48 heures à Trouville-Deauville, un bain de culture


SAMEDI. 10h40 – Départ sous les bombes

Arrivée à la gare de Trouville-Deauville, créée dans les années 1860, à l’instigation du duc de Morny, fondateur de Deauville. Certains vous feront remarquer l’antéposition – légitime ! – de Trouville, puisqu’elle existe depuis le Moyen Âge ! À gauche ou à droite du pont des Belges ? Suivons l’ordre historique et filons à l’est, vers Trouville-sur-Mer, nouveau terrain de jeu des street artistes. La regrettée Miss. Tic, M. Chat, et Fox in Trouville, que le confinement a poussé à sortir faire des pochoirs, la nuit, tel un renard. D’où son pseudo et les canidés qui alternent sur les murs du quartier Bonsecours avec des portraits de femmes emblématiques (Erykah Badu, Camille Claudel, Lou Salomé…). L’art urbain prend tant d’ampleur qu’il s’agirait de convier le public et des graffeurs de Caen à réaliser prochainement une fresque monumentale à Trouville (projet participatif en cours de discussion). Levez la tête ! Des fresques de l’affichiste et héros local, Raymond Savignac (1907–2002), habillent certaines façades.

Miss Tic, Street Art de l’Établissement des Bains

Miss Tic, Street Art de l’Établissement des Bains

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Quartier Bonsecours

Près de l’église Notre-Dame-du-Bon-Secours

3 Rue du Chancelier, 14360 Trouville-sur-Mer

11h30 – Autour de l’eau à la villa Montebello

Bienvenue chez la marquise de Montebello. Sa villa, érigée en 1865, passa entre les mains de sa belle-fille, qui finit par se remarier avec un Allemand. Et la maison d’être mise sous séquestre en 1917, en tant que bien appartenant à l’ennemi. Elle fut rachetée par le maire Fernand Moureaux, qui souhaitait y entreposer des œuvres d’art. Interrompu par la Seconde Guerre mondiale, qui fit du lieu un poste d’observation privilégié pour les Nazis, ce projet ne verra le jour qu’en 1972. Depuis, la villa Montebello, inscrite aux monuments historiques en 1987, présente des collections (peintures, arts graphiques, documents d’archives, vêtements…) axées sur la naissance des bains de mer et le développement de la villégiature sur la Côte Fleurie, ainsi que des expositions temporaires. Trois salles reviennent actuellement sur la représentation de l’eau chez Gustave Courbet (1819–1877), lequel passa trois mois à Trouville en 1865, après avoir dormi une nuit à la belle étoile. Peut-être y croisa-t-il notre marquise ? Les dépendances, en haut à gauche de la bâtisse, abritent des ateliers pour enfants, notamment pendant les vacances. Les communs, en contrebas, viennent d’être rénovés pour accueillir des résidences d’artistes. Ne serait-il pas temps d’accorder le même soin au bâtiment principal ? À bon entendeur…

La Villa Montebello
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Musée Villa Montebello

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Gustave Courbet. « Jeux d’eau, de la source à l’océan »

Du 2 juillet 2022 au 31 décembre 2022

www.trouville.fr

13h30 – Déjeuner aux petits oignons

L’expression française « il n’y pas un chat » vient du catalan : « il n’y a pas quatre chats ». Quelle bonne idée de nom pour un restaurant ! Comme pour conjurer le mauvais sort. Cette institution trouvillaise est, en effet, presque toujours pleine à craquer. Exit les couples et les groupes qui n’ont pas réservé. En revanche, on n’y refuse jamais un client solitaire. Telle est la règle d’or de cet établissement, âgé de trente ans exactement. Son fondateur, Serge Salmon, sait préserver l’intimité des célébrités qui lui rendent visite (Matt Damon, Johnny Depp, Jean Dujardin…) et bichonner les inconnus. Cet été, il envisage d’ouvrir un bar à huîtres dans la même rue. On s’en lèche déjà les babines. 

La devanture et l’intérieur du restaurant Les Quatre Chats

La devanture et l’intérieur du restaurant Les Quatre Chats

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8 Rue d’Orléans, 14360 Trouville-sur-Mer

Tél : 02 31 88 94 94

https://www.les4chats.com/

14h30 – Un atelier vitrail limpide

Vous avez toujours été fasciné par les vitraux ? Et si vous pouviez en fabriquer un ? Rendez-vous, pour ce faire, chez la lumineuse Nathalie Boulhaut, qui a ouvert son atelier, il y a quatre ans, dans les hauteurs de Trouville. « Expression et décoration ne sont qu’une seule et même chose ». Telle est sa devise… empruntée à Henri Matisse. Avant de mettre la main à la pâte (de verre), il convient de choisir entre la technique traditionnelle, au plomb, et la méthode au cuivre dite Tiffany, du nom du maître verrier américain. Le reste des gestes suit, dans la joie, la bienveillance et la bonne humeur.

