Semences de ferme – « Les trieurs à façon accompagnent les agriculteurs dans la transition »


Mélanges variétaux, séparation d’espèces de cultures associées, tri pour l’alimentation humaine… depuis quelques années, les trieurs à façon ont grandement fait évoluer leur métier pour répondre aux demandes des agriculteurs. Détails.

Le Syndicat des trieurs à façon français (Staff) nous a donné rendez-vous chez Isabelle et Nicolas Perrier, installés en polyculture-élevage biologique à Saint-Aubin-de-Bonneval dans l’Orne. Au programme du jour : un chantier de tri d’un mélange féverole-triticale-seigle.

Ce type de mélange de céréales et légumineuses – cultures associées – contribue à « limiter les deux principales difficultés rencontrées par les producteurs en agriculture bio (AB), note Benoît Coiffier, conseiller grandes cultures pour l’association Bio en Normandie : le besoin en azote des cultures et la gestion du salissement des parcelles. Cela nécessite, par contre, des demandes spécifiques au niveau du tri. L’objectif de ce chantier en l’occurrence : « séparer les espèces de ce mélange et assurer la propreté des semences fermières », explique Nicolas Perrier.

Trieur rotatif, alvéolaire, optique ou colonne densimétrique 

Pour cela, le couple d’agriculteurs a fait appel à Maxime Suard, trieur de l’entreprise SCS Hoste, qui gère des chantiers en agriculture bio de la Bretagne à la Belgique. Sur son camion, le spécialiste transporte une station mobile de tri complètement autonome, qui permet de répondre aux différentes demandes des agriculteurs. Elle comprend un trieur rotatif, un trieur alvéolaire et undispositif pour le traitement des semences. 

Pour le chantier du jour, Maxime Suard explique : « les 2 premières grilles du trieur rotatif permettent d’éliminer les impuretés, les grilles 3 et 4 de récupérer le triticale et le seigle, et la 5e de séparer les féveroles qui partent directement en big-bag. Les agriculteurs souhaitent conserver le triticale et le seigle en mélange. Après le trieur rotatif, ce dernier passe juste dans le trieur alvéolaire pour avoir un mélange vraiment propre ».

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L’opération de tri permet de séparer les féveroles du mélange triticale-seigle, et d’éliminer aussi toutes les impuretés : paille, graines d’adventices, etc. Pour ce mélange, Maxime Suard enregistre un débit de chantier d’environ 4,6 – 5 t/h. (©TNC)

Maxime Suard a démarré dans l’entreprise en tant que saisonnier en 2019. En 3 ans, il a connu 3 machines différentes et a même participé à la construction de la dernière. Celle-ci est entièrement dédiée aux chantiers de tri en agriculture bio. Le trieur observe ainsi une évolution importante des machines depuis quelques années, qui améliore leniveau et l’efficacité de triage ainsi que les débits de chantier possibles. « Il y a 3 ans, on pouvait trier en moyenne 3 t de blé bio à l’heure, aujourd’hui cela peut aller jusqu’à 6-7 t/ha », illustre-t-il. 

Evolution des demandes 

Trieur à façon dans le Pas-de-Calais et président du Staff, Sylvain Ducroquet a, de son côté, investi dans un trieur optique, utilisé pour les lentilles ou pour séparer l’ergot du blé par exemple. Installé dans le Calvados, Wilfried Lecarpentier a choisi la colonne densimétrique pour sa station mobile, qui permet un tri des grains par écart de densité. 

Quelles que soient les machines utilisées, l’objectif est le même pour tous les trieurs : « évoluer pour s’adapter aux demandes des agriculteurs et proposer un « service à la carte » en AB notamment, mais pas seulement, indique le président du Staff. Avec l’agriculture de conservation des sols, les producteurs ont aussi de plus en plus recours aux cultures associées. Beaucoup souhaitent également ne plus utiliser de traitements de semences, etc. » À l’échelle nationale, ce type de demandes représente environ 10 % de l’activité des trieurs, 3 % spécifiquement en AB. 

De gauche à droite : Jean-Maurice et Wilfried Lecarpentier, trieurs dans le Calvados, le salarié d’Isabelle et Nicolas Perrier, Benoît Coiffier, conseiller Bio en Normandie, Nicolas Perrier, agriculteur, Maxime Suard, trieur chez SCS Hoste et Sylvain Ducroquet, président du Staff et trieur dans le Pas-de-Calais. (©TNC)

« De plus en plus d’agriculteurs ont également recours au mélange variétal, qui représente d’ailleurs la « première variété cultivée en France ». C’est un autre exemple de demande, à laquelle les trieurs à façon peuvent répondre. »

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+ 10 à 15 % d’activité pour les trieurs à façon cette année

Outre l’évolution des besoins, Sylvain Ducroquet souligne une augmentation de l’activité des trieurs à façon cette année, entre + 10 et + 15 %, portée notamment par le contexte inflationniste actuel. Les semences de ferme représentent « un des leviers de sécurité pour limiter les coûts de production. De plus, les récoltes 2022 sont globalement de très bonne qualité, cela n’entraîne donc aucun souci pour les conserver. Le PMG des grains étant en grande partie plus important, les volumes de semences à gérer par les trieurs sont aussi plus grands, ajoute le président du Staff. Enfin, les moissons ont été relativement précoces, ce qui a laissé du temps pour faire le boulot  ».

Sylvain Ducroquet précise aussi « la participation active des semences de ferme à la recherche : pour la période 2022-2025, le montant de la Criv (contribution recherche et innovation variétale) est passée de 0,90 à 1,05 €/t ».



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