Pommes de terre – Après une année catastrophique, l’UNPT demande à sécuriser la production


Impactée par les vagues caniculaires de l’été, la production de pommes de terre a connu en 2022 des rendements extrêmement bas de l’ordre de 39 t/ha. Cette baisse de production s’accompagne d’un manque à gagner important, dans un contexte où la flambée des coûts pèse fortement sur les agriculteurs. Alors que la filière affiche une balance commerciale positive, un soutien plus affirmé au secteur semble aujourd’hui indispensable pour maintenir la production, notamment féculière, prévient l’UNPT.

« On n’a pas connu de rendement moyen de cet ordre, aux environs de 39 t/ha, depuis 27 ans », a déploré le 10 janvier Geoffroy d’Évry, président de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT). Alors que l’année s’annonçait plutôt bonne, la chaleur liée aux canicules de l’été a en effet eu des impacts particulièrement négatifs, épargnant davantage les secteurs frais et primeur qui se récoltent plus tôt. Si l’irrigation a permis de compenser le stress climatique, la chaleur a limité la croissance, portant les rendements en pommes de terre de consommation à 39,2 t/ha, soit 12 % de moins qu’en 2021, et à 39,5 % pour la pomme de terre féculière, soit 28 % de moins que l’année précédente.   

Au total, la production française atteint 6 millions de tonnes, réparties en 1,2 Mt pour le frais sur le marché intérieur, 3,2 Mt à l’export (1,4 Mt pour le frais et 1,8 Mt pour l’industrie), et 1,3 Mt pour la transformation sur le territoire national. Le reste des volumes est constitué par une partie de primeur, et une part de déchets (environ 5 %), indique Geoffroy d’Évry.

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Maintenir les volumes malgré la hausse des coûts

Amorcée fin 2021, puis démultipliée par la guerre en Ukraine, l’explosion des coûts de production pèse sur la trésorerie des producteurs. Si, pour le secteur de la pomme de terre industrielle, la loi Égalim a permis de répercuter en partie la hausse des coûts, « il eut fallu, pour un revenu décent, avoir une bonne récolte », insiste Geoffroy d’Évry. Confrontés au choix des assolements pour 2023, les agriculteurs risquent donc d’être plus hésitants à se tourner vers la pomme de terre cette année, or le marché reste demandeur, notamment pour les produits transformés, explique le président de l’UNPT. Les industriels cherchent des surfaces, et « à date, sous deux ans, on aurait besoin de presque 2 Mt de pommes de terre supplémentaires », ajoute-t-il. En dépit de l’augmentation de 30 % sur les coûts de production qui se profile pour 2023, « il va falloir au moins maintenir les surfaces de production et si possible accompagner cette demande », insiste Geoffroy d’Évry.

Accès à l’eau, aides et bouclier tarifaire

Si les prix commencent à être réévalués dans les contrats, ce seul paramètre reste insuffisant pour maintenir la production, explique l’UNPT qui demande un meilleur accès à l’eau, mais aussi le maintien d’une organisation de la production par contrats et par groupements de producteurs. « En France, le cas de force majeur a été invoqué l’année dernière, donc les agriculteurs ne vont pas devoir livrer les volumes manquants, contrairement à ce qui se passe en dehors de nos frontières », tient à souligner Geoffroy d’Évry. Enfin, soutenir la trésorerie des exploitations sera nécessaire pour permettre de réinitialiser le cycle de production − rachat de plants, accès aux outils de production, récolte −, ce qui pourrait passer par un accès plus souple des producteurs aux PGE résilience (prêts garantis par l’État).

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Par ailleurs, pour supporter la hausse des coûts de l’énergie alors que la conservation des pommes de terre nécessite le stockage dans des frigos, l’UNPT demande l’extension du bouclier tarifaire aujourd’hui réservé aux entreprises qui possèdent un compteur électrique inférieur à 36 Kva. Car pour les producteurs au-dessus de ce seuil, les prix de l’énergie pourraient augmenter de 40 euros par tonne, alors que le stockage réfrigéré représentait jusqu’alors autour de 9 €/t.

L’UNPT demande, en parallèle, de faciliter l’autoconsommation des bâtiments, via le photovoltaïque, une incitation qui n’existe pas dans le projet de loi d’accélération des énergies renouvelables en passe d’être voté.

Une demande de recouplage forte pour la filière féculière

La situation s’avère particulièrement préoccupante pour la filière féculière, après plusieurs années de crise : Covid, prix en berne, canicules…  L’UNPT prévoit ainsi une baisse des surfaces, passant de 20 000 ha en 2022 à 17 500 en 2023 puis 15 500 en 2024. « Avec des niveaux pareils, la pérennité de la filière peut être mise à mal et pourrait, demain, remettre en cause son périmètre industriel », prévient Geoffroy d’Evry.

Face à ce risque, l’UNPT a demandé au gouvernement un soutien plus fort, par le levier des aides couplées. « On avait demandé un couplage à hauteur de 500 €/ha, contre 80 €/ha aujourd’hui, uniquement sur la fécule », précise le président du syndicat, ce qui représenterait entre 7,5 M€ et 10 M€. Un choix selon lui « faisable techniquement », mais à condition qu’il y ait la volonté politique, ce qui aujourd’hui ne semble pas être le cas.

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Pour l’ensemble de la production de pommes de terre, l’UNPT ne prévoit pour l’instant qu’une petite baisse des surfaces, mais demande, au-delà des prix rémunérateurs, de pouvoir continuer à produire, ce qui passe par l’accès à l’eau, les moyens de production, mais aussi l’accélération de l’innovation, par exemple via les NBT pour obtenir des plantes plus résistantes aux viroses, conclut Geoffroy d’Évry.





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