L’atelier Toiles De Verres de Nathalie Bouhault

L’atelier Toiles De Verres de Nathalie Bouhault

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Les Toiles de verre

9 avenue d’Eylau, 14360 Trouville-sur-Mer

17h – Échappée 100 % artistique

À cinq minutes en voiture se trouvent Touques et son quartier des arts, lequel s’articule autour d’un lieu de culte désacralisé en 1791 : l’église Saint-Pierre. Il y a quarante ans, le baron Guy de Rothschild (1909–2007) offrait à la ville des écuries. Elles sont actuellement occupées par deux céramistes, Tony Mauger et David Guzman, une mosaïste, Nathalie de Fouquières, laquelle partage un espace avec Laurence de Marliave, peintre diplômée des Beaux-Arts de Paris qui vient de publier le best-of de ses paysages exécutés, en plein air, durant le confinement (Voyage autour de mon village). Depuis 2013, la galerie des créateurs propose une sélection de pièces uniques et de séries limitées autour d’un thème qui varie tous les deux mois. Quant au presbytère voisin, il accueille en ce moment Irina Shark, ancienne traductrice et interprète venue de Hong Kong pour poursuivre une carrière de sculptrice. Ce n’est pas tout ! Il est désormais question de transformer des habitations privées en ateliers. Depuis le mois de juin, Pierre-Henri Fougy, alias Peter Potter, ex-restaurateur devenu potier, profite de cette initiative dans un nouveau local, où il tourne la terre seul ou en compagnie de deux ou trois élèves.

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Église Saint-Pierre de Touques

Pl. Saint-Pierre, 14800 Touques

19h30 – Une table bien perchée

Situé en face de l’hôtel Les Cures marines (dont l’artiste normand Scott Pennor’s est en train de personnaliser les six suites), La Cabane perchée est le parfait endroit pour chiller. Depuis le rooftop, qui domine la piscine municipale et la mer. Au menu : du poisson, une pièce de bœuf, des poke bowls et des sushis…. Le jeudi soir, c’est « Bingo Perché ». Les clients sont invités à venir déguisés pour jouer, boire et danser, jusqu’à 2h du matin.

Le restaurant la Cabane Perchée

Le restaurant la Cabane Perchée

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Bd de la Cahotte, 14360 Trouville-sur-Mer

Tél : 09 63 61 98 27

Restaurant & bar d’ambiance

22h – Le réveil d’une institution

C’est là, sur les planches de Trouville, que le jeune Gustave Flaubert (1821–1880) tombe fou amoureux d’Elisa Schlésinger, la Madame Arnoux de son futur roman, L’Éducation sentimentale (1869). Nous sommes en 1836. Un siècle plus tard, la loi des congés payés sera votée. À cette occasion, le maire Fernand Moureaux confie à l’architecte René Morin la construction d’un hôtel, qui porte le nom de l’écrivain. Celui-ci vient tout juste d’être racheté par Pierre-Antoine Capton, enfant de Trouville à l’origine de Mediawan et de 3e Œil Productions, et Jean-Philippe Cartier, le fondateur de H8 Collection. La fresque réalisée par Savignac en 2002 sur le mur nord de l’établissement vient d’être restaurée, le mobilier du bar Bovary (du nom d’une autre héroïne flaubertienne), a été rhabillé en bleu. Parce que l’hôtel Flaubert, couronné d’une quatrième étoile cet été, n’a pas encore de restaurant, le petit-déjeuner est servi en chambre. Et ce n’est pas plus mal, quand on jouit d’une terrasse vue sur la mer.

