Grippe aviaire – Le foie gras va y laisser des plumes


Après un épisode de grippe aviaire d’une ampleur inédite, la production de foie gras en France va se raréfier en 2022 et coûtera d’autant plus cher que la filière accuse le coup d’une flambée des prix des céréales causée par la guerre en Ukraine.

L’épizootie d’influenza aviaire qui a frappé notre pays cet hiver décroît après avoir touché plus de 1 300 élevages. Les conséquences sont d’une gravité particulière avec 16 millions de volailles abattues en France, dont 11 millions dans le Grand Ouest. L’an dernier, 3,5 millions de volailles avaient été tuées. Les années précédentes, ces crises restaient globalement circonscrites au sud-ouest. Mais début 2022, une deuxième vague a touché des zones habituellement épargnées, comme le Périgord et les Pays de Loire, où l’on produit respectivement 10 et 20% du foie gras.

En plus d’être productrice du précieux mets, la région des Pays de Loire est essentielle pour la filière : elle « représente 72 % de la fourniture des canetons, ces animaux qui servent à repeupler les élevages », souligne Marie-Pierre Pé, directrice du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog). La filière compte trois maillons principaux : les couvoirs, où naissent les canetons ; les élevages, où les canetons d’un jour sont expédiés et grandissent pendant trois mois ; les centres d’engraissement, qui peuvent être localisés au sein des élevages, où les volatiles sont gavés pendant environ 10 jours.

Lent retour à la normale

« On estime qu’il pourrait y avoir entre 20 et 25 % de poussins de un jour et de canetons en moins », selon Joël Limouzin, en charge des questions sanitaires à la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de Vendée. « Il faut six mois avant qu’une cane ou qu’un mâle ne soit mature sexuellement, donc les premiers troupeaux qui vont être en capacité de produire ne vont arriver qu’à partir de novembre », explique Marie-Pierre Pé. L’interprofession estime qu’il lui faudra 15 à 18 mois pour retrouver une situation normale. La filière exportant 15 % de sa production, il faudra « partager » le foie gras de cette année « avec tous les marchés européens et d’autres, comme la Suisse et le Japon », explique Marie-Pierre Pé.

Alors que la France n’est pas complètement sortie de la vague épidémique – 19 départements de la Bretagne au sud-ouest restent en « risque élevé » de diffusion du virus de l’influenza aviaire -, la filière doit se reconstruire dans un contexte de flambée mondiale des matières premières agricoles. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les cours du blé et du maïs ont augmenté d’environ 30 %, une charge conséquente quand l’alimentation de la volaille représente les deux tiers de son coût de production. Le prix du foie gras va inévitablement grimper, mais il est « trop tôt » pour chiffrer la hausse, dit l’interprofession.

Un vaccin espéré en 2023

Après deux années consécutives difficiles, « certains éleveurs veulent attendre levaccin contre la grippe aviaire » – il n’en existe aucun autorisé au sein de l’Union européenne -, explique Joël Limouzin. En France, le ministère de l’agriculture a annoncé le début mardi de l’expérimentation de deux vaccins pour les palmipèdes. Mais il faudra attendre 2023 pour disposer d’un vaccin homologué, estime le Cifog.

Si la prévention apparaît comme la meilleure solution contre une épizootie de plus en plus virulente, vacciner aujourd’hui, c’est aussi voir des débouchés se fermer. De nombreux pays (Arabie saoudite, Corée du Sud, Grande-Bretagne, États-Unis) refusent de se fournir en volailles dans des pays pratiquant la vaccination contre la grippe aviaire, craignant l’introduction du virus par les animaux vaccinés ou leurs produits. « Si on doit aller vers la vaccination, il faut que l’export soit possible », a-t-on affirmé lundi au ministère.

« La stratégie de vaccination sera actée pour les pays européens. Pour les pays tiers, qui représentent des enjeux commerciaux importants, il faudra que, collectivement, on défende l’intérêt de cette vaccination et l’absence de risque pour eux », a-t-on expliqué. La France est le premier producteur et consommateur de foie gras, avec un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2021, une année déjà perturbée par la grippe aviaire. Habituellement, environ 30 millions de canards gras y sont élevés par an. Un chiffre tombé à 21 millions en 2021.



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