le préfet instaure un couvre-feu à partir de ce vendredi soir


Le gouvernement a envoyé 200 policiers et gendarmes en renfort en raison de la forte mobilisation contre le passe sanitaire qui s’accompagne depuis quatre jours de blocages et de violences.

Après quatre jours de blocages de routes et de l’accès au CHU de Guadeloupe, parfois émaillés de violences par des manifestants anti-passe sanitaire et vaccin contre le Covid-19, les autorités ont haussé le ton ce vendredi 19 novembre. Le préfet de la Guadeloupe a annoncé la mise en place d’un couvre-feu à compter de ce vendredi, de 18h à 5h, «compte tenu des mouvements sociaux en cours dans le département et des actes de vandalisme», ont annoncé ses services.

Dans un communiqué, le préfet Alexandre Rochatte dit tenir compte des «incendies de biens publics, barrages sur les routes, jets de pierres sur les forces de l’ordre, tirs de mortier», et interdit également la vente d’essence en jerrican dans le cadre de cette mesure décidée sans limitation de date. Le plus haut représentant de l’Etat dans l’île a annoncé cette mesure jusqu’au 23 novembre. Plus tôt dans la journée, le gouvernement avait également annoncé l’envoi de 200 policiers et gendarmes en renfort. Ils seront sur place «dans les prochains jours», ont annoncé dans un communiqué commun les ministres des Outre-mer Sébastien Lecornu et de l’Intérieur Gérald Darmanin, en condamnant «avec la plus grande fermeté les violences qui se sont déroulées ces dernières heures en Guadeloupe».

Le procureur de la République de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins, a par ailleurs annoncé l’ouverture de deux enquêtes pour «dégradation par incendie en bande organisée et vols avec dégradation en bande organisée», concernant «des attaques de magasins», dont cinq bijouteries pillées à Pointe-à-Pitre. Quatre immeubles de la ville, qui compte de nombreuses habitations en bois, sont partis en fumée dans la nuit, suite à ces pillages, ont indiqué à l’AFP les pompiers et une source policière. La mobilisation lancée il y a cinq jours par un collectif d’organisations syndicales et citoyennes contre le passe sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19 se double désormais de violences commises par des émeutiers. Après une nuit de jeudi à vendredi particulièrement violente, les écoles sont restées fermées vendredi et, en raison de très nombreux barrages routiers, l’activité tourne au ralenti.

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«Actes de vandalisme»

Devant le CHU, les seuls véhicules autorisés à entrer restent les ambulances. Les centres de dialyse de la Guadeloupe ont d’ailleurs alerté sur «un danger de mort» pour près de 800 patients dont les barrages pourraient empêcher l’accès aux soins. Les gendarmeries du Lamentin et de Morne-à-L’Eau notamment ont été «assiégées» par des personnes parfois «encagoulées», des gendarmes blessés «par jets de pierres» et des véhicules incendiés, selon des sources policières et le Parquet. «Désormais, il y a un mélange des personnes sur les barricades. Beaucoup de jeunes, en colère par rapport à la situation de la Guadeloupe. L’obligation vaccinale, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase», estime Maïté M’Toumo, secrétaire générale de l’UGTG, en demandant «l’ouverture de négociations avec le gouvernement».

Au CHU, «les barrages routiers pénalisent énormément le personnel qui vient de tous horizons. On est obligé d’attendre que tout le monde soit présent pour démarrer et d’attendre que la relève soit présente pour continuer», explique à l’AFP Anne-Gaëlle Pascale, cadre de santé au bloc opératoire du CHU. «Il y a du filtrage à l’entrée, notamment pour les internes dont certains sont empêchés de passer. L’un d’entre-eux a même été agressé par une personne cagoulée», affirme à l’AFP Cédric Zolezzi, directeur adjoint du centre hospitalier, déplorant l’absence «de dialogue». La situation est d’autant plus complexe que depuis début novembre, «on est en personnel restreint» avec l’instauration de l’obligation vaccinale des soignants, rappelle Anne-Gaëlle Pascale. Ainsi, en chirurgie, 50% des effectifs habituellement au planning sont absents, même si «ça commence à revenir tout doucement».

Selon la direction du CHU, un peu plus de 87% des agents du centre hospitalier possèdent un passe sanitaire, mais certains personnels sont suspendus pour passe non valide, ce à quoi s’ajoute «une vague d’arrêts maladie», «sur consigne syndicale», accuse Cédric Zolezzi. «Le coupable, c’est celui qui a mis l’obligation vaccinale», dénonce de son côté Sandro Sormain, secrétaire adjoint de l’UTS-UGTG: «Le personnel suspendu à 50%, ça veut dire que (ceux qui restent) font le travail de deux personnes. Donc à un moment on va avoir une rupture par rapport à la charge de travail». Les équipes du CHU s’adaptent comme elles peuvent.

«Grosse perte d’activité»

Jeudi, «les chimiothérapies par exemple n’ont pas pu être administrées», explique Cédric Zolezzi. Et «chacun donne du sien: un médecin anesthésiste remplace une infirmière anesthésiste, un aide-soignant remplace un brancardier, moi-même je suis sur plein de postes en même temps», raconte Anne-Gaëlle Pascale. Côté éducation, la rectrice de région académique, Christine Goff-Ziegler, a condamné jeudi «l’ensemble des actes de vandalisme et les entraves à la circulation» ou «à l’accès des établissements», dont les élèves «sont les premières victimes».

Sur les autres axes routiers, y compris dans les petites routes des Grands Fonds, dans la campagne guadeloupéenne, des barrages continuent de bloquer le passage. Nombre d’entre eux ont été démontés «par des riverains ou des automobilistes», témoigne Steve Salim, entrepreneur spécialisé dans les circuits courts agricoles, qui sillonne l’île pour assurer la livraison de ses paniers de légumes et accuse «une grosse perte» d’activité.

Au Gosier (commune de la Grande-Terre), des débris brûlés jonchaient encore certaines routes. Des pneus brûlaient toujours sur le bas-côté d’une route barrée dans le secteur de Pliane, dont le centre commercial est resté fermé. L’Union des Entreprises-Medef a condamné «fermement les entraves à la liberté de circuler». «Après des mois de mesures restrictives pour notre population et pour l’économie du pays, il est inacceptable de laisser prospérer cette spirale de l’autodestruction», a dénoncé l’organisation patronale dans un communiqué.



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