6 cinémas parisiens joyaux du patrimoine


1. Le plus touristique : le Grand Rex, New York sur les Grands Boulevards

Avec ses avant-premières, ses concerts et ses visites en coulisse, le Grand Rex est l’un des points chauds des Grands Boulevards, où il a été construit en réplique du Radio City Music Hall de New York. L’immense cinéma porte l’empreinte du début des années 30 et de ses envies de démesure : commandé par le très riche producteur Jacques Haïk, également à l’origine de la reconstruction de l’Olympia, il a été dessiné par l’architecte Auguste Bluysen et l’ingénieur John Eberson pour devenir le plus grand cinéma d’Europe. Rien que ça ! La façade, ses vertigineuses colonnes et ses motifs géométriques sont manifestes de l’Art déco alors en vogue : ils ont été dessinés par le sculpteur Henri-Édouard Navarre et répondent à l’opulence de la grande salle typique des « salles atmosphériques » de l’époque, décorée par l’ébéniste et architecte d’intérieur Maurice Dufrène.

Le Grand Rex

1 boulevard Poissonnière, 75002 Paris

www.legrandrex.com

2. Le plus sophistiqué : le Louxor et son décor néo-égyptien

Dominant de sa hauteur l’éternel capharnaüm du carrefour de la station Barbès, le cinéma Louxor est l’un des phares de la nuit parisienne. Construit en 1921 par l’architecte Henri Zipcy, il a connu plusieurs propriétaires dont le puissant Pathé, a diffusé des centaines de films populaires, s’est spécialisé au cours des années 70 dans les films de réalisateurs extra-européens avant de se transformer en boîte de nuit homosexuelle dans les années 80… Fermé de 1988 à 2013, il a été rénové et s’impose en incontournable avec sa décoration Art déco, ses trois salles dont une immense et jaune soleil, et (surtout) sa façade néo-égyptienne tout en mosaïques polychromes et décors luxuriants. Une fantaisie digne d’une Exposition universelle.

170 boulevard de Magenta, 75010 Paris

www.cinemalouxor.fr

3. Le plus exotique : la Pagode, une réouverture prochaine

Si le Louxor nous mène dans une ancienne Égypte de pacotille, la Pagode joue elle aussi la carte du dépaysement et s’inspire du Japon, avec une architecture tout en toits courbes et de superbes boiseries noyées dans la verdure. Fermé depuis 2015, le cinéma qui rouvrira ses portes en 2022 a sans doute été quelque peu oublié des Parisiens, qui le connaissaient autrefois pour sa programmation de films d’art et d’essai. Son histoire est amusante : la Pagode a été commandée par le patron du grand magasin Le Bon Marché, François-Émile Morin, à l’architecte Alexandre Marcel, féru de japonisme, pour offrir un lieu de réception hors normes à son épouse. Tout juste déballé, le joli cadeau a permis à madame Morin d’offrir une confortable dot à l’associé de son mari, pour qui elle l’a quitté la même année. Oups ! Transformée en cinéma en 1931, la Pagode est un bijou orné d’un étonnant jardin japonais (en plein 7e arrondissement !), que l’on a hâte de revoir.

Le cinéma La Pagode

57 bis rue de Babylone, 75007 Paris

 

4. Le plus poétique : le Studio 28, repaire de Cocteau

Cocteau l’a dit : « La salle des chefs-d’œuvre, le chef-d’œuvre des salles… » se trouve sur les pentes de Montmartre depuis 1928. Proche des artistes des avant-gardes, elle a projeté de rares œuvres cinématographiques – L’Âge d’or de Luis Buñel y fit scandale –, mais aussi des comédies américaines dès les années 30, avant d’accueillir, à l’orée du XXe siècle, le tournage du Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) de Jean-Pierre Jeunet. Sa petite façade illuminée de néons anime la rue Tholozé, mais c’est surtout à l’intérieur qu’on ouvre l’œil sur de superbes lustres conçus par le parrain du lieu, Jean Cocteau, en 1950. Au fond, un bar s’ouvre sur une petite terrasse cachée. Un adorable vestige du Montmartre authentique.

Le Cinema Studio 28, Montmartre

Le Cinema Studio 28, Montmartre

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© Frédéric VIELCANET / Stockimo / Alamy / Hemis

10 rue Tholozé, 75018 Paris

www.cinema-studio28.fr

5. Le plus Nouvelle Vague : le Champo, l’âme du Quartin latin

L’adresse est bénie : avant d’accueillir un cinéma, le 51 rue des Écoles était le numéro d’une librairie (et son sous-sol, où se trouve une deuxième salle, d’un cabaret) ! Imprégné de l’esprit intellectuel du Quartier latin, le cinéma d’art et d’essai le plus emblématique de Paris a ouvert en 1938 à deux pas de la Sorbonne. Sa façade géométrique et haute, qu’ornent des lettres épurées aux O bien ronds typiques de l’Art déco, signe son époque sans verser dans les extravagances du Grand Rex ou du Louxor. Quartier général de François Truffaut, le petit cinéma programme des nuits entières de projections suivies d’un petit-déjeuner et des rétrospectives de grands réalisateurs. Une adresse incontournable de la rive gauche.

Le cinéma Le Champo

© PE Forsberg / Alamy / Hemis

51 rue des Écoles, 75005 Paris

www.cinema-lechampo.com

6. Le plus méconnu : le MK2 Gambetta et sa superbe rotonde

On l’oublie volontiers, pourtant sa magnifique façade nous rappelle à l’ordre : le MK2 Gambetta, ancien théâtre remplacé par un cinéma en 1920, vaut absolument un détour par le 20e arrondissement. Il y a été construit par l’emblématique architecte Henri Sauvage, remarquable pour s’être adapté à différents styles au fil des époques (l’Art nouveau pour la Villa Majorelle de Nancy, l’Art déco à la Samaritaine…). Ici, les feuilles de palmiers stylisées et les masques de théâtre grimaçants viennent peupler une façade en courbe imprégnée du style des Années folles, classée aux Monuments historiques. On prend nos places ?

Le cinéma MK2 Gambetta

Le cinéma MK2 Gambetta

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6 rue Belgrand, 75020 Paris

www.mk2.com



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