1 000 Possibles : la lettre inspirante de Latifa Ibn Ziaten


« Bienvenue à toi petite fille qui deviendra une grande femme de demain et j’espère une mère.

Chaque matin, quand je me lève, je sens le besoin et l’envie de dire merci à la liberté. Cette liberté qui guide mon combat, qui a fait grandir mon cœur et l’a rempli d’amour. Je lui dis merci de m’avoir apportée l‘aide dont j’avais besoin pour me souvenir de mon fils Imad, mort sous les balles d’un fanatique. Chaque jour, je venge la mort de mon fils en transmettant la fraternité et la tolérance.

Ce rêve de liberté m’accompagne depuis toujours. C’est lui qui m’avait déjà permis de supporter la mort de ma mère alors que j’étais une petite fille de 9 ans qui grandissait à Ceuta, une ville cosmopolite du nord du Maroc et aux portes de l’Europe, regardant au loin l’Océan Atlantique et contemplant la Méditerranée. Ce creuset de diversité a nourri mon imaginaire et a transformé mon rêve de liberté en aspiration, en a fait une arme pour briser les chaînes et les tabous. Grâce à ce rêve, j’ai pu m’arracher au destin tout tracé qui était le mien et qui me conduisait à un terne quotidien fait de tâches ménagères, de soumission au mâle et aux coutumes.

Peu après, nous nous sommes établis dans la ville d’à côté, Tétouan. Dans cette belle ville blanche la plupart des familles pauvres s’adonnaient à la contrebande vivrière.

Je quittai l’école très tôt pour travailler à 15 ans dans une usine de textile. Me retrouver couturière au milieu de dizaines de femmes, jeunes et moins jeunes, à la condition tout écrite, a contribué à renforcer mon besoin d’émancipation.

À 18 ans, je me suis mariée et j’ai rejoint mon mari, cheminot en France, avec la ferme conviction de ne pas rester une femme au foyer et avec la volonté de m’instruire, me former et m’informer. Puis, plus tard, je suis devenue cuisinière dans une école communale dans ma ville d’adoption.

Ces 25 ans de travail dans cette école ont transformé ma vie. L’émancipation par le travail, par la fiche de paie, ainsi que mon intégration au sein de l’équipe m’ont permis de porter un regard neuf sur ma condition de femme immigrée, sur ma famille ainsi que sur le champ des possibles offert par la France.

Pour réussir mon intégration, pour assouvir mon désir d’indépendance, pour mieux connaître et comprendre l’histoire et les valeurs de mon pays d’accueil, j’ai appris la langue française. J’ai élevé mes enfants en leur inculquant l’importance de l’ouverture aux autres, de la tolérance et du respect.

Mon destin a basculé le 11 mars 2012 avec l’assassinat de mon fils Imad par un terroriste. J’ai eu besoin de comprendre les raisons qui poussent un jeune à tuer. Durant cette quête, j’ai perçu le désarroi d’une jeunesse perdue, marginalisée et sans repères. J’ai compris l’urgence de tendre la main à cette jeunesse et j’ai décidé de créer l’Association Imad pour la Jeunesse et la Paix afin d’œuvrer pour le vivre ensemble et l’engagement pour la liberté.

Aujourd’hui, je rends grâce à mon rêve de petite fille en étant convaincue que ce chemin de liberté éveille les consciences, fait grandir les cœurs et révèle les êtres.

Alors bienvenue dans ce monde que tu vas découvrir par l’émerveillement de ton regard, que tu vas savoir écouter par la résonance de la Terre, que tu vas percevoir à travers les émotions que tu vas ressentir.

Tu es née un 8 mars 2021, tu prendras le temps de te construire, d’acquérir les valeurs humanistes qui te permettront de t’émanciper et de trouver ta place en tant que future femme active et responsable.

Tu seras sage et aimante, tu apporteras ton affection et partageras ton savoir à ceux qui en ressentent le besoin, tu accompagneras ton prochain vers le chemin d’Amour et de Paix pour enrichir notre Humanité.

Tu réussiras. »



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