Enterré, volé, retrouvé : l’improbable épopée du trésor des Beaurains


Le 21 septembre 1922, on s’active sur le chantier d’une future briqueterie à Beaurains, dans les alentours d’Arras, dans le Pas-de-Calais. Mais soudain, au milieu des coups réguliers de pioche, retentit une fausse note : un ouvrier vient de heurter son outil contre ce qui ressemble à une amphore, ou un vase. Bizarre… Le brave homme n’est pas au bout de ses surprises : une fascinante découverte l’attend. Un trésor ! À l’intérieur du pot en terre cuite brisé se trouvent en effet plusieurs centaines de pièces de monnaies d’or et d’argent, mais aussi des bijoux d’apparat, de l’argenterie… Le tout datant de l’époque romaine, du IVe siècle av. J.C. précisément. On court alors prévenir le maire.

Vue de l’exposition « Trésors »

Vue de l’exposition « Trésors »

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L’histoire, digne d’un roman, aurait pu s’arrêter là. Mais l’édile étant absent, le contremaître prend alors la décision de conserver, pour la nuit, le trésor dans un entrepôt mal fermé… Non surveillé, qui plus est ! Le lendemain, un huissier est dépêché sur les lieux pour constater la fabuleuse découverte. Or, lorsqu’il arrive sur place, stupeur ! Une partie du trésor s’est tout bonnement volatilisée… On retrouve bien vite les coupables. Des ouvriers du chantier confessent leur crime au prêtre du coin et rendent leur larcin. Une partie seulement, l’autre ayant, selon leurs affirmations, d’ores et déjà été fondue… En réalité, les malfaiteurs soi-disant repentis avaient bien conservé une partie de leur butin, qu’ils vendirent en Belgique, à la sauvette.

Et le reste du trésor ? Celui-ci fut partagé entre l’ouvrier à l’origine de la découverte, et une certaine Jeanne Wartel, alors propriétaire du terrain. Ils n’attendirent pas très longtemps avant de revendre leur part respective. Le premier à la ville d’Arras, tandis que la seconde fit affaire avec un marchand parisien du nom d’Étienne Bourgey… Bien vite, cette découverte provoqua un tel engouement que des chercheurs du monde entier s’arrachèrent les cheveux en tentant de reconstituer le fameux trésor. Parmi eux, Pierre Bastien et Catherine Metzger ont réussi à identifier plus de 500 monnaies (parmi les 700 que, selon eux, contiendrait le trésor), désormais dispersées dans des musées ou des collections privées. Et il n’est donc pas rare, aujourd’hui encore, de voir apparaître certaines monnaies sur le marché… Comme en 2020, lorsque la Banque de France acquiert cinq d’entre elles, aujourd’hui classées trésor national.

Un multiple de 5 aurei de Galère Maximien, atelier de Trèves, 297 après J.-C.

Un multiple de 5 aurei de Galère Maximien, atelier de Trèves, 297 après J.-C.

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Collection Banque de France • © Citéco

Les monnaies du trésor de Beaurains sont à l’effigie des tétrarques, c’est à dire de Dioclétien, Maximien, Constance Chlore et Galère, qui régnèrent tous les quatre sur l’Empire, alors trop vaste pour être dirigé par un seul homme… Le revers des médaillons d’or de la Banque de France, tous frappés à Rome et Trèves, entre 285 et 310, figurent quant à eux des scènes de victoire militaire (comme la reconquête de Britannia par Constance Chlore) ou des scènes mythologiques (à l’instar d’Hercule domptant la biche de Cérynie). On devine aisément, par leur préciosité et leur grande finesse, qu’il s’agissait d’objets de prestige. Ces pièces étaient en effet distribuées à des officiers de haut rang par l’empereur lui-même ! Mais à qui appartenait donc ce fastueux ensemble ? Depuis sa retentissante découverte, les hypothèses vont bon train. Si l’identité du propriétaire demeure inconnue, il est probable que le trésor ait été constitué par deux personnes différentes, probablement un père et son fils. Quant à savoir pourquoi il fut enterré et abandonné, c’est encore une autre histoire…

En regard du fabuleux trésor de Beaurains est exposée New Economy, une série de Sabine Pigalle. Entre passé et présent, l’artiste s’appuie sur les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art, qu’elle détourne et parodie. Ici, elle revisite les portraits de personnages historiques, de Marie-Antoinette à Donald Trump, quelle représente sur des pièces de monnaie. Tous arborent des masques de pacotille (ici un bec de canard ridicule, là un masque en strass bling-bling…) et deviennent ainsi le symbole d’un monde qui confronté à l’hyper-mondialisation et à ses terribles conséquences (comme la pandémie de Covid) s’étouffe inexorablement…

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