Marc Machin, «l’écorché vif» victime d’une erreur judiciaire, de retour aux assises pour viol


Depuis son acquittement en 2012, Marc Machin a multiplié les déboires judiciaires, restant en marge de la société. Il est accusé d’avoir violé une jeune femme de 22 ans, sous la menace d’une arme.

L’histoire de Marc Machin aurait pu faire l’objet d’un remake français de Making a Murderer, cette série documentaire qui divisa l’Amérique en explorant les failles de son système pénal. Dans les deux cas : un homme blanc condamné à tort, libéré des années plus tard grâce à l’ADN, puis renvoyé en prison pour un autre crime. Mais voilà, la comparaison s’arrête là. Outre-Atlantique, Steven Mary clame toujours son innocence, quand l’accusé français lui, a pleinement reconnu les faits. Marc Machin, l’une des onze victimes d’erreur judiciaire recensées en France, comparaît devant les assises de Paris ce lundi pour le viol d’une femme de 22 ans en avril 2018. Deux décennies plus tôt, il avait été accusé à tort dans l’affaire du double meurtre du pont de Neuilly, puis acquitté après un procès en révision. Et sept ans derrière les barreaux.

Le souvenir de cette sinistre matinée est encore «extrêmement vivace» dans la mémoire d’Agathe*. Après une soirée arrosée, cette salariée d’un grand magasin parisien s’endort chez un collègue, dans le XIe arrondissement. Son hôte quitte l’appartement à l’aube, mais prend soin de laisser les clés sous le paillasson, afin qu’un autre ami les récupère plus tard. Une organisation bien ficelée, si un autre homme ne s’était pas emparé du trousseau. Vers 10 heures, un individu athlétique, cagoulé et vêtu de gants noirs, surgit dans la chambre et menace Agathe d’un couteau de cuisine. Il lui impose une fellation, à laquelle elle n’a d’autres choix que se soumettre, craignant pour sa vie. L’agresseur l’oblige ensuite à prendre une douche et se laver les dents, pour effacer toute trace, puis prend la fuite avec sa carte bancaire.

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L’ADN, «la reine des preuves»

Encore sous le choc, elle dépose plainte et très vite, la machine judiciaire se met en route : exploitation de la vidéosurveillance, audition des témoins, analyse des scellés… C’est grâce à ce qu’il nommait lui-même «la reine des preuves» que Machin est identifié par les enquêteurs. Un profil génétique extrait d’une trace de sperme prélevé sur la jupe de la jeune femme correspond au sien, l’homme étant inscrit au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg). Parmi les 17 mentions qui garnissent son casier judiciaire, deux concernent déjà des agressions sexuelles.

Une autre condamnation a, en revanche, été retirée : en 2012, il a été innocenté du meurtre de Marie-Agnès Bedot, après avoir passé sept années derrière les barreaux. Son combat pour la liberté avait à l’époque fait les titres des Journaux Télévisés, été raconté dans un livre autobiographique, Seul contre tous et avait nourri de multiples interviews dans la presse. «Je veux m’insérer dans la société. (…) J’ai 26 ans et ma vie à construire», clamait-il à l’époque dans les colonnes du Parisien. S’en est suivi un douloureux retour dans l’ombre.

La justice lui attribue bien 663.320 euros d’indemnisation pour ses années de vie perdues en prison, mais la somme est intégralement dilapidée en quelques mois, en voyages, hôtels, parfums, prostituées et stupéfiants. Il survit grâce au RSA, passe parfois la nuit dehors et accumule les déboires judiciaires. Encore suivi par les services de réinsertion, Marc Machin est interpellé trois semaines après les faits, à deux pas du logement social où il réside. Face aux enquêteurs, il nie en bloc, puis cède sous le poids des preuves. Sur fond d’alcool et de cocaïne, Marc Machin dit avoir voulu commettre un cambriolage, puis aurait été pris d’une pulsion, en découvrant la jeune femme au saut du lit, dénudée et «très sexy».

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«Un prédateur né»

Agathe était là «au mauvais endroit, au mauvais moment», se désole la jeune fille devant le juge d’instruction. Elle a depuis toujours refusé de se confronter à Marc Machin. «Ma cliente est encore profondément traumatisée et redoute l’exposition médiatique. Elle a tenté d’enfouir les souvenirs au fond de sa mémoire, mais les choses se sont depuis amplifiées», indique son avocate Maître Audrey Dufau, contactée par nos soins. Cette dernière va par conséquent faire une demande de huis clos, qui est accordée de droit dans les cas de viol.

Comment expliquer le passage à l’acte, l’origine de la pulsion de l’accusé ? Il n’a «pas du tout le profil du prédateur sexuel», assure l’un de ses avocats, Maître Adrien Gabeaud. «Plus qu’un agresseur ou un violeur en série, Marc Machin est un opportuniste, parfois à la limite du prédateur», conclut de son côté l’expertise psycho-criminologique, le présentant comme «criminologiquement dangereux». Le portrait qu’en dressent ses proches, et en particulier son ex-compagne, n’est guère plus rassurant: «Il a une agressivité qui peut ressortir à n’importe quel moment et a beaucoup de pulsions. Quand il est sous l’effet de la drogue, sa nature se révèle. C’est un prédateur né», certifie celle qui l’a fait condamner pour violences conjugales.

«On ne rejoue pas l’affaire de Neuilly»

Depuis le décès précoce de sa mère, le ballottement de famille d’accueil en famille d’accueil jusqu’aux sévices sexuels subis dans l’une d’elles, le parcours de Marc Machin a été très tôt un chemin de croix. «Son enfance a très mal commencé, Marc, il a toujours subi», reconnaissait son père dans l’émission Faites Entrée l’Accusé. Très présent à l’époque de son acquittement, son père ne lui rend plus visite, depuis son nouveau placement en détention. Tout comme sa sœur et son demi-frère. Marc Machin est aujourd’hui seul face à ses vieux démons. «C’est un écorché vif, un marginal, relève auprès du Figaro sa seconde avocate, Maître Élise Arfi. Il n’a jamais reçu les bases d’éducation, de cadre, pour vivre normalement. Mon client n’a jamais vécu dans la vraie vie. Il est passé d’un extrême à l’autre.»

Marc Machin est la plus grande équation que j’aie jamais eu à traiter compte tenu de ses handicaps sociaux et relationnels. C’est rare qu’on ait quelqu’un sans aucun point d’accroche

Le responsable du service pénitentiaire d’insertion et de probation, interrogé par les enquêteurs de la police judiciaire

Jusqu’à jeudi, il comparaît pour viol commis sous la menace d’une arme, extorsion avec arme, escroquerie, vol et violation de domicile et encourt 20 ans de prison. Que personne ne s’y trompe: la victime ne se trouve pas dans le box des accusés. «On ne rejoue pas l’affaire de Neuilly», poursuit son avocate. Mais la cour devra tout de même s’interroger sur l’impact qu’ont eu ces dix années où Marc Machin a été constamment présenté comme coupable évident. «La prison détruit et l’argent ne répare pas cette destruction. Il est devenu ce qu’on lui avait dit qu’il était», soutient son avocate.

*Le prénom a été modifié.

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