Hausse des prix – Quelles marges de manoeuvre face à l’inflation ?


Après le chauffage et le carburant, les prix des denrées alimentaires s’envolent: la hausse est inédite depuis 2008 et les différentes enseignes rivalisent d’annonces pour se poser en défenseurs du pouvoir d’achat. Un défi de taille pour le début de mandat d’Emmanuel Macron.

Pourquoi les prix s’affolent-ils ?

C’est une conjonction de plusieurs facteurs: l’énergie et le carburant coûtent plus cher, donc la production de nombreux produits alimentaires transformés aussi. Le traitement de la betterave sucrière ou le séchage du lait en poudre par exemple ont vu leurs coûts de production flamber à cause du prix de l’énergie.

Les matières premières agricoles, notamment les céréales, le soja qui nourrit certains animaux, le blé dur qui compose les pâtes, le maïs, se sont aussi envolées, à la fois par crainte de pénuries en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais aussi parce que certains pays producteurs rechignent à exporter et que certaines récoltes ne sont pas bonnes.

D’autres postes de dépense ont augmenté: le grand import, avec le prix des containers; mais encore les emballages, carton, aluminium, verre. Il faut parfois changer de fournisseurs d’une semaine sur l’autre, et pas toujours aux mêmes conditions contractuelles. Le patron du géant du lait Lactalis, Emmanuel Besnier, a évoqué auprès de l’AFP « une crise sur tous les coûts de production », attendus en hausse de 15% sur 2022.

Jusque quand ?

Ce cocktail détonnant semble bien parti pour durer, au moins plusieurs mois. Emily Mayer, experte des produits de grande consommation à l’institut IRI, anticipe 5% d’inflation « au début de l’été », explique-t-elle à l’AFP, et un phénomène qui « va s’installer ». En avril, elle a déjà enregistré 2,9% d’augmentation par rapport au même mois de l’année précédente, après 1,5% en mars.

Dans Le Parisien, le président des supermarchés Système U, Dominique Schelcher, a convoqué l’exemple de l’Espagne ou de l’Allemagne pour estimer que l’inflation pourrait grimper jusqu’à 10%, « du fait, notamment, du coût de l’énergie ».

Ce dernier ne semble pas parti pour baisser. Et les industriels et la grande distribution ont été fortement encouragés par le gouvernement à se remettre autour de la table des négociations, les premiers estimant que les négociations annuelles, conclues le 1er mars, n’ont pas suffisamment pris en compte les hausses des coûts de production.

Si, au terme des négociations, les distributeurs devaient acheter plus cher les produits agro-industriels, les prix ne redescendraient pas en rayons avant l’été.

Quelle réponse des supermarchés ?

Dans ce contexte de crainte pour le pouvoir d’achat – première préoccupation des Français selon les sondages d’opinion -, les enseignes minimisent autant qu’elles le peuvent les hausses de prix avec un objectif: garder, voire gagner de nouveaux clients, de plus en plus attentifs à leur ticket de caisse.

A grand renfort de plans de communication, elles travaillent en outre ce que le spécialiste du secteur Olivier Dauvers appelle leur « image prix », c’est-à-dire la perception qu’ont les clients de leurs prix. Michel-Edouard Leclerc a ainsi annoncé un « bouclier anti-inflation », devant compenser en bons d’achat dans les magasins E.Leclerc les hausses de prix à partir du 4 mai sur une sélection de 120 produits très consommés.

Les enseignes dont l’« image prix » est la meilleure, E.Leclerc, Lidl ou Aldi notamment, sont aussi celles dont les performances économiques sont les meilleures. Mais la concurrence, évidemment soucieuse de son image prix également, s’efforce elle aussi d’« écraser les prix », et de le faire savoir.

Que peut faire le gouvernement ?

Si d’un côté le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a poussé pour une réouverture des discussions sur les prix des produits agroalimentaires mi-mars, le gouvernement est d’un autre côté bien conscient des problématiques posées par la hausse des prix alimentaires pour de nombreux ménages français.

Il a déjà décidé d’onéreuses mesures pour aider les ménages et les entreprises, notamment le gel du prix du gaz (coût de 6,4 milliards d’euros selon une dernière estimation mi-mars), une indemnité inflation pour les plus modestes (3,8 milliards d’euros), une remise de 15 centimes sur le carburant (3 milliards).

Mais durant la campagne, Emmanuel Macron a promis d’aller plus loin, via notamment un chèque alimentaire, une aide pour les personnes qui utilisent beaucoup leur voiture pour travailler, ou une revalorisation des minimas sociaux et des pensions de retraites.

Auprès de l’AFP, l’association de consommateurs Familles rurales avait demandé que le chèque alimentaire porte « sur les produits qui sont valorisés dans le plan national nutrition santé ».



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