Hôtel Flaubert

Rue Gustave Flaubert, 14360 Trouville-sur-Mer

Tél : 02 31 88 37 23

https://www.flaubert.fr/

DIMANCHE. 10h – Les Planches sans clichés

Direction Deauville, où se tient actuellement la 13e édition du festival Planches Contact. Cet événement contribue à la constitution d’un fonds photographique en partie exposé aux Franciscaines, le nouveau bastion culturel de la ville. Le chemin qui y mène est jalonné d’assises peintes par des artistes locaux. Onze autres communes, de Touques à Tourgéville, en passant par Trouville-sur-Mer, font partie de cette initiative appelée « Fauteuils en Seine ». Puis, passage obligé par les fameuses planches, où défilent les noms de célébrités. Hollywood a ses étoiles au sol, Deauville a ses cabines de plage. Juste en face, au beau milieu du sable blanc, se dressent des photos du littoral signées Raymond Depardon, qui se réjouissait lors du vernissage d’être passé du noir et blanc à la couleur. Ces clichés côtoient les portraits-collages d’Anne-Laure Maison & Michel Cam et les « paysages mentaux » de Stanislas Augris, que des « motifs architecturaux ancrent dans le réel ». On termine au Point de vue, ancienne salle de sport et boîte de nuit qui accueille actuellement La Chapelle de Bettina Rheims, énorme caisse de bois à l’intérieur tapissé de visages et silhouettes de stars américaines photographiées dans les années 1990. Une autre salle abrite les clichés XXL de Georges Rousse. L’un d’entre eux immortalise l’anamorphose rouge et jaune que le plasticien vient de réaliser sur la façade du Yacht Club historique de Deauville.

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Planches contact – Festival de photographie de Deauville

Du 22 octobre 2022 au 1 janvier 2023

planchescontact.fr

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Les Fauteuils en Seine

Bénerville-sur-Mer, Blonville-sur-Mer, Deauville, Saint-Arnoult, Saint-Gatien-des-Bois, Saint-Pierre-Azif, Touques, Tourgéville, Trouville-sur-Mer, Vauville, Villers-sur-Mer, Villerville.

Pour en savoir plus : https://www.fauteuilsenseine.com/

11h – Un bijou d’authenticité

Sur les deux ou trois-cents villas privées de la Côte Fleurie, la villa Strassburger est la seule à pouvoir se visiter (de juin à septembre). Elle fut construite pour le baron Henri de Rothschild en 1907 à l’emplacement d’une ferme initialement occupée par la famille Flaubert. En 1924, elle passe entre les mains de Ralph Beaver Strassburger, un passionné de courses hippiques qui souhaite s’installer à proximité de l’hippodrome. Des portraits peints de ses chevaux décorent encore le rez-de-chaussée, où furent tournées quelques scènes du film Coco avant Chanel (2009). Le deuxième étage, qui était réservé aux invités, abrite des toiles et sculptures d’Enrico Campagnola, lauréat du Grand prix International de peinture de Deauville 1955. Protégée au titre des monuments historiques, la villa Strassburger appartient depuis 1980 à la ville de Deauville, qui produit chaque année, grâce aux 194 pommiers du site, sa propre cuvée de cidre. Tchin !

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La Villa Strassburger

Av. Strassburger, 14800 Deauville

Tél : 02 31 88 20 44

Visites ponctuelles. Renseignements sur le site de l’office de tourisme.

12h – Cuisine sans prétention

Au Fanfaron, nulle vantardise. La décoration en cuir, bois et laiton contribue à l’atmosphère chaleureuse de cette nouvelle table deauvillaise. Dans l’assiette, qualité rime avec simplicité. La saison des coquilles Saint-Jacques débute à peine. De quoi se régaler !

Le restaurant Le Fanfaron

Le restaurant Le Fanfaron

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44 Rue Mirabeau, 14800 Deauville

Tél : 02 31 81 60 23

Home

15h – Culture culte

XY de Philippe Valensi, Le Guetteur et Le Prophète de Louis Derbré (1925–2011)… Telles sont les trois premières œuvres de la promenade artistique qui devrait prochainement relier le front de mer aux Franciscaines, ancien couvent converti en musée-médiathèque-salle de spectacles. Une réhabilitation à 23 millions d’euros que l’on doit à l’architecte Alain Moatti. Par-delà ses collections (un millier de photos contemporaines, 539 toiles du peintre André Hambourg, 185 peintures réalisées en Normandie, par Renoir, Monet, Boudin, Géricault…), on trouve aux Franciscaines des expositions, dont « Things I See » de Jessica Lange, une plongée en noir et blanc dans les souvenirs de la comédienne doublement oscarisée et marraine de Planches Contact. Ce festival mêle « La courbe du bonheur » de Carolle Benitah et « Odysseia » d’Omar Victor Diop, que l’on retrouve respectivement dans le hall de l’hôtel Le Normandy et au Petit Bain… car Planches Contact essaime dans Deauville. Sans oublier les acteurs de la résidence Tremplin Jeunes talents (Dana Cojbuc, Ciro Battiloro…) également présentés aux Franciscaines, lieu non plus de culte mais culte tout court : « c’est le nouveau point de rendez-vous des jeunes », confirme Philippe Augier, le maire de Deauville.



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