque d’apparition : en zoonoses majeures (rage, tuberculose bovine, peste humaine, Ébola…), zoonoses graves (brucellose, échinococcose multi alvéolaire…), zoonoses mineures (teigne, rouget…), zoonoses exceptionnelles et bénignes (fièvre aphteuse). Le classement des zoonoses dans ces différents groupes est variable dans le temps et dans l’espace, ainsi qu’en fonction des catégories de personnes exposées. Par exemple, si une toxoplasmose est bénigne pour un adulte sans facteur de risque, elle peut avoir de graves conséquences pour une femme enceinte n’ayant jamais rencontré antérieurement ce parasite.

Lire aussi article :  Chronologie des médias : un aménagement exceptionnel inscrit dans le projet de loi d’urgence - Actus Ciné

Quelques modes de transmissions majoritaires

Les modalités de transmission des zoonoses à l’Homme sont extrêmement diverses d’une maladie à l’autre, et pour une même maladie il peut y en avoir plusieurs. Pour chacune, la connaissance du mode, ou des modes, de transmission est essentielle, afin de limiter les risques d’exposition humaine. Habituellement, le regroupement des zoonoses en vue de leur prévention s’effectue donc par mode majeur de contamination humaine. Ainsi, les zoonoses peuvent se transmettre par contact cutané (voie cutanéo-muqueuse), par voie respiratoire, par consommation alimentaire ou par des arthropodes vecteurs.

Causes de l’expansion

Les agents pathogènes évoluent et tentent de s’adapter en fonction notamment des pressions de sélection qu’ils rencontrent. Ainsi la résistance aux antibiotiques de certaines bactéries est aujourd’hui un problème majeur. Les virus également, notamment ceux à ARN, subissent d’autant plus de mutations qu’ils circulent de manière importante dans leurs populations hôtes. Certaines de ces mutations sont adaptatives et permettent à de nouveaux variants d’échapper aux défenses immunitaires : les virus grippaux humains constituent des exemples marquants de ces évolutions provoquant chaque année des épidémies de grippe.
Sous l’influence du réchauffement climatique, les vecteurs (arthropodes assurant la diffusion de certains agents pathogènes) se développent, accélèrent leur cycle de multiplication et conquièrent de nouveaux territoires en véhiculant avec eux les bactéries, parasites ou virus dont ils assurent la multiplication et la transmission.

Ainsi, le moustique tigre (Aedes albopictus) a progressivement envahi une grande partie de la France (alors qu’il en était totalement absent il y a encore une dizaine d’années), provoquant ponctuellement des micro-épidémies autochtones de dengue ou de Chikungunya. Certains réservoirs (notamment des micromammifères) se multiplient également anormalement dans certaines zones, et cela conduit à un développement des cas de maladies dont ils sont réservoirs.

Lire aussi article :  La Biélorussie accuse l'Occident de «provoquer» la crise migratoire pour imposer de nouvelles sanctions

Modalités de lutte

Quels que soit les objectifs de la lutte, il convient de définir les méthodes à mettre en oeuvre dans un contexte précis, donc de tenir compte des paramètres suivants :

  • La fréquence de la maladie humaine, mais également sa gravité. Ainsi, si la teigne est beaucoup plus répandue que la brucellose, les gravités respectives des deux zoonoses ne sont pas de même nature. La teigne ne fait d’ailleurs l’objet d’aucune mesure de lutte collective.
  • La faisabilité et l’importance des mesures chez l’animal, au regard de leur efficacité sur le contrôle de la maladie chez l’Homme. C’est ainsi que les mesures de démoustication généralisée, prises lors de l’apparition du virus West Nile dans l’État de New York en 2000, ont rapidement été abandonnées.
  • Les rapports coût/efficacité et coût/bénéfice des mesures de lutte sont particulièrement importants quand ces mesures concernent des espèces animales domestiques de rente. Les abattages généralisés de volailles pour lutter contre l’influenza aviaire, en Asie du Sud-Est en 2004, ont montré leurs limites.

Les modalités de lutte contre les zoonoses doivent impérativement être liées au cycle de chaque zoonose (entretien dans la nature, et modalité de transmission à l’être humain). Il est donc impossible d’avoir des modalités de lutte identiques contre toutes les zoonoses.
Pour certaines zoonoses particulièrement graves, dont le réservoir correspond à des animaux d’élevage, il est possible de tenter d’assainir le compartiment élevage par des mesures souvent très lourdes et onéreuses, pouvant s’avérer efficaces. C’est ainsi que la France a éradiqué la brucellose chez toutes les espèces de ruminants, maîtrisant par là les principaux risques de transmission à l’Homme (voie cutanéo-muqueuse pour les personnes en contact avec ces animaux et voie digestive par la contamination de lait infecté).

Académie d’Agriculture de France



Source link