1 000 Possibles : la lettre inspirante d’Agathe Lecaron


« Chère jeune femme de demain, toi qui es née ce 8 mars 2021.

Moi aussi je suis née un 8 mars il y a 47 ans.

Quand je suis née, ça ne faisait que quelques années que ma mère avait le droit d’avoir un chéquier. Tu te rends compte ?

Le jour de mon 8 mars à moi, j’aurais bien aimé recevoir des lettres de femmes qui, même empêchées, ont réalisé leur rêve. Moi je voulais faire de la télé, c’était mon rêve de petite fille. Mais dans les années 80 à la télé, tous les modèles féminins étaient soit speakerines, soit elles retournaient des lettres dans des jeux sans dire un mot, soit on les appelait les playmates du mois et elles devaient se déshabiller.

Alors qu’est-ce que tu veux, mes idoles s’appelaient Michel, Jean-Pierre ou Patrick.

Quand j’ai commencé à faire mon métier, il fallait être la plus belle. J’en ai entendu des commentaires “trop sèche, trop bourge, pas assez sexy, pas de seins…”, alors j’ai essayé d’être plus blonde, j’ai choisi des vêtements plus courts, je me suis fait des décolletés, j’ai créé un personnage, l’inverse de ce que je suis. Et j’ai réussi à être speakerine, à être celle qui retourne les lettres dans les jeux, j’ai aussi beaucoup animé d’émissions au côté d’un homme, un chef de famille. Sur le moment j’étais tellement fière d’avoir réalisé mon rêve.

Pourtant, retiens bien ce que je vais te dire maintenant : le rêve ce n’est pas ça. Le rêve c’est celui que je vis aujourd’hui, c’est être en accord avec sa nature propre, c’est ne pas travestir ses valeurs, ne pas se camoufler derrière un personnage pour correspondre à ce que l’on attend de soi. J’ai réalisé mon rêve le jour où j’ai été au plus proche de ce que je suis vraiment, c’est ce jour-là qu’à la télévision on s’est intéressé à ce que je racontais, plutôt qu’à l’image que je renvoyais, alors tu vois… Ne laisse personne te dire comment tu dois être.

Depuis mon 8 mars à moi, les choses vont mieux d’ailleurs, je ne suis pas sûre que même avec tous ces conseils, j’aurais pu être moi-même à la télévision dans les années 80.

Il y a des raisons de se réjouir mais n’oublie pas que rien n’est figé, ce qui est acquis peut ne plus l’être et surtout il reste tellement de combats à mener !

Tu peux compter sur nos fils aussi pour te permettre d’être toi, parce que c’est l’éducation qui te fera évoluer dans un monde où les femmes seront enfin totalement libres de réaliser leurs rêves. »



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