À Bordeaux – Trois Chinois condamnés à de la prison ferme pour trafic de civelles


Trois Chinois ont été condamnés à de la prison ferme vendredi à Bordeaux dans le cadre d’un trafic de civelles (jeunes anguilles), espèce protégée et menacée d’extinction mais très prisées en Asie, a-t-on appris auprès de l’avocat de la partie civile.

Absents à l’audience, deux prévenus ont été condamnés à cinq ans de prison dont trois avec sursis et un troisième à un an ferme, au-delà des réquisitions du parquet qui étaient de trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis pour les deux principaux protagonistes, a indiqué à l’AFP Me François Ruffié, qui défendaient les intérêts de France Nature Environnement (FNE). Un mandat d’arrêt a par ailleurs été lancé contre les deux principaux protagonistes, selon la même source. Le troisième est considéré comme un « chauffeur ».

« Ce sont des peines importantes, nous espérons que ce jugement va faire du bruit en Chine », a indiqué Me Ruffié. « C’est un gros réseau, très organisé. On a trouvé des traces de leur passage à Nantes, en Espagne et au Portugal. L’un d’entre eux est mis en examen dans ce (dernier) pays ». Braconnées sur la côte atlantique française, les civelles sont souvent acheminées en Espagne ou au Portugal pour être expédiées en Asie.

Selon Me Ruffié, la représentante du ministère public a fait à l’audience le parallèle entre la contrebande de civelles et le trafic de stupéfiants. Les trafiquants « utilisent des téléphones dédiés, louent des voitures, prennent l’avion parfois sous de fausses identités et utilisent des maisons relais dans lesquelles ils conditionnent la marchandises dans des poches spéciales avec de la glace et de l’oxygène pour que les civelles arrivent vivantes en Chine et à Hong Kong, la plaque tournante de ce trafic, afin de les mettre en élevage », a détaillé l’avocat.

Reproduction impossible de ces poissons en captivité

L’anguille se reproduit en mer des Sargasses, en Atlantique Nord. Portées par les courants, les larves voyagent ensuite sur plusieurs milliers de kilomètres jusqu’aux côtes européennes, parfois pendant plusieurs années. Les alevins remontent ensuite les rivières, où ils grandissent et se nourrissent dans la vase. Adultes après une vingtaine d’années, les poissons retournent vers les Caraïbes pour s’y reproduire et mourir. Il est impossible de les faire se reproduire en captivité et les anguilles doivent d’abord être pêchées à l’état larvaire pour être élevées.

Alors que l’exportation d’alevins d’anguilles est interdite hors de l’Union européenne, le trafic vers les marchés asiatiques est estimé à plusieurs milliards d’euros, selon l’association Sustainable Eel Group. Les trois prévenus avaient été placés en détention provisoire après leur arrestation à Tarascon-sur-Ariège en 2019. Ils étaient en possession de 50 kilos de civelles, pour une valeur marchande de 1 000 euros le kilo sur le marché illicite. Remis en liberté sous contrôle judiciaire début 2020, ils avaient quitté le territoire. Leurs avocats toulousains avaient indiqué jeudi à l’AFP ne pas avoir de nouvelles de leurs clients, qui seraient à l’étranger, en Chine et en Espagne.



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